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Culture de mort : Avortement / Pro-vie

La détresse des jeunes femmes enceintes

Nous avions évoqué la présence de Cécile Edel, présidente de Choisir la Vie, lors du colloque pro-vie organisé à Bollène par l'abbé Lelièvre. Voici l'intégralité de son intervention du dimanche 16 mai sur le thème de la détresse des jeunes femmes enceintes :

"Chers amis,

Cecile edel Tout d’abord, je tenais à remercier l’abbé Lelievre d’avoir organisé ce week-end ce colloque sur ce magnifique thème : « La Vie est la lumière des hommes » et de m’avoir ainsi conviée à participer à celui-ci.

En tant que présidente de Choisir la Vie, plusieurs sujets évidemment me tenaient à cœur mais j’ai souhaité finalement en traiter un en particulier : celui de la détresse des jeunes femmes enceintes : d’une part parce qu’en tant que psychologue et  ayant suivie une spécialisation en psychologie du «  stress et syndrome post traumatique », je me suis inéluctablement, dès les premières années de mes études intéressée à ce sujet, et d’autre part, parce qu’au sein de Choisir la Vie, en plus de nos activités de formations, d’informations, de sensibilisation au Respect de la Vie auprès du grand public , des médias, des politiques (ce qui coïncide avec notre pôle, je dirais, « militant »), nous aidons et soutenons les jeunes femmes enceintes en difficultés au travers de nos délégations départementales, qui œuvrent depuis de nombreuses années dans ce domaine (ces délégations sont d’ailleurs bien représentées aujourd’hui par leur président ou vice président)  et au travers de notre toute nouvelle antenne d’écoute créée justement cette année."

  

J’ai donc eu l’occasion, comme je pense beaucoup d’associations présentes ici, de côtoyer de très près toute cette détresse, cette souffrance et cette extrême solitude des femmes, jeunes ou moins jeunes, qui venaient d’apprendre qu’elle étaient enceintes.

Mes propos, qui se présenteront d’ailleurs davantage sous la forme d’un témoignage (c’est ma propre expérience que je vous livre ici et mes réflexions sur le sujet) que d’un  discours purement théorique seront divisées en 2 parties :

1 Société, maternité et détresse : Vision de la maternité aujourd’hui.

A /Comment notre société peut créer de la détresse ?

B/ Une détresse psychologiquement explicable : ce que nous enseigne la psychologie

2 Comment aider, écouter ces femmes ?

1 Société, maternité et détresse : Vision de la maternité aujourd’hui.

A/ mythe de l’enfant désiré, mentalités contraceptive

Très rapidement, je dirais que peu à peu, au fil des années, notre population a été bercée par deux mentalités, deux  idéologies qui vont de pairs (et qui en recouvrent bien d’autres) qui est la l’idéologie perverse de l’enfant désiré et la mentalité contraceptive qui en découle inexorablement.

Je vous renvoie d’ailleurs sur ce sujet à l’excellent ouvrage du dr Philippe Cathelineau « les lendemains douloureux de l’avortement » dans lequel est entre autre expliqué, très précisément ce que l’on peut appeler justement cette idéologie de l’enfant désiré et son lien très étroit avec la mentalité contraceptive.

Le dr de Ctahelineau fait référence notamment à un slogan lancé par la fondatrice du planning familial mondial et repris par l’ONU et la plupart des nations du monde pour justifier leurs politiques abortives de régulation des naissances.

Ce slogan disait : « le premier droit d’un enfant est d’être désiré ». Voyez un peu quelle idée pernicieuse peut être cachée sous de bons sentiments ? Une fois cette notion d’enfant désiré introduite, que fait on en effet de l’enfant qui « n’est pas désiré », aurait il perdu de ce fait tous ces droits, puisqu’il a perdu celui qui prélude à tous les autres : celui d’exister ! Tant mieux bien entendu si l’enfant est désiré (nous le souhaitons tous pour n’importe quel enfant !) mais comment peut-on subordonner son accueil aux aléas des désirs de ses parents. (D’ailleurs qu’entend t on réellement derrière le mot « désir » ; désir=vouloir : sait on vraiment toujours ce que l’on veut ?)  

Un être n’existe pas parce qu’il est désiré (ou parce qu’il rentre dans un projet parental, autre notion très à la mode actuellement) mais il existe par lui-même et la reconnaissance de son humanité est inhérente à elle-même. Mais, cette notion d’enfant désiré malheureusement est une notion qui a envahi peu à peu et totalement nos mentalités.

 Exemple : Je me souviens que lorsque j’étais à Fréjus, une jeune femme, qui malheureusement à fini par avorter mais que j’ai suivie durant plusieurs semaines, ne cessait pas de mettre en avant cette notion de désir pour tenter de justifier l’acte qu’elle allait commettre : Pour elle, puisque son enfant n’était pas réellement désiré (sa situation conjugale était très complexe, son mari l’avait en effet trompé quelques mois auparavant et elle gardait encore un souvenir amer de cette trahison même si elle avait fait le choix de rester avec lui) , il ne serait pas heureux, en tous cas moins que ces deux autres filles et c’est cette logique qui justifiait pour elle le fait qu’elle refuse de l’accueillir (pour son bien finalement !)..Parallèlement, elle me disait que si c’était un garçon, elle l’accepterait mieux que si c’était une fille parce qu’elle désirait davantage un garçon qu’une fille !

Voyez un peu la complexité de notre être et la complexité de cette notion de désir…Si nous commençons à nous poser la question de notre désir, nous risquons, il faut l’avouer, de nous perdre dans les méandres de la psychologie et de « notre intérieur », surtout concernant l’arrivée d’un enfant…

Car que sait-on véritablement du désir ? Un autre exemple dans le même ordre d’idées: Il ya quelques années (en 2006 exactement), j’avais lu complètement par hasard, dans un article du journal  la CAF du Var, une interview d’un médecin pédiatre qui expliquait avec des termes professionnels, ce qui pouvait le rendre presque crédible ( !),  qu’un enfant désiré avait plus de chance d’être heureux et risquait moins de violences qu’un enfant non désiré…

Voyez un peu l’absurdité ! Il ne faut pas avoir  fait de grandes études pour sentir que cet argument est totalement erroné.

 Que savons-nous du désir réel de la femme qui vient d’apprendre qu’elle attend un enfant?

Nous savons combien en cas de grossesse, pour diverses raisons, physiques et psychologiques, les sentiments d’une femme  peuvent être mêlés et contradictoires, mêlés de craintes, d’angoisses et en même temps d’espérance… je reviendrai plus en détail dans quelques minutes sur ce point de la psychologie de la femme.

Juste pour illustrer cette contradiction du désir, nous avons tous connu autour de nous  certaines femmes qui diront haut et fort qu’elles ne souhaitent plus d’enfants pour des raisons diverses (relatives à leur enfance ou en raison de la réticence de leur entourage, de l’influence de leurs amies qui elles mêmes n’ont qu’un ou deux enfants..) alors qu’au fond d’elle-même elles ont le profond désir d’en avoir un autre et finalement espère en secret être enceinte.

Un sondage dont je ne connais plus les résultats exactes concluait tout de même qu’une grande majorité des femmes auraient espéré finalement plus d’enfants qu’elles n’ont (un de plus généralement). Egalement, combien de femmes refusent catégoriquement leur grossesse et regrette ensuite si amèrement d’avoir avorté : elles diront par exemple : « J’ai sacrifié mon bébé pour garder un homme cruel qui de toute façon n’est plus là. Et aussi pour garder une situation économique qui elle aussi n’est plus là. M  on premier bébé sera toujours dans mon cœur » ou encore voici un autre témoignage « «En me faisant avorter, sa vie venait de s’arrêter. J’ai essayé d’analyser ce désir d’enfant avec un père qui n’existait pas. Cela ne me ressemblait pas, je rêvais d’une véritable  famille unie mais le temps en a décidé autrement…6 mois après, j’ai toujours mal »

De même, comme je peux être étonnée voire choquée aujourd’hui par certains propos devenus très courants, même dans la bouche de personnes tout à fait respectables. Ces derniers demandant innocemment à une femme par exemple enceinte du 3 ou 4 éme enfant, si elle souhaite s’arrêter là ou si elle souhaite d’autres enfants…Ces personnes, posant ce genre de questions ne se rendent absolument pas compte, j’en suis bien certaine, de ce que cela sous entend et combien elle même d’une manière complètement inconsciente ont été finalement influencée par la mentalité actuelle. Une mentalité du « contrôle » comme si la venue d’un enfant se contrôlait, se maitrisait coute que coute…Aujourd’hui c’est cette image idéale véhiculée par la société du moment opportun d’une grossesse et de la maitrise de ce  moment où l’on décide d’être enceinte  (« il faut avoir un enfant quand la situation est parfaitement maitrisée : maturité requise, travail obligatoire, situation matérielle confortable, situation affective stable…) qui, je dirai, engendre de la « détresse ».

Je m’explique : La logique est la suivante : La situation doit être parfaite pour faire naitre un enfant..il y a d’ailleurs les moyens contraceptifs pour s’assurer qu’une grossesse interviendra bien que lorsque la situation est parfaite et on sait combien notre gouvernement actuel s’attache à financer et multiplier toutes les campagnes pour la contraception au sein des établissements scolaires notamment.

Donc si une femme est enceinte sans l’avoir maitrisé : elle ne pourra donc ressentir qu’une sorte de culpabilité, honte… Cet enfant puisque non désiré en quelque sorte, non maitrisé sera donc  non mérité : c’est ce que j’appellerai la double peine (non seulement la jeune femme est enceinte mais en plus elle doit du coup avorter..)

Face ainsi à cette norme, cette exigence imposée par la société,  la  jeune femme enceinte a l’impression de n’avoir donc aucune possibilité de garder son enfant, elle n’a aucune chance : sa situation amoureuse instable, jeune, souvent étudiante sans emploi, dépendance par rapport aux parents…Dans sa  « logique » : impossible de garder  ainsi son enfant (même si elle le voulait !) Elle va donc chercher coute que coute des autojustifications, des « excuses altruistes » « (je ne veux pas que ce bébé soit malheureux », « Il vaut mieux pour lui qu’il ne naisse pas » « je ne peux pas faire cela à mes parents »..)

Je reparlerai plus tard de cette logique mortifère induit par notre société mais ceci me permet de passer à mon paragraphe sur l’Etat psychologique de la jeune femme enceinte (état conditionné par les deux mentalités que nous venons d’évoquer)

B/  Points essentiels  sur l’état psychologique de la jeune femme enceinte :

Ø  Il faut  imaginer qu’ ainsi à l’annonce d’une grossesse non prévue, non désirée, la jeune femme est sous  l’effet d’un choc, comparable à ce que l’on peut appeler en psychologie mais dans une moindre mesure, un choc « traumatique » (on nommera par traumatisme : l’ensemble des troubles de la Vie affective et de la personnalité déclenchés chez un sujet par un choc émotionnel important) pouvant d’ailleurs à plus ou moins long terme entrainer ce qu’il est courant de nommer un « stress post traumatique ».

Cette grossesse, tel un  « trauma » vient effectivement faire effraction dans la psyché de la personne qui n’avait ni prévu, ni contrôlé cet évènement. Celui ci  survient d’une manière inattendue, soudaine et imprévisible. Imprévisible car bien souvent la personne n’a pas imaginé (peu de maturité, entière confiance dans les contraceptifs..) qu’une éventuelle grossesse pouvait survenir…cette dernière étant reléguée au champ de l’impossible.

La grossesse est alors vécue comme une agression extérieure, faisant irruption dans l’intériorité de la personne L’enfant est ainsi  identifié comme un objet extérieur  qui engendre un état d’insécurité et le sentiment d’être dans une situation de danger imminent aux conséquences irréversibles..C’est un véritable bouleversement et drame intérieur qui se joue alors. La première réaction de la personne est une réaction de rejet qui succède à un état de sidération mentale. Les capacités intellectuelles et de raisonnement, qui sont d’habitude mobilisées pour une prise de décision, en calculant les risques et bienfaits de chacun des choix proposés, sont comme paralysées.

A l’image des grands événements traumatiques (perte soudaine d’un être cher, catastrophe naturelle, agression..), où chacun sait qu’il est impossible alors de demander une quelconque  prise de décision rapide à la personne, c’est une aberration psychologique et humaine que d’obliger une jeune femme sous le choc d’une grossesse inattendue de décider d’un choix tel que celui de garder ou non son enfant… ses capacités intellectuelles sont non mobilisables, tout son être est en émoi, son affectivité est accrue..cette dernière ne peut exercer pleinement sa liberté, son être entier étant sous contrainte.

Entre parenthèse, puisque c’est l’objet de ma seconde partie, tout le travail d’écoutante à ce moment même de la grossesse consiste à ce que l’enfant ne soit plus vécu comme un objet agressif extérieur, faisant effraction dans l’identité même de la femme mais comme faisant intégralement partie de la personne même. C’est la sphère enfant-mère qui doit en priorité se constituer  afin de lutter ensemble contre les agressions et les pressions extérieures de  l’entourage, des institutions, de la société.

Ø    Ce qui est frappant chez les femmes qui font appel à nous c’est l’impression d’une non liberté, d’une contrainte, consciente ou inconsciente. Vous me direz et vous auriez raison que certaines femmes toutefois décident tout à fait volontairement et sans être sous contrainte de ne pas garder leur enfant mais,  posons nous tout de même la question suivante : N’existe t il pas un mensonge dès le départ derrière cette loi qu’est la loi sur l’avortement ? N’a-t-on pas essayé de puis 35 ans de faire croire aux femmes que le geste abortif n’était rien, anodin de l’ordre d’une extraction dentaire ou de la prise de comprimé : combien de femmes diront je ne savais pas ?

Une de nos écoutantes nous donnera ce témoignage bouleversant d’une jeune femme ayant finalement avorté et qui, prise par une saine colère, lui confiera ensuite « la société m’a eue, a abusé de mon état de choc, j’ai  été manipulé, j’ai sacrifié mon enfant, je regrette finalement de mettre laissé faire, je me sens aujourd’hui vide comme une boite qui nesert plus à rien. Pour moi, j’ai été mère durant 3 semaines. On m’a volé mon enfant, j’aurais dû le protéger  »

Nous entendrons donc au travers des propos des jeunes femmes que nous écoutons :

Ø  Ce sentiment de ne pas avoir le choix : elles dont l’impression de vivre une situation d’oppression et non de liberté pour diverses raisons :

· Image idéale de la grossesse et de la maitrise du moment où l’on décide d’être enceinte  véhiculée par la société

· Etat de sidération où toute prise de décision s’avère impossible :  « Je ne sais pas… »  « Je n’arrive pas à réfléchir calmement à tout ceci »,  « Je ne sais pas quoi faire » « Je suis perdue »

Ø  Cette peur, paralysante, angoissante  du regard des autres (« je ne me vois pas annoncer aux autres … »). Elles ressentent énormément de doutes, un tourbillon de questions les habite. Un drame se joue en elle d’une portée insoupçonnée :(la société la culpabilise ; la maternité est vécue comme une honte « Je ne peux pas le dire à mes parents, à mon mai… » « Personne ne doit savoir », extrême solitude du moment)

Ø  Une permanente dévalorisation (« moi, je n’aurais pas le courage de le garder »), et une culpabilité qu’elle projette sur les autres ( « l’échographe m’a regardé avec mépris » →impression d’être jugée. ) Elles se méprisent et finalement se vengent sur elles-mêmes. Comme ce que j’évoquais tout à l’heure « ce que j’ai fait n’est pas bien, je n’ai pas le droit de le garder » : impression de  double châtiment : être enceinte et avorter pour en quelque sorte expier sa faute

Cet état des lieux, loin d’être exhaustif de l’état psychologique de la femme enceinte en détresse (que j’ai d’ailleurs juste survolée)  m’amène à ma seconde partie que je vais traiter rapidement même si cette partie sur l’Ecoute pourrait faire l’objet d’une conférence entière:  

2. Comment écouter la détresse ? 

La détresse ressentie au travers de l’écoute : notre expérience de la détresse des femmes

 Avant tout, je n’ai pas de conseils à donner car  je ne prétends pas avoir la solution qui résoudrait toutes les détresses et pourrait ainsi sauver tous les enfants…Si seulement cette solution existait…

La seule chose que je sais et que d’ailleurs a rappelé une de nos écoutantes lors de la dernière AG de CLV et que trouve parfaitement juste c’est qu’être écoutante c’est accepter de n’être qu’un instrument mais, un instrument qui prête sa voix, son temps, sa compassion au service d’une cause qui nous dépasse. Car c’est bien la COMPASSION qui guide notre écoute. Pour bien écouter il faut ressentir la souffrance de ces femmes, les aimer même dans leurs limites, leur insuffisances, leurs angoisses les plus profondes.

Toute femme mérite d’être écoutée attentivement. La moindre des choses est de les entendre et de prendre en compte leur souffrance, au même titre que n’importe quelle détresse. Parfois derrière des mots, des paroles toutes simples, on pourra sentir cette souffrance et le combat qu’elle mène. Et nous sommes là pour nous lancer avec elles dans ce combat. Nous les rejoignons en quelque sorte dans ce combat. Leur grossesse est souvent vécue au départ comme un secret, inavouable, contenu qu’elles ne peuvent confier à personne.

Ex pour illustrer la compassion : Blanqua 38 ans, qui a pris ses comprimés la veille, et fait son IVG au moment où elle appelle notre écoutante, elle a déjà un garçon d’un premier homme et a décidé de prendre ses comprimés sur coup de tête après une dispute..nous ne pouvons qu’être alors le témoin de sa détresse à cet instant là. Nous ne pouvons plus alors  sauver l’enfant, nous sommes révoltés mais notre seul devoir alors est de compatir, compatir face à ce gâchis, ce désordre. Nous pouvons peut être l’aider à remettre de l’ordre dans sa vie…elle dira « Je ne veux pas terminer sur un échec, pourrai je encore avoir un enfant ?? »..Nous pouvons l’aiguiller sur le bon chemin.

L’écoute nous force à nous poser des questions : comment ces femmes qui s’apprêtent à tuer leur enfant, parfois même seulement pour une histoire matérielle, de luxe, peuvent attirer notre compassion..Comment le Christ a pu aimer jusqu’à la Croix l’homme qui a commis des actions les plus abjectes… ?

On peut aimer ces femmes en détestant leur péché. On peut condamner leur acte sans les condamner..mais notre devoir est d’annoncer malgré tout la Vérité car seule la vérité libère pleinement.

Nous sommes là aussi pour leur dire que toute vie vaut la peine d’être vécue, que la vie est un bien précieux, qu’il faut qu’elle en prenne soins, que la maternité, malgré son lot de surprises, et toute femme le sait, peut être belle..Nous serons surement les seuls à avoir cette parole libératrice.

Il est vrai que objectivement en raison d’une situation sociale et familiale extrêmement difficile, cela peut paraitre fou, déraisonnable d’accueillir un enfant non « programmé »,pour employer la même expression que les jeunes femmes elles mêmes. Nous aussi, en tant qu’écoutantes, nous pouvons être rattrapée par cela et tentée un instant de penser que l’Ivg, dans ce cas extrême, est la meilleure solution. La tentation est si facile ! Il nous est alors demandé de croire en l’avenir et de redoubler de confiance. La Vie n’est elle pas elle même une prise de risque permanent ? Un défi à relever ? Prendre le risque de la vie et faire le choix de la vie ne déçoit jamais et porte des fruits insoupçonnés : Des femmes sont là pour en témoigner. Je vous renvoie d’ailleurs ici à l’ouvrage du Dr Florence Allard et du Père Fropo : Le traumatisme post-avortement, qui comporte de magnifiques témoignages de femmes ayant décidé de garder leur enfant. Je vous en cite un en particulier  «  Blandine en 2000 : Quand on m’a annoncé que j’étais enceinte de Léo à 35 ans, j’ai éclaté de rire ! Enceinte, moi ? Impossible ! Médicalement incorrect : les médecins avaient été formels, j’vais un pb, je ne pourrai pas avoir d’enfant. La grossesse confirmée, je dois me décider vite Car les délais  pour pratiquer une iVG sont presque atteints. Tout était contre moi. Je vivais seule, je venais d’être licenciée de mon travail , mes parents habitaient à l’ étranger et je menais une vie déréglée : sorties, copains, nuits blanches Et bien j’ai fait le choix déraisonnable » : Jai décidé de le garder !Cette grossesse impromptue terminait aussi un rythme de vie échevelée et destructeur. Je sentais que Léo allait donner sens à ma vie. Je n’ai aps été déçue.

Aujourd’hui, je réalise  que j’ai fait quelque chose de fou ! Mais ça m’a donné l’énergie de me battre. J’ai trouvé un travail là mi-temps, je mène une vie structurée, même si ej continue à sortir de temps en temps, mes voisines m’aident pour garder Léo. Au lieu de végéter dans mon coin, j’ai recréé une vie communautaire. »

Etre à l’écoute requiert aussi une totale disposition de cœur et de l’esprit. On ne peut faire l’économie de son temps. On apprend dans ce sens à l’autre comment entrer dans la patience (la personne au contraire est souvent affolée), on peut reformuler ce qu’elle pense pour être sure que l’on a bien compris ce qu’elle ressentait.

On ne peut faire non plus l’économie du silence, car c’est notre silence qui permettra de libérer la parole de l’autre et d’accueillir ses émotions. Le silence est comme la respiration de notre discours, il est évocateur.

Avant de conclure, et d’une manière très pratique, je peux vous donner en bref, quelques exemples d’attitudes de l’écoutante selon le moment du dialogue, quelques clefs pour mieux être à l’écoute :

Redonner à la jeune femme la possibilité d’être libre en lui offrant déjà d’une manière théorique (plus tard d’une manière pratique) la possibilité de garder son enfant.

Ø  Il faut que garder son enfant revienne dans le champ du possible.

Ø  La femme a le sentiment d’être dans une impasse. Nous devons lui offrir des solutions, lui donner notre confiance, gagner la sienne, afin qu’elle s’appuie sur nous pour prendre le meilleur chemin.

Lui redonner confiance en elle en lui montrant qu’elle a d’abord notre confiance. (Poser un regard positif car elle a tendance à se dévaloriser : « Exemple : au Planning familial, il ets courant d’entendre : « Vous ne pouvez pas être mère, vous être trop faible, trop fatiguée, vous ne pourrez pas porter physiquement votre enfant »)

Il faut la rassurer sur elle-même, sur ce qu’elle est. (Si elle s’accepte, elle acceptera mieux l’enfant. Elle le rejette sinon comme elle se rejette))

§  sur ses capacités à être mère

§  sur le fait qu’elle n’est pas seule et que nous ne l’abandonnerons pas

S’intéresser à elle en lui posant des questions personnelles, appropriée

Acquiescer pour lui montrer que l’on a confiance dans ce qu’elle dit et ne pas rentrer dans d’inutiles polémiques (notamment sur le père)

Reformuler ses propos ( lui montrer que nous la comprenons)

« Prendre des gants, des précautions », ne pas faire de phrases directes

Proposer des solutions, des aides concrètes →ouverture sur l’espoir

Parler de son bébé, se recentrer sur lui. Faire émerger chez elle le sentiment de devoir protéger son bébé, lui restituer son rôle de mère afin qu’elle se l’approprie.

Ne pas lui cacher la vérité, ne pas se montrer idéaliste mais au contraire conscient des difficultés.

Désamorcer les phrases type comme « je ne peux pas le garder car je ne veux pas qu’il soit malheureux » . Répondre simplement en miroir « tu peux le garder sans qu’il soit malheureux » →combat : « je ne peux pas.. » « C’est possible »

CONCLUSION

Enfin, pour terminer, j’ai envie de finir sur ces deux notions : la détresse et l’espérance.

Deux notions que je soumets à votre réflexion.

D’une part, la détresse puisque c’était le sujet de mon exposé.

 La détresse : mot, bien complexe comme vous avez pu le voir. Notion d’autant plus complexe et ambiguë qu’elle a été justement mise en avant en 75 pour justifier le recours à l’avortement dans certaines situations. Je vous lis l’art L162 -1 de la loi de 1975 sur l’avortement «  La femme enceinte que son état place en situation de détresse peut demander à un médecin l’IVG »  Voici pourquoi il n’est pas si facile de traiter le sujet de la détresse.

Et de quelle détresse parle-t-on ? La « détresse » engendrée par l’annonce soudaine d’une grossesse et qui place cette dernière dans un état de choc et de fragilité psychologique qui ne dure pas, et qui, peut être d’ailleurs dû comme je l’évoquais, au fait qu’aujourd’hui on nous fait croire que l’imprévu n’existe pas et que surtout il faut tout contrôler ?

N’est ce pas ainsi plutôt la fausse et terrible solution préconisée par la loi contre cette pseudo détresse ou tout au moins cette détresse naturelle, qui a engendré encore plus de détresse ? La détresse devant un terrible choix à faire, la détresse de la femme qui s’aperçoit qu’elle a supprimé l’enfant qu’elle portait en elle ? Je laisse libre cour à votre réflexion à ce sujet…

 La seconde notion est celle de l’espérance .

Et sur ce point, je tiens à vous donner un témoignage d’une jeune femme qu’un bénévole a suivi très longtemps et qui était dans un tel tourment intérieur que vraiment, je peux vous assurer que rien n’était joué pour elle et surtout son bébé. La vie de ce petit être était comme suspendu par seulement un minuscule fil.  Et finalement, la Vie l’a emportée et vous allez pouvoir sentir à quel point tout est toujours possible. Que si la femme sait dépasser sa détresse une profonde joie peut être véritablement vécue.

« J'espère que tu vas bien?
 Je viens te donner quelques nouvelles… D'abord le bébé va très bien, il est parfait et je connais son sexe 🙂
 Ensuite, moi je vais très bien aussi même si je me sens énorme ! Et le papa accepte de mieux en mieux le petit bout.
 Je vais entrer dans mon septième mois de grossesse et tout est génial, J'ai senti mon bébé bouger pour la première fois le 04 Avril et depuis il ne s'arrête plus !
 Je suis tellement heureuse que tu ai été là pour me convaincre de ne pas avorter. Si je l'avais fait je pense que je m'en serais voulu toute ma vie car  
 ce que je vis avec ce petit être est indescriptible. Quand je pose ma main sur mon ventre et qu'il bouge comme pour me dire qu'il est là, quand j'écoute de la
 musique et qu'il tape comme s'il dansait … Ce sont des moments merveilleux, unique que je n'aurais jamais pu vivre si il n'y avait pas eu une personne pour
 me soutenir et me dire "Tu es capable d'élever ton enfant". Je te remercie vraiment.
 
 Voilà je te donnerais des nouvelles bientôt.
 Bisous, Matilda et son fils

Voyez tout est possible et cela vaut la peine de se battre pour que la Vie l’emporte malgré tout. Lorsque  l’on donne, on accueille la Vie car la Vie ne se créée pas, elle s’accueille,  soyez certains que l’on est jamais déçu !

 

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1 commentaire

  1. Bravo!

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