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France : Politique en France

La paradoxale tyrannie de l’Etat-néant

La paradoxale tyrannie de l’Etat-néant

D’Alliance pour la France :

Si la période que nous traversons est, à bien des égards, désespérante, elle n’en demeure pas moins riche d’enseignements politiques. Le numéro effectué hier par le Premier ministre Castex et le ministre de la Santé et des Solidarités Véran a révélé et exprimé avec netteté la transformation politique que nous sommes en train de vivre. Cette allocution avait pour objectif d’informer les Français sur les dispositions qui ont été prises en Conseil de défense suivi par un Conseil des ministres extraordinaire. Ces dispositions concernent notamment la transformation du Pass sanitaire en Pass vaccinal, le raccourcissement du délai de rappel à trois mois, un isolement réduit pour les cas contacts vaccinés, le renforcement du télétravail sur 3 semaines, le retour des jauges pour les rassemblements en extérieur et en intérieur, et les conditions de consommation dans les cafés et restaurants.

Le premier enseignement concerne le fonctionnement des pouvoirs publics. Le processus décisionnel est désormais formalisé, ritualisé même. C’est le Conseil de défense sanitaire, une émanation du Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN) créé en 2009, qui prend les décisions, « éclairé » par un conseil scientifique créé le 11 mars 2020, présidé par Jean-François Delfraissy, se réunissant quotidiennement pour apporter une aide à la décision publique. C’est donc l’Etat profond, un Etat profond sanitaire désormais, constitué d’experts non élus, généralement nommés par l’exécutif, qui se trouve à l’origine des décisions de politiques publiques. Le Parlement se retrouve, lui, en bout de chaîne décisionnelle, et en raison du fait majoritaire, ne vient qu’apposer un visa à un projet de loi souvent préparé et finalisé en amont. C’est un régime de concentration des pouvoirs, où la séparation chère à Montesquieu, n’est plus qu’un lointain souvenir politique et institutionnel. L’Etat n’est plus qu’exécutif parce qu’il est exécutant. Toute instance délibérative et démocratique vient introduire de l’aléatoire, de l’imprévisible dans un narratif politique, la Grande Réinitialisation (le Great Narrative de Klaus Schwab), déjà écrit et appliqué méticuleusement à peu près simultanément par tous les pays occidentaux. La délibération, qui, théoriquement, est le creuset de la décision politique dans un régime républicain, exécutée ensuite par … l’exécutif, devient l’intrus, le miasme politique dont il convient de se débarrasser.

Le deuxième enseignement est la transformation du temps politique. La situation d’exception a été rendue possible par la loi du 23 mars 2020 qui crée un état d’urgence dit sanitaire en cas de catastrophe. Mesure d’exception, elle n’a cessé de faire l’objet de prolongations ou de régimes transitoires de sortie, jusqu’au 31 juillet 2022 aujourd’hui (loi n°2021-1465 du 10 novembre 2021). Les pouvoirs publics ont veillé à entretenir et administrer la pénurie de lits d’hôpitaux (5700 lits fermés en 2021 !), de traitements que les médecins ne peuvent prescrire, et à maintenir un état d’anxiété collective, tout cela justifiant le maintien dans un état d’urgence. L’urgence est en effet devenu le modus operandi d’un Etat qui est désormais post-démocratique. L’urgence est en définitive la fameuse « maîtrise des horloges » tant souhaitée par Macron. Il a compris qu’il fallait séquencer le temps politique, en réduire le temps délibératif pour instaurer une tyrannie dans les formes mêmes de la démocratie libérale. L’occultation scandaleuse du temps de la délibération démocratique s’est malheureusement vérifiée dans l’inanité du Conseil d’Etat, du Conseil constitutionnel, incapables de jouer le moindre rôle dans cette suspension patente et orchestrée des libertés publiques. Le régime se retourne contre lui-même, devient, dans le respect formel des institutions, le contraire de lui-même. Pire, le temps instauré entre les deux doses de rappel (puisque la 4ème dose est selon Véran désormais envisageable) est proprement irrationnel : médicalement absurde, politiquement aberrant, ce raccourcissement du temps de rappel est une insulte au bon sens du peuple français. Le calendrier politique, la vie même des gens sont directement remplacés par un calendrier sanitaire. On a vu hier deux ministres, produits de cette technocratie tyrannique, devant justifier l’injustifiable, défendre l’indéfendable, expliquer l’inexplicable. On sentait du reste un malaise dans les mots, l’attitude, les visages. Tour à tour, l’autorité était surjouée, le scepticisme et la gêne transparaissaient.

Le troisième enseignement est la transformation de l’action politique. Les mesures concernant l’interdiction de consommer debout dans les bars a beaucoup amusé sur les réseaux sociaux. Une telle mesure est emblématique de ce que deviennent l’action politique et les politiques publiques. La tyrannie sanitaire a deux faces : une face tragique évidente avec la transformation du Pass sanitaire en Pass vaccinal qui nous rapproche d’une obligation vaccinale sans la moindre responsabilité incombant à l’Etat (nécessaire puisque les vaccins sont encore en phase III et en AMM conditionnelle) ; une face comique, avec une sorte de bullshit policy, une politique de l’insignifiance, allant jusqu’à des détails défiant de surcroît le bon sens. Comme le dit Johann Chapoutot dans son récent ouvrage Le Grand Récit : « C’est absolument décisif, car le bullshiter, celui qui profère n’importe quoi, se situe dans un tout autre univers mental : « Cette absence de tout souci de vérité, cette indifférence à l’égard de la réalité des choses constituent l’essence même du baratin » (citation de Harry Frankfurt, De l’art de dire des conneries, Paris, 10/18, 2006). Plus loin, il résume ce qui s’applique parfaitement à la technocratie délirante du covidisme, si nettement et ouvertement exprimée par cette mesure absurde : « Le bullshitisme est consubstantiellement lié au managérialisme, ce langage du vide, cette nouvelle langue de bois emphatique, voire enthousiaste et parfaitement vaine qui est aussi une conception de l’homme et du groupe humain, de la cité, donc de la politique, qui conçoit le réel en termes de calculs optimisateurs, de kits, de process et de nudge ». La mesure énoncée hier est l’illustration, à la fois tragique et comique, d’une forme de triomphe de la déraison qui paraît emporter toute cette période. C’est « du mécanique plaqué sur du vivant », la définition même du rire selon Bergson, exactement du reste l’objectif anthropologique de la Grande Réinitialisation. Le paradoxe est que cette séquence sanitaire aurait dû être le temps de la science, de la médecine, de la mesure, de la raison raisonnante éclairée par la raison raisonnable. Or, elle en est l’exact inverse : l’ère du soupçon scientifique, celle du discrédit porté sur la parole rationnelle. C’est le temps des sophistes, des injonctions paradoxales, des mesures dérisoires, de la disproportion.

Je ne sais comment l’Occident sortira de cette période. La blessure infligée à la science, à la politique, à la civilisation dans son ensemble risque d’être profonde et les cicatrices durables. Cette intervention a jeté non seulement une lumière crue sur le chemin qui nous est imposé – la Grande Réinitialisation – mais a aussi montré la transformation de l’Etat en Etat néant, tyrannique précisément parce que la raison l’a déserté et que nous devenons nous-mêmes, suprême humiliation, les marionnettes de marionnettes…

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3 commentaires

  1. Super cet article. je voudrais simplement et modestement signaler ce qui me semble être une possible impasse. La séparation des pouvoirs a été historiquement la première phase de la décomposition du pouvoir. Cette première phase étant nécessaire à la subversion pour ensuite s’approprier ce pouvoir qu’elle s’arrange ensuite pour réunifier à son profit. C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. Quand le pouvoir est légitime, il n’a pas à être ” séparé ” ( décomposé ). Le pouvoir non encore décomposé avait ses instances de concertation qui n’étaient pas les instances-zombies que l’état profond s’est coopté. Valérie Bugault en parle mieux que moi. La Magna Carta anglaise dont tous les soi-disant démocrates se réclament aujourd’hui n’était que la prise du pouvoir des barons anglais – de la féodalité donc – sur le roi, devenu une potiche. Burke, qui a raison de critiquer la révolution française, se trompe lourdement quand il se réclame de la révolution anglaise. A suivre….

    • Attention: je crois que Montesquieu parlait de la séparation des pouvoirs dans le sens qu’à son époque, les Parlements voulaient prendre le pouvoir qu’ils n’avaient pas car ils étaient des cours d’appel et n’avaient pas à faire les lois.

  2. Très belle analyse. Mais tout ceci ne marche que grâce à l’apathie de la population qui se soumet volontiers (emmener ses enfants à la piqûre).
    Alors supplions le Ciel d’intervenir, déjà en réveillant son église.

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