La droite a beaucoup à apprendre de la gauche au plan de l’action politique

De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :

Images-4"À quelques heures d’ intervalle, j’ai ainsi appris deux anecdotes très différentes, venant de per- sonnalités également différentes, mais qui, côte à côte, prennent un relief étrange. J’ai d’abord appris que Julien Dray, l’un des fondateurs de SOS Racisme et l’un des meilleurs spécialistes des coups tordus au Parti socialiste, s’opposait à la loi Collomb de contrôle de l’ immigration. Cette opposition n’était pas vraiment une surprise. En revanche, les termes utilisés, par leur outrance, eux, m’ont surpris – et pas moi seulement, puisque toute la presse ne parlait que de cela le week-end dernier.

Il a dénoncé les « rafles » que constituerait, selon lui, le contrôle d’immigrés. Et, pour qu’ il soit bien clair que le terme était pesé, il a ajouté: « Je choisis ce mot délibérément, parce que je sais ce que ça veut dire quand on va donner la possibilité aux services de descendre dans les centres de migrants, et ça apparaîtra comme une rafle, aussi dur que le mot soit. » Quelques heures après avoir lu, un peu abasourdi (même si j’ai une haute estime du n’importe quoi dont est capable M. Dray !), cette saillie invraisemblable, j’ai appris qu’Alain Juppé ne paierait pas sa cotisation aux LR en 2018, précisant :

« Je prends du recul en attendant de voir ce que devient LR, notamment dans la perspective des élections européennes de 2019. Ce sera pour moi un rendez-vous majeur, un point de clivage fondamental. »

Là non plus, ce n’est pas vraiment une surprise que M. Juppé ne soit pas enthousiasmé par la présidence de Laurent Wauquiez.

Mais, à voir ces deux anecdotes, on mesure à quel point droite et gauche sont asymétriques dans le système politique actuel.

Les propos de Julien Dray sont d’un radicalisme choquant. Dans toute autre bouche, ils auraient même pu passer pour du révisionnisme, puisqu’ ils minimisent implicitement la gravité de ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, en associant dans l’esprit de ses auditeurs, par le mot « rafle », la déportation des Juifs à un banal contrôle d’identité.

Il ne faut d’ailleurs pas manquer de souffle pour considérer comme normal – et même comme exigé par les sacro-saintes « valeurs de la République »! – le fait que des étrangers (dont bon nombre sont des délinquants puisqu’ils sont illégalement présents sur notre sol) devraient par nature échapper à tout contrôle policier – quand nous-mêmes sommes tenus de répondre à un officier de police judiciaire nous demandant notre identité. Mais, comme M. Dray est de gauche, il est dans le camp du bien. Même Christophe Castaner, patron de LREM, qui lui a répondu, un peu agacé, ne s’est permis que de l’appeler à davantage de mesure.

De l’autre côté, Laurent Wauquiez est assez éloigné d’être un homme de la « droite dure ». Il est démocrate-chrétien. Il a maintes fois déclaré son refus de toute alliance avec le FN. Il a promu le centriste Jean Léonetti au sommet du parti. Malgré cela, les centristes de son parti le soupçonnent en permanence des arrière-pensées les plus « extrémistes ». Mais le plus fort, c’est que ces centristes se mettant en congé du parti, refusant de payer leur cotisation, refusant la main tendue du nouveau président, exigent tout de même que ce dernier se rallie à leurs positions. Décidément, la droite a beaucoup à apprendre de la gauche. Non pas au plan idéologique (bien que trop de dirigeants de droite courent après la gauche), mais au plan de l’action politique."

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