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L'Eglise : Foi

La formation liturgique : une nécessité prioritaire

Présent rend compte dans son édition de demain des propos tenus par le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le culte divin et les sacrements, interrogé par un journaliste espagnol lors de sa venue à l'ouverture du cursus d'études de l’association barcelonaise «Fe y cultura» (Foi et culture). Extraits :

C "En ce moment nous travaillons de manière très silencieuse sur toute une série de thèmes relatifs à des projets de formation. C’est le besoin prioritaire : une bonne et véritable formation liturgique. Ce thème est capital parce que vraiment on ne peut aujourd’hui compter sur une formation adéquate. Les gens croient que la liturgie est une question de formes ou de réalités extérieures ; il nous faut retrouver le sens de l’adoration, c’est-à-dire le sens de Dieu en tant que Dieu. Ce sens de Dieu ne pourra se retrouver qu’à travers la liturgie. Voilà pourquoi le Pape manifeste un si grand intérêt pour l’accentuation de la priorité de la liturgie dans la vie de l’Eglise. Quand l’esprit de la liturgie est vécu, on entre dans l’esprit de l’adoration, on entre dans la reconnaissance de Dieu, on entre en communion avec Lui, et c’est cela qui transforme l’homme et le convertit en homme nouveau. La liturgie regarde toujours vers Dieu, et non pas vers la communauté ; ce n’est pas la communauté qui fait la liturgie, mais Dieu. C’est Lui qui vient à notre rencontre et nous propose de participer à sa vie, à sa miséricorde et à son pardon… Quand la liturgie sera vécue en vérité, quand Dieu se trouvera véritablement en son centre, alors tout changera. […]

Il existe aujourd’hui une sécularisation et un laïcisme très importants, on a perdu le sens du mystère et le sens du sacré, on ne vit pas véritablement avec l’esprit d’adoration de Dieu et de laisser Dieu être Dieu. C’est pourquoi l’on croit qu’il faut constamment changer des choses dans la liturgie, faire des innovations, et que tout cela soit très créatif. Or ce n’est pas cela que doit être la liturgie : elle doit être nécessairement et réellement adoration, c’est-à-dire reconnaissance de Celui qui nous transcende et qui nous offre la Rédemption. Le mystère de Dieu, qui est le mystère insondable de son amour, n’est pas une nébuleuse, mais Quelqu’un qui vient à notre rencontre. Il faut retrouver l’homme qui adore. Il faut retrouver le sens du mystère. Il faut retrouver ce que nous n’aurions jamais dû perdre. Le plus grand mal qui se fait actuellement à l’homme est de vouloir éliminer de sa vie la transcendance et la dimension du mystère. De cela, nous vivons les conséquences dans toutes les sphères de la vie. C’est la tendance à substituer l’opinion à la vérité, l’inquiétude à la confiance, les moyens à la fin … C’est pourquoi il est si important de défendre l’homme face à toutes les idéologies qui le fragilisent dans sa triple relation au monde, aux autres et avec Dieu. On n’avait jamais autant parlé de liberté, et jamais auparavant il n’y a eu tant d’esclavages."

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9 commentaires

  1. Quelle justesse et quelle lucidité ! La cause de tant de dérives même extra-liturgiques est, de ce fait, clairement posée à plat. A méditer sérieusement.

  2. Cet excellent article va rejoindre ceux que j’imprime pour les conserver.
    [Achetez plutôt Présent, vous aurez l’intégralité… MJ]

  3. je ne pense pas que la perte du christianisme soit exclusivement dans la perte de la liturgie.
    Cela vient du fait que le sens même du christ a été balayer de nos vie quotidienne par une république qui maltraite notre modèle de vie, notre modèle sociale dans notre nation.
    Il nous faut être fier de notre nation et de son héritage chrétien et que ces deux notions reviennent dans le coeur des français pour rétablir notre fidélité au christ.
    C’est pourquoi il nous faut un politique à la tête du pays qui comprend qu’on ne peut sustituer le christianisme de la nation française. La perennité du christ sur notre nation la France tient malgré la laïcité aux politiques. Si ceux-ci le renie, aussitôt la nation sera déchristianisée.

  4. La rectification de la liturgie catholique est une oeuvre nécessaire. Elle ne justifie pas des formules imprudentes. Dire que « ce n’est pas la communauté qui fait la liturgie, mais Dieu » n’a pas grand sens, ou doit être explicité. S’il s’agit d’affirmer que toute grâce vient de Dieu et qu’à lui doivent revenir toutes les louanges, on sera d’accord. Mais rappeler ce principe évident de la foi ne fait guère avancer la question posée, celle de la place et du rôle des fidèles qui sont aussi nécessairement quelque chose dans cette affaire : la liturgie, ce n’est quand même pas Dieu rendant un culte à lui-même. C’est aussi un des mystères de l’économie du salut, magistralement résumé par saint Augustin, qu’à Dieu, qui nous a créés sans nous, il n’a pas plu que nous fussions sauvés sans nous. La messe qui sert aussi aux fidèles, est aussi l’oeuvre des fidèles, même si elle n’est pas l’oeuvre d’eux seuls. Le sacrifice eucharistique, « Dignum et justum », « axion kai dikaion », formule maladroitement traduite en français par « juste et bon », est bien un sacrifice rendu à Dieu (« axios », digne d’éloges) qui nous réconcilie avec lui, qui nous justifie. Mais l’un comme l’autres de ces dons suppose aussi notre adhésion. C’est le sens de tous ces « amen ! », formule pour nous devenue mystérieuse, dérivée de l’hébreux « aman », qui signifie « solide », « ferme » et donc « certain », « vrai », selon ce trait typiquement hébraïque de mêler le concret et l’abstrait. Quand nous le proclamons, nous affirmons en quelque sorte : « oui, nous le croyons parce que c’est la vérité » (tiens, tiens, c’est « la foi et la raison »), et cette adhésion fait aussi la messe. C’est ce qu’a voulu rendre un peu maladroitement l’assez obscur « ainsi soit-il ».
    [Justement non : il peut y avoir une messe sans fidèle. Car le Sacrifice est propitiatoire. MJ]

  5. Oui, justesse et lucidité dans ce texte que je qualifie également de réconfortant. Il remet le gouvernail dans la bonne direction. Le hic, et il est de taille, c’est que dans nombre de paroisses ON NE SOUPCONNE MÊME PAS qu’il y a un problème de liturgie désacralisée (prêtres compris). Comment des communautés peuvent-elles être “réajustées” si elles n’imaginent même pas le quart du tiers de l’existence du problème? Cela ne les effleure même pas (c’est le cas de la mienne = dur dur!!!!)

  6. Je m’incline devant ce texte tellement profond, juste, réconfortant.
    Encore une fois, c’est le sang du Christ qui recommence à circuler, si je puis dire.
    > Comment des communautés peuvent-elles être “réajustées” si …
    Nous pouvons avoir confiance, le ‘renouveau’ se fait par le haut, c’est évident qu’il se fait. L’action du Pape dans ce sens est formidable, je n’ai plus de doute à son sujet. Deo Gratias! de nous avoir donné un si bon Pape.
    > C’est pourquoi il nous faut un politique à la tête du pays qui comprend …
    Certes, mais c’est croire d’abord en nos forces avant de faire confiance en Dieu. Le politique, l’Homme en résumé, est après Dieu. Je ne parle pas seulement du respect, je parle de l’aptitude à résoudre nos problèmes.
    Peut-être qu’à force de prière, Dieu nous a entendus et change nos coeurs ? J’aimerais comprendre… -(

  7. Le premier degré de l’adoration, c’est l’émerveillemnt,l’admiration devant les œuvres de Dieu.D’abord devant les merveilles de Sa Création,ensuite de la Rédemption et de la Sanctification.Toutes œuvres de Sa Sagesse.
    C’est pourquoi le Credo commence le Père Créateur.Il y a donc une pédagogie fondée sur des faits réels.Il faut développer ce sens chez le petit enfant, avant qu’il ne soit la proie du rationalisme réducteur,matérialiste, adorateur du “Hasard” déicide, le grand fléau de notre temps.Dieu confie ses secrets aux petits .Il renvoie les

  8. MJ :
    On ne voit que l’effet propitiatoire de la messe contredise l’utilité de la participation active des fidèles à celle-ci.
    Quand, faute de fidèle, un prêtre célèbre seul, absolument seul, sans même un servant, il est évidemment à lui seul le peuple de Dieu, et Dieu est à cette messe ni plus ni moins présent que s’il y avait un seul ou dix mille fidèles. D’ailleurs, si je ne me trompe, le prêtre seul continue à réciter les prières à la première personne du pluriel. On dit d’ailleurs presque toujours « nous » à la messe (sauf au Credo qui a conservé le singulier de son origine baptismale, après son introduction tardive dans le rituel eucharistique, et dans les invocations personnelles comme le Confiteor par exemple). Si la présence des fidèles à la messe ne servait à rien, on se demande pourquoi l’Eglise y tiendrait tant : on pourrait chez soi lire l’évangile du jour, puis un bonne exégèse d’icelui, avant d’aller recevoir la communion dans un presbytère à l’heure qui nous convient.
    [L’un ne s’oppose pas à l’autre. Bien sûr qu’il est bon que les fidèles assistent à la messe. Mais une messe sans fidèle n’est pas inutile pour autant.
    MJ]

  9. Les propos du cardinal Llovera sont admirables.
    Puissenttous lescardinaux lui ressembler!

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