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La gestion économique des villes : le cas de Beguey

Après une analyse de la gestion de Carpentras, d'Orange, de Béziers, de Metz, de Vierzon et d'Hénin-Beaumont, nous vous proposons la ville de Beguey (33).

Beguey est une petite commune de Gironde qui recense 1132 habitants en 2012. En 4 ans, Beguey a gagné plus de 200 habitants. Vous seriez bien en peine de rassembler des informations sur Monsieur Jean Rupert, maire de la commune depuis deux mandats. Ici ou là, quelques articles des journaux locaux évoquent son activité au sein de Beguey.

Pourquoi alors choisir d’analyser la situation financière d’une si petite commune ? Retournons le problème : pourquoi limiter nos investigations uniquement à des villes, alors que la France compte    31 566 communes de moins de 2000 habitants sur 36 680 communes ?

Les chiffres sont tirés d’ici.

Dans une petite commune, il n’est pas toujours évident de rassembler une équipe au service de la collectivité. Mais engager un nouveau fonctionnaire, rénover la toiture d’un bâtiment communal ou construire une école, agir pour développer une zone d’activité… sont des choix tout aussi politiques dans une petite commune que dans une grande municipalité.

A Beguey, on compte avant de dépenser

Sur la période 2008-2012, alors que l’inflation atteignait 6.1%, les charges de fonctionnement ont augmenté de 3.1%. En valeur réelle, elles ont donc diminué. Cette maîtrise est tout d’abord liée au contrôle des charges de personnel : alors qu’elles augmentent de 4.4%, leur poids relatif dans la structure des dépenses a diminué. Ensuite, les charges financières sont relativement peu élevées (3 % des produits), ce qui est conforme à la moyenne.

Les charges fixes, charges contraintes que la commune payera nécessairement, représentent 39% des produits de fonctionnement. Même si ce rapport est faible comparé au niveau atteint sur les précédentes études, le niveau est conforme à la moyenne de la strate. La plupart des communes agissent ainsi. Par contre, il s’agit néanmoins d’une progression à Beguey puisqu’en 2008 les charges fixes coûtaient 42% des produits de fonctionnement.

A Beguey, on augmente modérément les impôts

En 2009 et 2010 les taux d’imposition ont successivement augmenté de 2% et de 1.8%, ce qui a permis d’augmenter le produit des impôts de 11 000 €. Par contre, en 2010, la commune a mis en place une politique de réduction des bases d’imposition en votant des abattements. N’ayant pas réussi à trouver la délibération relative aux abattements votés, il n’est pas possible de dire qui bénéficie de ces réductions. (hypothèses : il pourrait s’agir des familles de plusieurs enfants, au vu des réductions accordées, de la croissance de la population, et des investissements réalisés qui visent manifestement l'accueil de nouvelles familles). Ces abattements ont réduit le produit de la taxe d’habitation de 4 000 €. Au final, les choix politiques en matière de fiscalité ont permis d’augmenter le produit de 7 000 € (11 000 – 4000).

Par contre, l’augmentation des bases fiscales d’imposition, liée principalement aux nouvelles constructions, ont permis d’augmenter significativement le produit fiscal de la commune . Les données en ligne ne permettent pas d'être plus précis. Les 200 nouveaux habitants venus dans la commune ne sont pas seulement liés au solde des naissances sur les décès !

Pour être complet, il faut constater que les bases d’imposition à Beguey sont systématiquement plus faibles que la moyenne de 10%, quand les taux sont également plus faibles de 10%. Conséquence logique : la pression fiscale à Beguey est 19% plus faible que la moyenne de la strate.

Résultats :

Bien que la pression fiscale soit plus faible que la moyenne, grâce à une bonne maîtrise des charges de fonctionnement, Beguey a dégagé 677 000 € en 5 ans pour investir. Cette somme correspond presque à 20% de ses produits. Mais dans une commune de 1000 habitants, a-t-on besoin d’investir ? Posez cette question à M. Rupert, mais formulez là autrement : comme tout Maire d’une commune rurale, il sera intarissable et saura vous persuader que l'investissement d'une commune est la clef de son développement.

Des projets au service de la collectivité

A Beguey, des investissements sont nécessaires, d’autres relèvent de choix politiques. L’instauration des éclairages des ronds points nord et d’accès à l’école, les travaux de rénovation de l’école et les travaux de construction de l’école, travaux effectués durant ces 5 années, relèvent plutôt du premier type. La sonorisation de l’église, le projet d'école numérique ou encore le projet de développement du centre commercial relève plutôt du second. Comme pour tout conseil municipal, il a fallu établir des priorités et repousser certains projets. Avec 200 habitants de plus en 5 ans, tout ce qui concerne l’école a été réalisé ou est en cours d’achèvement. En 5 ans, la commune a investi plus 1 557 000 €, soit un peu moins que la moyenne.

Pour financer ces travaux, le Maire a recherché activement des subventions. En ayant récupéré 485 000 €, il s’en sort plutôt mieux que les communes de même strate. Pour compléter les 198 000 € manquant, Beguey a eu recours à 710 000 € d’emprunt sur la période. L’emprunt ici peut être considéré trop important, ce qui explique que le fonds de roulement soit plus du double de la moyenne.

Conclusion

Beguey est une petite commune de Gironde. Comme dans la plupart des communes, le conseil municipal doit gérer, choisir, décider…en tenant compte des finances de la collectivité. Même si certains choix peuvent être discutés (fallait-il augmenter les impôts ? fallait-il emprunter autant ?), comme sont discutables tous les choix politiques, on aurait souhaité trouver une telle situation financière dans certaines villes abordées les semaines précédentes.

La question qui nous brûle alors les lèvres : « une telle gestion est-elle possible dans une ville ? Quand les contraintes sont plus importantes, peut-on maintenir cette rigueur ? » Réponse la semaine prochaine…

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5 commentaires

  1. Je suis prêt à vous donner les informations de ma commune si vous le souhaitez.
    Jean-Noël MARIE
    Maire de Coulombs

  2. La menace qui pèse sur ces petites communes bien gérées est celle de la fusion, ouvertement souhaitée par des partisans socialistes pour réduire le nombre de maires au nom des économies administratives…et favoriser le jeu électoral municipal à leur profit! La vigilance s’impose: « small is beautiful » pour nos villages.

  3. « une telle gestion est-elle possible dans une ville ? Quand les contraintes sont plus importantes, peut-on maintenir cette rigueur ? »
    Ce n’est pas une histoire de contraintes : elles sont tout à fait identiques… à la limite, c’est juste l’échelle qui change.
    Par contre, ce qui change réellement, c’est la proximité. Dans un village, on croise le maire dans la rue et on peut discuter avec lui. On peut se rendre chez lui et discuter.
    Connaissez-vous beaucoup de gens qui peuvent rencontrer simplement un élu dans une grosse commune ? Hors période électorales où les plus besogneux font les marchés, ce sont de parfaits invisibles… et intouchables.

  4. Quelle est la couleur politique du maire de cette ville ?
    [Sans couleur, la ville est trop petite. MJ]

  5. Souvenirs, souvenirs, je me suis marié l’an dernier dans la très joli église de Béguey. Elle est très bien entretenue et le desservant du lieu, l’abbé Grondonat, curé de Cadillac, prête l’église à qui la demande y compris à la FSSPX. Belle preuve de tradi-oeucuménisme. Ravi de voir que cette petite commune de Gironde est, par ailleurs, bien gérée.

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