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France : Politique en France

La droite conservatrice et populiste (LR délestés de leur aile gauche, DLF, PCD et RN) peut être la première force du pays mais est impuissante tant qu’elle reste divisée

La droite conservatrice et populiste (LR délestés de leur aile gauche, DLF, PCD et RN) peut être la première force du pays mais est impuissante tant qu’elle reste divisée

Analyse du scrutin et perspectives politiques par Guillaume Bernard :

Ce nouveau clivage droite gauche qui s’installe en silence, n’en déplaise à ceux qui s’en pensaient débarrassés. Une clarification doctrinale et une réorganisation partisane de la nouvelle droite sont par ailleurs nécessaires pour qu’elle pèse davantage qu’En Marche, son adversaire de gauche.

Les listes qui n’ont pas de positionnement clair, qui ont joué sur l’ambiguïté idéologique (LR) ou stratégique (DLF qui a torpillé son alliance avec le PCD) ont échoué. Celles qui ont une identité plus claire – le souverainisme (RN), le libéralisme (LREM) et l’écologisme (EELV) – ont tiré leur épingle du jeu.

Le vainqueur de ce scrutin, c’est le RN. Donné à 17 % des intentions de vote un an avant l’élection, il finit à presque 24 %. Il a donc à peu près retrouvé son score de 2014 et, avec une participation en hausse (plus huit points) résultant d’une mobilisation peu prévisible des catégories populaires de la « France périphérique », il a donc augmenté son nombre de voix d’il y a cinq ans. Pour autant, sans allié, il reste toujours dans l’incapacité de gagner seul une élection au scrutin majoritaire à deux tours. L’échec et le discrédit de Marine Le Pen à la présidentielle n’ont pas tué le RN, mais ce parti ne connaît pas de forte dynamique puisqu’il ne profite pas vraiment (encore qu’il a bénéficié de transferts de voix) de l’effondrement de LR et encore moins de celui de LFI.

Le principal perdant de l’élection, c’est bien entendu LR qui enregistre son plus mauvais score aux européennes, faisant même moins bien que les 13 % de 1999. Cet échec s’explique par l’incohérence doctrinale de son offre : le grand écart idéologique entre la tête de liste (appréciée de l’électorat conservateur) et nombre de ses colistiers. C’est donc moins l’échec de François-Xavier Bellamy (encore qu’il ait commis des maladresses voire des lapsus révélateurs en se déclarant plus proche de Juncker que d’Orban) que celui de la stratégie attrape-tout (c’est cette même distorsion qui a conduit à la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012) : à vouloir plaire à tout le monde, on finit par déplaire à tous. L’électorat libéral (préférant ses intérêts à ses idées…) a glissé cers LREM. Toutefois, ce parti n’est pas encore mort étant donné qu’il dispose, pour l’heure, d’un tissu social d’élus locaux que son concurrent RN n’a pas. Pour continuer l’oeuvre accomplie et, peut-être aussi, afin de conserver leurs mandats, un certain nombre d’entre eux pourraient trouver judicieux de se débarrasser de leurs étiquettes partisanes nationales pour constituer, lors des prochains scrutins territoriaux, des listes d’alliance (de fait « divers droite ») réunissant toutes les « sensibilités » de la droite, y compris nationale…

Quant à la gauche (PS, LFI, etc.), elle est d’autant plus en perdition qu’elle est divisée : elle fait, en tout, moins de 30 %, y compris les Verts (qui sur de nombreux points, en particulier sociétaux, convergent assez aisément avec LREM), ce qui relativise l’importance de leur résultat qui n’est certes pas négligeable (13, 5 %) mais pas nouveau pour ce parti qui réussit régulièrement des percées aux régionales et aux européennes (16 % en 2009) pour ensuite retomber assez bas aux autres scrutins.

Pour Macron, la seconde place de LREM (22,5 %) est un échec puisqu’il avait cherché à transformer l’élection en un duel avec le RN et s’est investi personnellement dans la campagne. Cependant, l’écart entre les deux partis est faible et le  positionnement central du macronisme lui donne un avantage incontestable pour rassembler les modérés lors d’un second tour d’une présidentielle. Après avoir quasiment liquidé le PS en 2017, Macron a siphonné une partie de l’électorat LR. Il se retrouve dans cette étonnante situation qu’il est objectivement minoritaire dans le pays (il a été élu par défaut, il a connu une contestation d’ampleur avec les Gilets jaunes) et qu’il est cependant le plus susceptible de l’emporter en 2022 si n’émerge par une force politique capable de créer une unité (doctrinale) et une dynamique (électorale) de la droite.

La recomposition du spectre politique français se fait selon un double mouvement. D’une part, on assiste à un fort affaiblissement des anciennes forces politiques (PC, PS, droite modérée), un enracinement de LREM et un maintien-stagnation du RN. D’autre part, la tripolarisation issue de la présidentielle (gauche, centre et droite) ne sera vraisemblablement que temporaire : le socialisme est discrédité et ne survivra pas malgré ses appels du pied au communautarisme, le libéralisme (économico-sociétal) glisse vers la gauche du spectre politique tout en empiétant sur le centre-droit (Verts, LREM et MoDem), la droite conservatrice et populiste (LR délestés de leur aile gauche, DLF, PCD et RN) peut être la première force du pays (35 % a minima) mais est impuissante tant qu’elle reste divisée. Seule une alliance, non pas des appareils parisiens mais des forces vives du pays, partout dans le tissu social de la France, sur la base de valeurs claires (identité, autorité, souveraineté, subsidiarité, dignité) pourrait permettre de constituer un programme commun (ne confondant pas libertés économiques et libéralisme ni question sociale avec étatisme collectiviste) et de faire émerger une force politique qui, parce que renouvelée dans sa doctrine et ses incarnations, sera débarrassée des actuels handicaps des différentes composantes de la droite (la suspicion de schizophrénie visant les uns, le blocage psychologique vis-à-vis des autres).

Macron est, certes, en passe de faire table rase de l’ancien monde politique, mais il n’est pas pour autant, à lui seul, le nouveau monde : il n’est que l’instrument du chaos entre les deux. Le nouveau spectre politique opposera à nouveau une droite à une gauche incarnant l’une l’identitarisme l’autre le multiculturalisme, l’une le protectionnisme l’autre le libre-échangisme, l’une la subsidiarité l’autre libéralisme, l’une la solidarité sociale l’autre l’étatisme, l’une l’autorité l’autre le dirigisme technicien, l’une la maîtrise de son destin l’autre le mondialisme, l’une la défense d’un ordre naturel des choses l’autre l’écologisme malthusien, l’une le conservatisme sociétal l’autre le progressisme libertarien… Autrement dit, ce sera le retour, à plein, de l’affrontement doctrinal fondamental opposant, la pensée classique à l’idéologie moderniste.

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12 commentaires

  1. « afin de conserver leurs mandats, un certain nombre d’entre eux pourraient trouver judicieux de se débarrasser de leurs étiquettes partisanes nationales pour constituer, lors des prochains scrutins territoriaux, des listes d’alliance »: aurons-nous un Rassemblement des Patriotes français ou un Rassemblement français des patriotes si RPF n’est pas un sigle disponible (« mis en sommeil » en 1955)

  2. En additionnant ces trois branches, on atteint péniblement un peu plus du tiers de l’électorat… L’optimisme (même mesuré) de Guillaume Bernard ne semble pas de mise.

  3. Peut-on considérer LREM comme centriste ?
    LREM dont la matrice aura été Terra Nova, 10 ans avant les élections de 2017 – cf rapport publié suite à la défaite de Jospin, actant que la base ouvrière ne suffisait plus à se faire élire.
    Il faut que les cercles de pensée conservateurs abandonnent le rêve d’une majorité qui n’existe plus. La terre a tourné et l’abandon de l enseignement par de Gaulle aux cocos se paye aujourd’hui. Les 15-30 ans actuels ont une connaissance historique néant/fausse, et appartiennent à une autre civilisation: ils utilisent les mêmes mots mais n’y associent pas les mêmes concepts. Ils vont parler de fidélité et de grande histoire d’amour mais ne seront pas choqués par une aventure d’un soir. Seront même incapables de comprendre ce qui peut être choquant là dedans.
    Itou, les racines n’existent plus. Le Carême en entreprise, « Ah, oui, le Ramadan des chrétiens » (collègue baptisé & ayant fait baptiser ses enfants, statistiquement chrétien).
    Un étudiant universitaire lambda, phD à oxford, qui envisage sérieusement la possibilité d’un permis de procréer « car certaines personnes sont trop bêtes », ou encore la suppression de l héritage pour éliminer les inégalités, et tout ce qui va avec. Et se pense humaniste. Voilà notre jeunesse actuelle.
    Il faut se comporter et agir en conséquence. Nous voilà revenus en antiquité. Qu’ont fait nos ancêtres pour en sortir ? 2000 ans de progrès humain à refaire, ou presque.

  4. Meunier : une belle leçon de réalisme, par une approche différente de la mienne, et monsieur Bernard en a bien besoin… S’il commençait par regarder ce qu’il se passe dans sa propre ville, à La Roche sur Yon, à propos de l’ICES, mais pas uniquement ça, sans doute ne parviendrait-il pas à des conclusions politiques aussi irréalistes et hasardeuses… Rappelons lui aussi que la très catholique Vendée a massivement voté LREM…

  5. La très catholique Vendée ? Il y a longtemps qu’elle ne l’est plus, comme ne le sont plus le Nord, l’Alsace, la Bretagne, au fond comme ne l’est plus la France, fille aînée de l’Église.
    Pas de vraie foi, pas d’union des Droites car nous avons abandonné le seul ciment qui pouvait nous agréger. Et avec elle la clairvoyance et le discernement en politique qui pourraient nous éviter de nous abandonner aux miroirs aux alouettes. L’Europe a été un de ces attrapes-gogos dont il va être très difficile de nous extraire et les LR ne l’ont pas encore compris.

  6. Billet fort intéressant de l’auteur du « Mouvement dextrogyre ». La concertation de toutes les droites est une hypothèse…qui peut prendre du temps à se réaliser ! (au vu du formatage bien pensant des LR !) L’inconvénient du concept de Droite est de cliver la Société, au même titre que les clivages de classes. Or il y a mieux à faire. Nos concitoyens ont placé le RN loin devant les autres partis dans la France périphérique. Dès lors toutes les collectivités locales de cette aire sont prenables pour le RN, pour peu qu’au plan local il passe les 30% et sache nouer des alliances. A double titre la donne change. Le RN trouve un vaste bastion électoral (la proportionnelle lui devient inutile) et le RN est mis au défi de se muer en parti gestionnaire de nombreux territoires. Dans sa conquête électorale le RN aura besoin de compétences et d’alliés enracinés au plan local. Rien n’empêche les citoyens de Droite de s’organiser pour infléchir ce mouvement national vers des objectifs opportuns au plan local.

  7. Je trouve hallucinant que malgré l’évidence il se trouve encore des gens pour qualifier LR de droite !
    Plus loin je découvre que le parti LR à moitié absorbé par LREM aurait une aile gauche !!!!

    Dans la foulée et à peine revenu de ma surprise j’apprends que LREM serait du centre et non de gauche…

    Guillaume Bernard et moi on ne doit pas vivre sur la même planète…

  8. LR débarrassé de son aile gauche ?
    Simplement les 90% de ses cadres, tous en adoration permanente devant les principes de gauche.

  9. larem c’est l’umps reconstituée en un parti unique de gauche avec des alliées qui se disaient de droite
    les LR ont pris une raclée parce que le flou ne plait plus à l’électeur

  10. Toujours excellent de Guillaume Bernard, comme d’habitude.

    Tout est parfait et bien en conformité avec la situation actuelle

  11. Pourquoi toute la Droite serait « souverainiste »? C’est une pétition de principe très réductrice. On peut être libéral, national en matière d’immigration et pourtant pro-européen, et être très, très à droite!

  12. Cette histoire d’union des droites est un mythe.
    Il faudra que le RN garde seul ou presque.

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