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La vertu morale ne se décrète pas, elle est d’abord une pratique

Réflexion de Mgr Poinard, vicaire général aux armées, sur l'affaire Cahuzac :

"L’affaire du compte bancaire étranger du précédent ministre du Budget a donné lieu à un commentaire fort instructif de l’archevêque de Paris. Le cardinal déclare en effet qu’« on ne peut pas demander de donner l’exemple de la vertu si la vertu n’a pas de valeur »(…)

Pendant des siècles la pratique des vertus morales fut légitimée par une référence transcendante : je suis vertueux parce que je fonde ma rectitude sur des valeurs auxquelles j’adhère à cause de ma foi. Je sais pourquoi je suis honnête, loyal et juste : je sais où est le bien, je sais qui est le Bien, sa source, son but. Les valeurs qui fondent ma pratique des vertus trouvent en Dieu leur origine et leur justification. Ma maison est bâtie sur le Seigneur, mon roc et mon rempart, comme disent les psaumes. Elle est donc solidement établie.

Dans une société laïcisée où n’existe plus de référence transcendante, où chercher l’origine des vertus, comment les fonder et pourquoi les pratiquer ? Si je ne sais plus où se trouve la source du bien, si le bien devient un impératif relatif, pourquoi m’escrimer à être vertueux ? La vertu n’est plus qu’une opinion incertaine, une option relative. Comment organiser une vie morale commune dans une société sans repères ou aux valeurs contradictoires  ?

Voilà comment une république bâtie sur le sable s’enfonce inexorablement dans une sorte de marécage moral où tout se fond dans un magma glauque où règne en même temps tout et son contraire (…)

La vertu morale ne se décrète pas, elle est d’abord une pratique. Ce n’est pas parce que je me décris comme un honnête homme que je le suis vraiment, mais parce qu'au plan concret je règle mes impôts, que je ne laisse pas une dette impayée, que je ne fais de tort à personne dans mes activités économiques et sociales. Nos politiques n’ont toujours pas compris qu’il n’est jamais suffisant de décider d’être vertueuxon sait ce que le vertueux Robespierre a engendré – de proclamer des « valeurs républicaines ». Il faut aussi les fonder et en vivre réellement. Or, nul ne peut vivre vertueusement s’il ne croit au Bien et ne décide pas de lui faire produire ses fruits. Comment y parvenir dans une société qui ne croit plus en rien ?"

Les principes non-négociables n’ont jamais été si attaqués. Aidez le Salon beige à contre-attaquer et à promouvoir la culture de vie !

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6 commentaires

  1. Extrêmement intéressant et pertinent !!!
    A faire lire au prochain conseil des ministres, à l’assemblée nationale, au sénat et partout où il y a l’exercice du pouvoir !

  2. La vertu consiste aussi à faire preuve de courage envers César lorsque celui-ci abuse de son pouvoir. Or, lorsque les prélèvements obligatoires atteignent ou dépassent les 50% du PIB, il y a clairement confiscation du patrimoine privé au profit de la puissance publique. L’histoire de France est jalonnée de révoltes fiscales, qui démarrent avec l’augmentation des rentrées fiscales décidées par Philippe le Bel et iront crescendo jusqu’à la Révolution française qui résoudra le problème budgétaire par la confiscation des biens du clergé au lieu de faire défaut sur la dette étatique. Le retour de la République en 1870 marquera l’envolée des déficits publics qui ne connaîtront plus de freins jusqu’à nos jours, au détriment de maintes familles ruinées par l’inflation monétaire et les prélèvements obligatoires rognant les héritages au fil des générations. Est-il besoin de rappeler à nos clercs qu’il n’est pas de famille sans moyens économiques pour la soutenir dans sa fertilité comme dans sa prospérité, gage de la réussite humaine et sociale? Il est dommage que nos clercs aient perdu toute notion de l’équilibre des pouvoirs. Et cela est d’autant plus surprenant, que leur liberté de parole aurait dû leur être rendue, après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, alors que c’est plutôt l’inverse qui s’est produit, nos prélats faisant toujours preuve de la plus grande prudence dès lors qu’il s’agit de ménager la puissance étatique.

  3. Très juste, très bonne démonstration.

  4. Il faut savoir appliquer les vertus théologales que sont la Foi, l’Espérance et la Charité. Sans foi, l’homme n’est pas. Quand il a la foi, il espère toujours et à force de remise en cause de soi, il apprend à être charitable.

  5. Si Dieu n’existe pas, tout est permis, écrivait Dostoïevski. Mgr Poinard développe la même intuition. Et pourtant, de nombreux incroyants croient en la vertu morale et y sont attachés. Sont-ils donc en contradiction avec eux-mêmes ?
    Ne risquons-nous pas, en présentant le Bien comme une «révélation» venue d’en haut, d’oublier – ou de faire oublier -qu’il est inscrit en chacun de nous par notre qualité d’enfants de Dieu ? Il ne faut pas refuser aux autres le droit d’invoquer la vertu sous prétexte qu’ils en ignorent la source, mais s’en réjouir au contraire !
    Sur un autre plan, ce genre de discours présente le risque d’ouvrir la porte à toutes sortes de rancoeurs aux motivations douteuses et d’ailleurs étrangères au propos : la République est mauvaise parce qu’elle taxe trop ses sujets, c’est la Révolution qui est la source de tous les maux actuels etc.
    Le risque le plus sérieux me paraît cependant être d’éloigner encore plus celui que l’on cherche à convaincre par un argument qui ne l’atteint pas.

  6. Ils parlent beaucoup des “valeurs républicaines” mais n’expliquent jamais en quoi elles consistent ni sur quoi elles se fondent.
    On a l’impression que c’est juste pour faire beau dans un texte.

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