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France : Société

La déraison ambiante ne frappe pas seulement la pensée et son expression

La déraison ambiante ne frappe pas seulement la pensée et son expression

Ce cœur est la première des 24 « œuvres d’art » qui vont orner le prolongement de la ligne de tramway T3 au nord de Paris. Il coûte 650.000 € (sic) au contribuable. Le coût total sera de 17,3 millions d’euros… Dans Présent, l’abbé Givrec commente :

Si le notaire des Tontons Flingueurs trouvait curieux chez les marins « ce besoin de faire phrase », Michel Audiard doit, depuis, se retourner dans sa tombe. « Parler pour parler » n’est malheureusement plus l’apanage des seuls loups de mer. Nombreux sont ceux qui désormais masquent leur incapacité à offrir de la pertinence ou de la profondeur par un verbiage fumeux ou des paroles oiseuses. Cette volubile inconsistance semble même être devenue l’un des traits saillants du fléchissement intellectuel contemporain. Il n’y a qu’à écouter les « spécialistes » et autres « experts » qui se succèdent sur les chaînes d’informations en continu… Il ne fait pas de doute que Maître Folace aurait eu tôt fait de ranger ces derniers dans la classe des skippers hors catégorie.

Hélas la déraison ambiante ne frappe pas seulement la pensée et son expression ; selon l’adage scolastique « l’agir suit l’être » et lorsque la réflexion fléchit, l’action périt ; et « le faire » s’abîme. Toute démission de l’intelligence ajoute aux litanies de la disgrâce une nouvelle rengaine. Dernier verset en date : le mât de 9 mètres surmonté d’un cœur monumental qui sera inauguré jeudi soir porte de Clignancourt. Cet émoticône géant, lumineux, écarlate – et rotatif s’il vous plaît – aura nécessité un investissement de quelque 600 000 €, ce qui en dit long sur le raisonnement qui motive, accompagne et permet un tel projet. Ainsi aux besoins de faire des phrases – « parler pour parler » – suit presque inévitablement le symptôme de l’addiction à la nouveauté – « faire pour faire ». Le mouvement se doit d’occuper l’espace. Dût-il coûter des milliers d’euros. La stabilité n’a décidément plus bonne presse. Défendre ses racines devient synonyme d’inertie. Se retenir de parler pour éviter de dire des bêtises ou rester stoïque par fidélité à ses convictions apparaît dorénavant suspect. Si seulement encore le « bougisme » n’était que le signe d’une mode ou d’une tendance. Il est, et cela s’avère infiniment plus préoccupant, le bréviaire d’une société volatile et sans repères. « Je change donc je suis », telle pourrait s’intituler la devise du nouveau-monde.

Notre époque semble se plaire ainsi à décliner ses travers à tous les étages de la vie. Vu de l’extérieur, c’est l’impression de grands travaux qui domine. L’important surtout, c’est de donner le sentiment que des choses se passent à défaut qu’elles se réalisent. On organise des réunions inclusives sur le « vivre-ensemble », sans pour autant que notre monde devienne moins violent. On commande des rapports sur la ville que l’on archive, une fois rendus, au fond d’un tiroir. On fait voter des référendums sans hésiter, deux ans après, à rendre caduc leur résultat. On ouvre de grands débats, pour mieux se donner en spectacle. Sur le temps long, vu de l’intérieur, les discussions ont beau aller bon train, les décisions concrètes suivent rarement le même rythme. Reste alors le décor peu flambant d’un terrain vague en chantier. « Que tout change pour que rien ne change » : l’auteur du Guépard avait vu juste.

Vivre élégamment son existence

Ne soyons donc pas de ceux qui fuient leurs responsabilités ou qui s’éparpillent en les prenant, ce qui revient à peu près au même. L’élégance de l’existence consiste à répondre avec réactivité à ses défis. C’est abuser les hommes de leur dire que la vie serait par essence facile et sans vagues alors que le bonheur relève d’un combat. Mais c’est aussi tromper son monde de laisser entendre que, parce qu’elle nous contraint à la bagarre, il est vain de perdre sa vie à essayer de la gagner. Baisser les armes par crainte du choc, se rendre au lieu de se refuser ? Pour le Père Bruckberger, « l’épreuve du feu est toujours un honneur, il faut la prendre comme telle : y faire face ». Notamment en commençant par éviter l’écueil des atermoiements, de la couardise ou de la procrastination. Le gâchis des heures que Dieu nous donne, ou leur mauvais usage, ne fait ni avancer les choses, ni gagner son Ciel. On perd son temps comme on perd son âme, par défaut d’implication.

S’appliquer à « vivre comme l’on pense », à « faire ce que l’on a à faire » et à « être bien ce que l’on est » relevait sans doute autrefois d’un solide bon sens. Les sollicitations multiples du quotidien, la complexité des situations présentes, la diversité des obstacles nous appellent aujourd’hui à l’héroïsme du sérieux si l’on veut droitement mener sa barque. Plutôt que de parler pour ne rien dire ou de faire comme tout le monde, il s’agit pour les hommes nourris de l’Evangile et de l’amitié avec le Christ d’être habités par le noble désir d’élever le monde et non par l’ambition étriquée de changer de palier. A cet égard, le plus grand service que nous pouvons rendre au Bien commun consiste certainement à nous en tenir à nos devoirs d’état. Ces devoirs, Jean Ousset prenait soin de les mettre au pluriel, rappelant par-là que nous ne saurions les mettre en conflit pour nous affranchir de certains d’entre eux. Il précisait même que l’ordonnance d’une vie vertueuse et sainte n’est rien d’autre que l’heureuse solution apportée à l’épineux problème de la coexistence des multiples et irréductibles devoirs d’état.

Ainsi, plutôt que de se perdre en conjectures stériles, préférons un franc retour aux fondamentaux. La fidélité à nos devoirs premiers garantira la fécondité de nos actions. Retrouver le sens des priorités, c’est à cette audace que les chrétiens de conviction sont invités. Comme quoi, un retour à la case départ n’est pas profitable qu’au Monopoly.

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3 commentaires

  1. D’abord “l’art” moderne ne vaut rien ou presque (lorsque cela ne sort pas des poubelles il y a le prix de la matière)
    Le prix qui est payé constitue une économie souterraine… du transfert de fonds… du blanchiment d’argent…

    24 de ces “œuvres d’art” inutiles pour plus de 17 millions d’euros les gilets jaunes apprécieront…
    ainsi que tous les SDF de la capitale pour lesquels il n’y a pas d’argent de disponible !

  2. Je crois que la réplique de maître Folace (Francis Blanche donc) dans les “Tontons” est : “C’est curieux chez les marins, ce besoin de faire des phrases…” au moment où tonton “Fernand” fait place nette afin de monter à bord de la péniche des frères Volfoni…

    Concernant l’art moderne, Duport a très bien exprimé mon opinion là-dessus !

  3. On serait curieux en effet de connaître la liste des destinataires de ces fonds. Car c’est du détournement, cela ne fait aucun doute

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