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Liberté d'expression

La dérive sectaire du New York Times

La dérive sectaire du New York Times

En juin, au plus fort des manifestations provoquées par la mort de George Floyd aux États-Unis, le sénateur républicain de l’Arkansas, Tom Cotton, publiait une tribune dans le New York Times appelant au déploiement des troupes fédérales dans les grandes villes américaines. Plus de 1 000 salariés du journal s’élevèrent contre l’article. Le rédacteur en chef des pages opinion, James Bennet, a démissionné. Un mois plus tard, sa subordonnée, Bari Weiss, dont les idées allaient souvent à l’encontre du consensus, quittait le journal. Elle s’est confiée en exclusivité au Point. Extrait :

[…] Pour moi, les pages opinion du New York Times devraient pouvoir être un lieu d’expression pour un élu républicain assez conventionnel. Or nous avons assisté à une sorte de panique morale. Une réaction qui ne se produit jamais face à certains points de vue extrêmes « de gauche » – par exemple une tribune qui blanchit quelqu’un comme Louis Farrakhan [un militant noir et musulman mais aussi un antisémite notoire, NDLR] ou une autre qui reproduit la propagande du Parti communiste chinois. Ou prenez, récemment, le premier titre qui a été donné à l’article racontant la décapitation de Samuel Paty : « La police française tire sur un homme et le tue après une attaque fatale au couteau dans la rue » [le titre est devenu in fine « Un homme décapite un enseignant dans la rue en France et est tué par la police », NDLR]. Et là, on se demande où est passée leur indignation !

Quand vous travailliez au New York Times, quels articles vous valaient la méfiance, voire l’animosité de vos collègues ?

J’aime me saisir des sujets que les autres ne traitent pas. Comme mes collègues, je n’aimais pas Donald Trump et j’aurais pu écrire un article sur lui par semaine, mais quelle en aurait été la valeur ajoutée ? Ce qui m’a rendue impopulaire a été sans aucun doute, en premier lieu, mon opinion favorable sur Israël. Ensuite, mes articles sur #MeToo, par exemple « The Limits of « Believe All Women » » (« Il y a des limites à « croire toutes les femmes » ») ou un papier devenu viral sur le fait que parfois une expérience désagréable est simplement un rendez-vous amoureux raté, ou encore mon portrait de l’« Intellectual Dark Web »[un groupe d’intellectuels anticonformistes, NDLR]. D’ailleurs, je trouve incroyable que le fait de critiquer #MeToo en estimant que le mouvement est allé trop loin soit une position controversée ! De même, il ne devrait pas être interdit de suggérer qu’il y a des différences réelles entre les hommes et les femmes. Dans mes articles, je ne faisais qu’écrire ce que les gens expriment chez eux ou entre amis. Mais ces opinions – et c’est cela qui est terrifiant – sont devenues indicibles.

Au fond, êtes-vous vraiment conservatrice ?

Je tiens fortement à un certain nombre de principes, comme la liberté d’expression. Si cela fait de moi une « conservatrice », qu’on m’appelle ainsi, je m’en fiche. Pour moi, la véritable division dans les médias d’aujourd’hui est ailleurs : elle sépare ceux qui rendent compte des faits, y compris quand la vérité est dérangeante, et ceux qui croient à ce qu’on appelle la « clarté morale » et donc promeuvent une certaine vision du monde. Dans un milieu comme celui du New York Times, la curiosité semble être à sens unique. Ce journal est fasciné par la désinformation venant de la droite mais n’a rien à dire sur l’envahissement des institutions par une certaine idéologie progressiste intolérante, l’un des phénomènes les plus importants du moment. […]

Comment expliquez-vous que ces revendications identitaires émergent au moment même où les États-Unis sont moins racistes et sexistes que jamais ?

Il existe plusieurs interprétations, même si aucune n’est entièrement satisfaisante. L’une, qu’on ne soulignera jamais assez, est la mort de la religion et la façon dont la politique a pris sa place. Comment expliquer autrement le désir zélé de purger le monde des hérétiques, de ruiner la carrière de quelqu’un à cause d’un mauvais tweet ? Une autre est ce que le critique Wesley Yang appelle la « conservation de la souffrance psychique » : les sociétés occidentales sont les plus libres et les plus progressistes de l’Histoire, et pourtant la réaction émotionnelle et psychologique vis-à-vis de l’adversité y semble toujours aussi intense qu’hier. Une autre encore est le « principe de Shirky » [de Clay Shirky, un commentateur spécialiste d’Internet, NDLR], selon lequel « les institutions tendent à préserver le problème dont elles sont la solution ». […]

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3 commentaires

  1. Bary Weiss a démissionnée du NYT quand celui-ci a cessé d’être assez complaisant envers la politique israélienne. Elle peut déguiser cela en une indignation pour la liberté d’expression, elle avoue elle-même que ce qu’elle appelle antisémitisme englobe toute critique d’influence juive et israélienne.

  2. c’est le propre de ces journaleux qui sont plus propagandistes qu’informateurs; ils prennent les lecteurs pour des naifs ou des enfants qu’il faut convaincre à leurs idées, d’où le désintérêt vis à vis de ces médias

  3. Bien sûr en France, nous n’avons pas ce type de presse manipulatrice, c’est-à-dire intellectuellement malhonnête, sinon ça se saurait ! La preuve : les tirages ne cessent d’augmenter, de sorte que bientôt, elle n’aura plus besoin des largesses de l’État pour vivre…

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