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Valeurs chrétiennes : Culture

La raison d’être d’une entreprise au regard de la Doctrine Sociale de l’Eglise

La raison d’être d’une entreprise au regard de la Doctrine Sociale de l’Eglise

Les Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens viennent de publier un guide pratique pour la mise en place réussie de la « raison d’être » en entreprise. Ce livret d’une vingtaine de pages est téléchargeable ici. En voici la conclusion :

L’apparition de la notion de « raison d’être » de l’entreprise doit conduire chaque dirigeant chrétien à s’interroger sur son entreprise : en quoi ma société participe-t-elle au bien commun de la société ? Comment mon entreprise permet-elle aux parties prenantes d’accomplir une « vie bonne » ? Ce sont là des questions classiques, mais s’y ajoute désormais la possibilité offerte par la loi de modifier les statuts pour faire de la « raison d’être » non pas un concept, mais une finalité gravée dans les statuts, entre son objet social et sa durée. Il est clair toutefois que c’est un processus exigeant, et qui n’est pas praticable partout. En outre, les risques existent que cette notion soit dévoyée.

Premier écueil, la dévalorisation du concept, ramené à un slogan et une campagne marketing, voire à une politique de ressources humaines.

Deuxième écueil, la judiciarisation de la notion. La tentation de légiférer sur des notions aussi évasives que sont l’intérêt social et « la raison d’être », tout en se reposant sur le juge pour en éclaircir la portée accroît le flou de ces notions et pourrait conduire, paradoxalement, à une plus grande insécurité juridique, au moins le temps que la jurisprudence établisse une hiérarchie entre ces notions.

Mais, pour ceux qui sauront naviguer entre ces écueils, la définition de la « raison d’être » de leur entreprise constitue plus qu’une opportunité, une chance pour ancrer l’entreprise dans le monde actuel qui attend d’elle qu’elle contribue à la réalisation du bien commun en répondant aux questions culturelles, sociales, environnementales que notre monde se pose.

Pierre de Lauzun, président de la Commission économie et finance éthiques des EDC Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, explique à Valeurs Actuelles en quoi ce guide est un outil nécessaire pour se poser de bonnes questions sur l’entreprise au prisme de la doctrine sociale de l’Eglise.

La loi Pacte de 2019 permet aux sociétés de prendre trois mesures : mieux prendre en compte les enjeux environnementaux et sociaux, se transformer en sociétés à mission pour celles qui le désirent et enfin, définir une raison d’être. Cette dernière notion semble, à nos yeux, particulièrement importante pour le chrétien car elle donne la possibilité, et aussi la chance, de s’interroger sur la mission réelle de l’entreprise, sa contribution propre au bien commun, au regard de la doctrine sociale de l’église et de considérations humaines, morales et humanitaires.

Justement, comment concilier religion chrétienne et entreprise ?

Pour l’Eglise, il y a une relation étroite entre morale et économie. La Doctrine Sociale de l’Eglise parle du bien commun, qui est beaucoup plus que l’intérêt général. Cela implique ici de reconnaître la responsabilité de l’entreprise d’utiliser à bon escient ses ressources et ses moyens dans cette perspective de bien commun. Pour y parvenir, il est bon de se demander quelle est sa « raison d’être » : pourquoi et pour qui elle agit, non seulement en vue d’objectifs économiques, mais en répondant aux enjeux éthiques : sociaux, environnementaux ou autres. Ce sont des engagements envers l’ensemble de ses partenaires. Il n’y a pas que le seul profit à court terme de l’entreprise ou la rémunération des actionnaires qui comptent, même s’ils sont importants. Ne serait-ce parce que la gestion de l’entreprise repose aussi sur ses salariés, ses clients, ses fournisseurs. Rappelons ce que dit le Pape François dans son encyclique Laudato Si’: « Pour que surgissent de nouveaux modèles de progrès nous devons “convertir le modèle de développement global”, ce qui implique de réfléchir de manière responsable “sur le sens de l’économie et de ses objectifs, pour en corriger les dysfonctionnements et les déséquilibres”. »

Finalement que recouvre la notion de raison d’être d’une entreprise ?

C’est, au sein de l’entreprise, ce qui permet de rassembler le plus largement possible les parties prenantes autour d’une communauté d’intérêts et d’objectifs partagés. Et c’est ce qui permet à l’entreprise d’exprimer sa nature et son projet et par là de participer au bien commun. Rappelons qu’il est défini comme un « ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ». Il s’agit ici de mettre en oeuvre une vie bonne dans le cadre de la société et que tous prennent une conscience beaucoup plus claire des exigences.

C’est un projet ambitieux…

Certes, mais cela montre aussi le rôle multiple de l’entreprise. En fait, la raison d’être de l’entreprise repose à la fois sur son enracinement (quelle est son histoire, sa vision stratégique), sur son unicité (en quoi elle se différencie des autres entreprises), et sur son engagement (quelles sont ses missions vis-à-vis des collaborateurs, des fournisseurs, des clients, de l’environnement, de l’éthique, etc.).

[…]

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4 commentaires

  1. Bonjour. Merci d’avoir relayé ce très bon article. Définir la raison d’être d’une entreprise permet d’être sûr que tout le monde a le même objectif. Malheureusement dans beaucoup de société, la Direction du Personnel a été remplacée par la Direction des Ressources Humaines. C’est peut-être un détails mais ça montre un changement d’état d’esprit dans l’entreprise. Le collaborateur n’est plus une personne mais il devient alors une ressource au même titre qu’un robot, une machine… Bien à vous.

    • Tout à fait d’accord avec vous pnfo. le terme “ressource” signifie que c’est jetable comme un vulgaire emballage.
      c’est vraiment ce qui est en train des se passer dans nos sociétés dites évoluées.

  2. Il va falloir revenir à l etat d esprit des corporations par métiers , interdites par la loi Isaac Le Chapelier en 1791 , où tous , du plus petit des employés jusqu au patron , où chacun connaissait ses devoirs vis à vis de l autre , allaient dans le même sens au lieu de passer le temps à s opposer . Heureusement, cet esprit existe encore dans certaines entreprises privées et donne de l espoir : ah oui , on gagne peut etre moins qu ailleurs mais chacun , à son niveau , participe à l élévation de l entreprise , parfois en travaillant plus sans rien demander mais avec un esprit de camaraderie et d humanité , à coté de cela le patron, peut etre plus dur et copinant moins avec ses employant , sait, quand il le faut , les mettre à l honneur , et les traite avec humanité .
    Je me mefie du tutoiement à l americaine , où ce semblant de copinage accroit le manque de respect de part et d autre ainsi qu une sensation d hypocrisie où les roles sont faussement perçus ce qui engendre des situations où chacun sort de la place qui lui est naturellement devolue; d ailleurs quand ça va mal , le patron, par un reflexe pavlovien , sait remettre son employé à sa place , soit visiblement , soit de façon plus insidieuse , en ” omettant” une progression professionnelle , par exemple ou en vous plaçant dans une situation peu enviable vis à vis des collegues, tout en vous faisant le plus grand des sourires avec une chaleureuse poignée de main mais qui sait vous la mettre à l envers , le moment venu. Militaire , je preferai les chefs qui disaient ouvertement ce qu ils pensaient , droit dans les yeux , plutot que ceux qui se la jouaient cool et par derriere vous faisaient un petit dans le dos . Idem au college ou au lycée, je preferai un professeur severe mais juste qu un professeur dilettante , ” copain” , qui ne vous apprenait rien et se fichait de tout .
    Enfin, mieux vaut un esprit chretien dans une entreprise où on sait où on va , avec qui on y va , où on connait ses devoirs , quite à les depasser pour le bien de l entreprise mais que votre travail soit reconnu en fonction de vos resultats , de votre serieux et de votre implication au lieux des relations manageriales qui s imposent actuellement qu on peut qualifier d hypocrites.

  3. ” La raison d’être d’une entreprise au regard de la Doctrine Sociale de l’Église ” , très bien ! Mais ” la raison d’être d’une entreprise au regard de la Doctrine énarchique de l’ENA ” ? C’est expliqué dans ce rapport sur l’ENA, remis le 21 janvier 2020 par Madame Isabel Marey-Semper à Monsieur Édouard Philippe :
    https://www.lopinion.fr/edition/politique/ena-tres-mauvaise-note-candidats-en-economie-210236
    Folio 14, paginé 13, § 2: ” Cependant, j’ai constaté que chez de nombreux candidats et candidates, les entreprises sont considérées exclusivement comme une source de financement de l’action de l’État par les recettes fiscales. ”
    Moralité , 95,35 % des entreprises françaises ont moins de 10 salariés, elles «passent en dessous des radars» et supportent 62,2 % de charges : https://www.juritravail.com/Actualite/generalite-assurance/Id/286404

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