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France : Politique en France

La « refondation » de la droite française sera le thème majeur de la vie politique des prochaines années

De Julien Rochedy  :

"[…] Aujourd’hui, la droite est en morceaux. Elle le serait à moins. Dès lors, tous les refrains scandés sont des variations d’un même thème : celui de la refondation. Comment refonder la droite ? Sur quelles idées ? Sous quelle forme ?

Déjà s’opposent les tendances. Dans la droite républicaine d’abord, beaucoup, subjugués par Emmanuel Macron, souhaiteraient entrer encore plus avant dans la « modernité », entendu au sens que lui donnent les représentants du camp d’en face. Dans la droite populiste, ou « extrême-droite », comme on l’appelle toujours, beaucoup aimeraient se muer encore plus davantage en un grand mouvement « ni droite-ni gauche », exclusivement représentant des classes populaire contre un « bloc bourgeois » composé « d’élites mondialisés » ou « égoïstes». En somme, la tendance des deux grands partis en exercice n’est en aucun cas un retour aux fondamentaux de droite, tant dans le fond que dans le style.

Pourquoi cette défiance des représentants politiques pour la droite ? Pourquoi celle-ci, dont la chance est de reposer pourtant sur un corpus doctrinal solide, des centaines d’auteurs prestigieux et une philosophie pertinente pour l’époque, ne parvient t’elle pas à s’incarner, à se représenter dans un mouvement politique ? Pour comprendre ce curieux phénomène, il est de surcroit impossible d’invoquer « l’esprit du temps », car celui-ci prête partout son flanc à la droite, ou du moins à ce qu’elle représente. Insécurité, terrorisme, crise identitaire, perte du sens, déchirement du lien social, désastre scolaire, enlaidissement du monde, recul de l’autorité, économies en berne, retour de la realpolitik à l’international : autant de gros titres quotidiens dans nos journaux qui appelleraient naturellement la réponse d’une droite solide et assumée. […]

La faute à quoi, alors ? Plusieurs explications s’offrent à nous.

D’abord, l’inculture de nos hommes politiques. Ceux-ci n’ont plus l’épaisseur intellectuelle d’autrefois. A cause du système scolaire, de l’air du temps et d’une certaine paresse, la maîtrise des humanités n’est plus la condition préalable à tout engagement politique. La communication seule sélectionne le bon grain de l’Ivraie électorale. […]

[L]a deuxième raison de l’incroyable fébrilité des hommes politiques Français voulant rester fidèles au corpus idéologique de droite : c’est que celui-ci a été marqué du sceau du péché. On prête à Staline ce conseil à la gauche : « Accusez toujours vos adversaires de fascistes. Le temps qu’ils se justifient, vous pourrez porter de nouvelles attaques. ». Il fut mille fois suivi, et Léo Strauss, dès 1951, théorisa cette tactique malveillante avec l’invention du « Reductio Ad Hitlerum », manière de stériliser tout débat par la diabolisation de l’adversaire de droite. […]

Troisième et dernière raison de la peur de la droite d’être elle-même : sa mauvaise image dans l’opinion. […] De Louis Napoléon Bonaparte jusqu’aux mouvement populistes actuels, en passant par le Général De Gaulle, ceux-ci préférèrent toujours se caractériser comme « patriotes », au dessus des clivages, ou « souverainistes », comme nous l’entendons aujourd’hui. Deux causes se dégagent de cette étrange pudeur. L’une appartient à la philosophie de la droite elle-même : celle-ci se conçoit comme « naturelle » quand la gauche est constructiviste. Elle doit incarner ce qui est, dans l’ensemble, et non un camp particulier. En conséquence, elle serait « la France », en l’état, prise au moment présent, avec son héritage et son essence propre, sans velléités particulières d’évolution ou de changements. La gauche seule avancerait et voudrait changer les choses. A défaut de vouloir incarner ce qui est, la gauche voulu toujours incarner ce qui sera. Ce point de vue eut des conséquences néfastes sur la vie politique de la droite, et ce depuis l’origine, car, dès lors, de l’incarnation fière et assumée de ce qui était, à l’accusation d’immobilisme permanent, il n’y eut qu’un pas. En refusant d’être un camp, une idéologie particulière, une « force qui va », pour n’être qu’une force qui conserve en embrassant la totalité présente à un moment T, la droite s’est elle-même coupée de la possibilité de se nommer elle-même. En restant fidèle à ses principes premiers, ceux, hélas, du refus de toutes marches en avant, elle a du même coup répugné à l’idée même d’un nominatif. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous discuterons à la fois de la nature profonde et de la possibilité de la droite, mais nous serions injustes si nous n’évoquions pas aussi les résultats de la puissance idéologique de la gauche sur l’incapacité de la droite à se poser comme telle. Un élément apparait clairement dans l’inconscient régulièrement honteux de la droite : elle a longtemps incarné l’égoïsme des possédants, la défense des intérêts particuliers et l’injustice intrinsèque des puissants, tandis que la gauche, reprenant à son compte tout le vieux fond de la morale chrétienne, était, elle, du côté des exclus, des faibles, de la justice et du bien commun. La droite, face à ces accusations, qui ont profondément pénétrées les consciences, n’a jamais su réellement se défendre. Qu’importe qu’elle fût peut-être la première à penser la condition sociale à travers les légitimistes qui, de Villeneuve-Bargemont dès 1834 à Le Play avec le catholicisme social, s’en prirent avec véhémence au capitalisme qui s’installait peu à peu. Qu’importe aussi les liens historiques que la droite entretint toujours avec « le petit peuple », notamment celui des campagnes ; qu’importe aussi les différentes avancées sociales que l’on doit au Général De Gaulle par exemple : la gauche a longtemps réussi à imposer la caricature d’une droite qui serait le minable et cynique parti des héritiers et des égoïstes. Actuellement, elle parle moins à son endroit d’égoïsme que de fermeture, au monde, au progrès, à l’avenir. Et là encore, la droite ne sait pas se défendre, coupée qu’elle est de ses références intellectuelles et manquant cruellement d’imagination. Et, disons-le clairement : de compétences.

Dans ce bourbier intellectuel et politique, au milieu d’échecs électoraux, de reniements, d’injustices, de lâchetés et d’incompétences, la droite cherche désormais à se reconstruire. La « refondation » de la droite française sera le thème majeur de la vie politique des prochaines années. Les plus optimistes d’entre nous espèrent que l’état déplorable dans laquelle elle se trouve est peut-être bien la promesse d’un renouveau important. Mais, pour ce faire, il est indispensable qu’elle retrouve non pas seulement un chef, des élus ou une quelconque combinazione politique qui lui permettrait de fanfaronner dans les assemblées, mais une véritable âme, un esprit – son esprit – pour ne pas dire une philosophie inspirée par ses plus grands penseurs, ses plus belles et ses plus profondes références. Sans cela, la « recomposition », la « refondation » dont on parle, ne restera que pure forme et ne s’exprimera qu’au travers de bisbilles politicardes inutiles. […]"

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8 commentaires

  1. Pour que la France renaisse encore faudrait-elle qu’elle est encore envie de vivre…

  2. Mettre De Gaulle à droite est une erreur qui brouille tout.
    L’alliance de base entre le petit mouvement gaulliste dissident et insurgé envers la France de 40 millions d’habitants qui ne pouvait s’arrêter de vivre et qui luttait pour sa survie face l’envahisseur, et le mouvement communiste international en 1941,allié jusqu’alors avec Hitler, cette alliance terrible pour l’avenir, fut basée sur l’insurrection systématique, l’élimination des autorités.
    De Gaulle a introduit le communisme dans les grands bénéficiaires idéologiques de la Guerre, leur a permis de noyauter l’administration, la presse, le travail, l’éducation.
    Notre système politique mensonger est au service de la destruction mondiale, programmée depuis bien longtemps, et la classe politique est tétanisée à l’idée de passer pour défendre l’autorité, la continuité, elle veut rester otage d’une puissance occulte et financière qui tient tout entre ses mains.
    Pour ceux qui ne verraient dans ce constat qu’ une diatribe conspirationniste, qu’ils revoient le drame algérien et sa conduite catastrophique et innommable par De Gaulle, là aussi génératrice des bouleversements de populations actuels.
    Merci à ce démiurge , qui pour une ambition politique individuelle insensée, s’est fait le serviteur de la révolution mondiale inexorable.

  3. Regardez l’atelier de la refondation avec Mathieu Bock-Côté (sociologue et essayiste québécois) et Eric Brunet (journaliste/chroniqueur sur BFMTV et RMC) sur le thème : « Pourquoi la droite a-t-elle tant de mal à s’assumer ? », le lien youtube. Formidable et revigorant qui redonne du courage et incite à ne pas être résigné!
    Mathieu Bock Côté est formidable, Eric Brunet a des jugements intéressants notamment à la fin sur les journalistes et autre.
    https://www.youtube.com/watch?v=yzVeWH4kP3Y

  4. “La faiblesse de nos réactions favorise le retour du comportement barbare chez nos élites .
    Elles n’ont plus peur de nous ”
    Lu sur Agora vox
    Vous rajoutez à cela le fait que les Français votent LR ,LREM ,s’abstiennent ou votent blanc, rien d’étonnant donc que la France se délite .
    Si, d’ici 10 ans le sursaut national salvateur ne se réalise pas , considérez la France comme “rayée de la carte ”
    Les retraités ont voté Macron à 77%.
    Je m’abstiendrai à faire le moindre commentaire à leur sujet !!!!
    Tout ce que je peux dire les concernant , c’est que la France ,tout comme leurs enfants et petits-enfants ” ils s’en tapent ”
    http://observatoire-des-seniors.com/emmanuel-macron-a-rassemble-lelectorat-age-au-second-tour/

  5. Encore une fois je lis ci-dessus: “Les retraités ont voté Macron à 77%.” Cette affirmation revient comme un refrain depuis l’élection présidentielle mais je n’ ai jamais trouvé l’origine de ce chiffre de 77% ni comment on l’a établi. Autour de moi aucun de mes amis retraité n’a voté Macron. J’ai l’impression qu’il y a une intoxication en cours et qu’elle réussit, comme tout ce qui tend à rabaisser, culpabiliser, affaiblir et détruire la France. Réveillons-nous!

  6. il faut se souvenir que sous le regime gaulliste, les gaullistes ne voulaient pas etre assimiles a la droite, en 67 68, il etait considere que les centristes representes par Duhamel et Lecanuet etaient a la droite de la majorite gaulliste! ils etaient encore dans l opposition, le regrette A Griotteray avait declare, “je represente 30 pour cent des français avec Mr Pinay”, puisque AG etait le seul depute a oser se dire de “droite” ;
    comme l ecrit Bainville le gaullisme est une tragique imposture

  7. Alpin : les vieux vont passer à plus ou moins long terme Ce sont les jeunes qu’ il faut regarder Ils sont en majorité dextrogyres car en besoin de repères et de sécurité mais comme ils sont mal structures dans leurs idéaux et exploités par l’ extrême gauche leurs actions sont radicalisees et brouillonnes C’ est trop tôt pour dire ce qu’ il va se passer La tendance générale, toutes générations confondues semble être le repli sur soi L’ Allemagne à stoppé l’ immigration massive et la France va suivre le mouvement de repli puisqu’ on dépend de l’ Allemagne

  8. S’il faut plusieurs années pour “refonder ” la droite, on n’est pas sorti de l’auberge!

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