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France : Société

La droite doit prendre conscience de l’importance de l’engagement culturel

Figarovox propose un débat intéressant entre François-Xavier Bellamy, maire adjoint de Versailles (sans étiquette), et Gaël Brustier, membre du Parti socialiste. Extraits :

Gaël Brustier: […] A quoi correspond cette domination culturelle des droites en Europe? Je soutiens l'idée que c'est la peur du déclin, l'idée que la société «occidentale» serait menacée qui détermine les paniques morales, véritables moteurs de la reconfiguration du débat public. Il y a une vague droitière en Europe, même si l'on ne peut pas mettre Geert Wilders (leader du parti populiste néerlandais PVV) et la «Manif pour tous» sur le même plan. Pourtant ils correspondent, chacun à leur manière, à des angoisses de populations différentes face à une même idée, celle du déclin supposée de la «civilisation occidentale».

François-Xavier Bellamy: Je suis d'accord avec Gaël Brustier pour dire qu'il y a une transformation en profondeur des catégories dans lesquelles se construit la conscience politique contemporaine. Il est donc bien difficile de lire la domination de l'une de ces catégories traditionnelles aujourd'hui. On voit bien qu'il se passe quelque chose autour de la catégorie traditionnellement considérée comme de droite ; et cependant la conscience politique nouvelle qui émerge ne se fait pas autour des structures traditionnelles d'expression politique. Les partis politiques de droite en Europe, et particulièrement en France, ont du mal à comprendre ce qui est en train de se passer dans la conscience politique de leur électorat. Pour reprendre l'expression utilisée par Gaël Brustier, la situation actuelle se caractérise par une forme de «panique morale», une inquiétude qui cristallise cette reconfiguration idéologique. Mais je crois qu'elle est d'abord due au fait que les citoyens ont le sentiment que la politique n'a plus de prise sur le réel. Dans ce discrédit jeté sur la classe politique, il n'y a pas seulement de la peur: il y a surtout un désir de refondation, l'espoir d'une nouvelle perspective, qui n'a pas encore trouvé de moyen d'expression – d'où le fait qu'il se caractérise comme inquiétude.

Comment analysez-vous le phénomène Manif pour tous ? Est-ce un mai 1968 à l'envers ? Le dernier cri d'un monde qui meurt ? La naissance d'un Tea party à la française ? La reprise en main culturelle de la droite par la rue ?

F-X B: Rien de tout cela. Je pense là encore que nous sommes d'accord pour dire qu'on assiste à un phénomène nouveau. La conscience politique qui émerge chez la jeune génération, notamment à droite, reconduit paradoxalement toute une famille de pensée vers une forme d'héritage qui était plutôt lié à la gauche: le refus de l'individualisme, la volonté d'une liberté qui soit accolée à une exigence de responsabilité devant l'avenir, la prise en compte d'une forme d'écologie intégrale authentique et cohérente.

Une autre transformation inédite dans cette nouvelle conscience politique, c'est le primat de l'intellectuel et du culturel, qui étaient là encore, dans les dernières décennies, l'apanage de la conscience politique de gauche. Au XXème siècle, les mouvements de gauche avaient compris que les mutations politiques se jouent d'abord sur le terrain culturel ; alors que la droite a toujours cru – du moins une partie de la droite, celle qui est aujourd'hui institutionnellement majoritaire – au primat de l'économie dans la vision politique. De ce point de vue-là, une évolution très profonde est en train de se jouer à droite: à la faveur des récents débats de société, toute une partie de l'opinion prend conscience de l'importance déterminante de l'engagement culturel.

G B: La Manif pour Tous est un vrai mouvement social, complet qui a ses intellectuels, ses réseaux économiques, ses cadres politiques, ses nouveaux venus et ses activistes. Il fait renouer la droite avec la rue, ce qui est déjà arrivé dans l'histoire. Comment le catégoriser? Il me semble que c'est bien un mouvement de droite: si on regarde les cadres, que ce soit les Veilleurs, les Hommen, tous ces groupes, je n'ai jamais rencontré un électeur de gauche, même si certains ont basculé politiquement. Il y a une dimension conservatrice au sens philosophique du terme mais aussi une dimension populiste de contestation des élites (sans que ce soit péjoratif). On a aussi une dimension clairement identitaire. […]

F-X B: Vous avez raison de dire que les cadres de ce mouvement viennent de la droite ; mais, encore une fois, c'est une droite qui s'est découvert subitement une conscience de gauche. Ce mouvement social (l'expression même appartient au vocabulaire de la gauche) s'est formé, non pas par un simple réflexe conservateur, mais contre une forme d'ultra-libéralisme, au nom du refus de l'envahissement du marché. Ce sont là des cadres intellectuels qui étaient plutôt liés à la conscience politique de gauche. […]"

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12 commentaires

  1. Conscience de droite, conscience de gauche…billevesées que tout çà : chacun, de quel que bord puisse-t-il être, ne pense qu’à garder son poste, voire qu’à se faire élire. Le système à prise sur eux et, s’ils ne s’en réjouissent pas, du moins en profitent-ils.
    La seule chose qui soit bonne pour notre pauvre France est de rappeler Louis XII et Maupéou.

  2. Louis XIII, bien entendu… le lecteur aura corrigé de lui-même :o)

  3. Si l’échange est bien intéressant et l’argumentation de François-Xavier Bellamy neuve et alerte, les deux, à des degrés différents, continuent de manier les termes de “gauche” et “droite” qui sont complètement dépassés, vidés de tout contenu.
    Il faut arrêter de penser avec des schémas du siècle dernier.
    D’ailleurs, au-delà du mouvement culturel et social du Printemps français, je trouve qu’il y a dans le spectre politique des brouillages, des engagements par exemple d’ex-cégétistes au Front National, bref des lignes qui bougent.
    Il faut imaginer une explosion du vieux monde politique français beaucoup plus proche qu’on ne le pense car l’Histoire s’accélère parfois soudain. Et le discrédit effarant et inédit dans la Ve République du pouvoir politique, la vacuité, l’absence total de sens de l’Histoire et de hauteur de vues, la médiocrité crasse de François Hollande offrent des conditions idéales pour ce séisme.

  4. “même si l’on ne peut pas mettre Geert Wilders (leader du parti populiste néerlandais PVV) et la «Manif pour tous» sur le même plan.”
    Pourquoi ? Parce que Wilders est pro – sioniste e qu’il a fait un stage dans un kibboutz étant jeune ? Ou parce qu’il serait sexuellement proche du nouveau FN ?
    2 choses que ce clown du PS fait mine d’ignorer, à moins d’être juste un bobo incompétent…
    Ces bobos sont exaspérants d’incompétence et de mépris de la réalité.

  5. “c’est une droite qui s’est découvert subitement une conscience de gauche”
    Et c’est un maire-adjoint de Versailles qui le dit. On aura vraiment tout lu.
    Vivement qu’on change les zélites. La récupération UMPS, fût-elle sans étiquette, ça suffit !

  6. D’accord avec “esprit libre” sur l’emploi désormais dépassé des mots “droite” et “gauche”, qui remontent encore plus loin que le siècle dernier. Ces gars-là se font plaisir à ruminer des “concepts”.
    Du reste, Brustier se trompe quand il dit que “la société «occidentale» SERAIT menacée” : elle EST menacée !

  7. D’accord avec Anne Onyme!

  8. conscience de gauche ???

  9. Regrettables circonvolutions intellectuelles de FXB qui n’a pas compris que les références de droite et de gauche relèvent dès aujourd’hui du passé.
    La politique vécue en France depuis la révolution est une mise en scène qui a inventé une droite et une gauche.
    Qu’on réfléchisse un peu: la droite et la gauche font exactement la même politique sur les sujets de fond de notre société.
    – dette publique et asservissement du pays aux banques
    – immigration
    – avortement
    – école (pensez à la proposition de Mazières de supprimer les écoles hors contrat)
    – loi du genre (pensez à Chatel et aux écoles de Versailles)
    – mariage homosexuel (et oui pensez que tout ça a été lancé par Raffarin bien avant Hollande et Taubira)
    – asservissement à Bruxelles
    – hégémonie des médias
    – etc…
    Aujourd’hui nait un futur pour la France; ce futur sera centré sur le respect de la vie, le respect de la famille, le respect des lois naturelles.
    En se fourvoyant avec de Mazières, en restant bloqué sur des références de droite et gauche complètement artificielles, FBX, malgré ses prouesses intellectuelles, nous montre qu’il n’a pas compris où est l’avenir.
    Malgré son jeune âge et ses qualités humaines, il est malheureusement un homme du passé.

  10. FX B…. encore un qui racole pour le système UMPS
    Arrêtons de lui donner la parole!!!
    Un adjoint à la culture incapable de faire le tri de ses bibliothèques: un incompétent ou qqn qui agit contre nous

  11. Débat effectivement très intéressant. Si on lit correctement ce que dit Bellamy, qui est sans étiquette, on ne peut pas l’accuser de faire la pub de l’UMPS, au contraire… Et sur le clivage droite gauche, je trouve sa dernière réponse vraiment éclairante, pour répondre à ceux qui lui reprochent d’utiliser ces termes :
    “Le clivage gauche-droite n’est pas périmé, mais il s’exprime différemment aujourd’hui. Finalement, la question sociale n’est plus centrale pour la majorité parlementaire. Cette gauche de gouvernement trouve son identité en assumant d’autres engagements. La figure d’un Vincent Peillon, placé sur le devant de la scène à la faveur des récents débats de société, est intéressante pour comprendre ce qui constitue aujourd’hui l’un des marqueurs les plus importants pour la gauche actuelle : la volonté de terminer une révolution par la déconstruction de repères hérités de traditions antérieures, un progressisme polémique qui voudrait s’imposer au nom de la liberté de chacun de disposer de sa propre vie. Dans les débats sur le genre, par exemple, on a vu s’opposer deux visions de la société : l’une fondée sur cette liberté qui se cherche dans une déconstruction agressive, et l’autre qui affirme la nécessité de préserver les repères de l’identité, de la vie en société, de la famille.”
    C’est rare de lire une analyse si claire des enjeux actuels… Un jeune type à suivre, clairement !

  12. @brevent
    Nous sommes tous capables d’ecrire mais les mots ne sont rien s’ils ne se transforment en actes
    Qu’a t’il fait concrètement à Versailles?

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