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France : Laïcité à la française / France : Société / Histoire du christianisme / L'Eglise : L'Eglise en France

Il faut réaffirmer la prééminence culturelle du catholicisme qui a fait la France depuis 1 500 ans

Extrait du débat entre le Père Thierry-Dominique Humbrecht et Eric Zemmour dans Famille chrétienne :

Est-ce que vous pensez que les catholiques sont encore capables d’inspirer le débat politique malgré leur petit nombre ?

Image1É. Z. – Inspirer le débat politique ? C’est compliqué pour les catholiques étant donné ce qu’ils ont pris sur la tête depuis la Terreur sous la Révolution jusqu’à la séparation de 1905. C’est assez normal qu’ils soient un peu inhibés. Aujourd’hui, le catholicisme a été chassé de la société, avec pour résultat une anomie sociale inouïe, et l’islamisation de nombreux quartiers. Il est évident qu’il y a un besoin d’ordre, de spiritualité, d’encadrement, de foi, de dépassement de soi, et que, comme le catholicisme désormais s’interdit d’y répondre, l’islam y répond à sa place (…)  En fait, les catholiques ont donné raison à Nietzsche pendant tout le XXe siècle. Cette espèce d’universalisme un peu benêt qu’il dénonçait les a fait tomber dans tous les panneaux du siècle. Et cela continue. Les chrétiens de gauche dans les années quatre-vingts ont été une catastrophe historique !

T.-D. H. – Le rétrécissement quantitatif crée un trouble, parce que les catholiques commencent à s’apercevoir qu’ils ne sont plus chez eux. De plus, beaucoup de jeunes catholiques choisissent des études de commerce, le monde des affaires. Ils délaissent les métiers d’idées et de transmission ! Ce devrait être l’inverse… Le combat culturel leur échappe.

Les catholiques ont du mal à inspirer le débat politique. Les manifestations contre la loi Taubira ont fourni à certains une occasion d’engagement. Mais une action sans réflexion est vouée au militantisme essoufflé. Les catholiques risquent de caler net, s’ils ne prennent pas au sérieux une formation au souffle long. Leur discours doit se fonder. Faute de quoi, ne leur reste plus que l’activisme, sans plus d’humanisme que leurs aînés. Certains jeunes catholiques devraient embrasser les métiers de la politique. Avec tous les efforts et tous les risques que cela comporte !

É. Z. – Plutôt que l’avocat du diable, je voudrais pour une fois me faire l’avocat du Bon Dieu deux minutes Un historien américain, Philip Nord, dans son livre Le New Deal (Perrin), montre comment les élites des années trente, imprégnées de catholicisme, ont accouché du fameux « modèle social français » à la Libération. C’est le fruit d’une sorte de permanence catholique française. Je dis bien catholique, parce que opposé au système protestant des Anglo-Saxons, très inégalitaire. Cela me paraît important de le rappeler, de rappeler aux catholiques qu’ils ont été grands, qu’ils ne se sont pas toujours trompés, et qu’ils ont imprégné le modèle français aussi pour le meilleur.

T.-D. H. – Vous faisiez allusion avec raison à l’après-guerre. Certains philosophes catholiques ont voulu repenser la politique, comme Maritain, Mounier ou Gilson. Ils ont cherché des solutions chrétiennes et rationnelles. Mais ils ont été oubliés ! Les philosophes chrétiens ont été balayés par Sartre et par cinquante ans de déconstruction intellectuelle. Il y a eu un écrasement de la pensée chrétienne, non seulement par elle-même, mais aussi par ses adversaires. Être un penseur chrétien était l’objet d’une chasse. Cela reste vrai dans les milieux universitaires ou médiatiques aujourd’hui. D’où un certain amaigrissement.

Il faut des catholiques qui engagent leur vie professionnelle ou leur vie tout court dans cette aventure. Cela suppose de passer de la passivité à l’activité : « C’est à moi de m’y mettre ! » Les laïcs catholiques en France n’y sont plus habitués, car d’autres portaient la culture à leur place. Le catholicisme allait de soi, il croyait n’avoir pas besoin de se dire. Même à l’école, les curés s’occupaient de tout ! Maintenant, c’est à mes enfants de devenir profs ! Les parents rechignent un peu : « Jamais ! Ils vont crever de faim ! Ils vont être méprisés socialement ! » C’est un risque. Mais c’est cela ou rien. La culture chrétienne, il faut des gens pour la vivre et la rendre créative (…)

É. Z. – Je crois qu’il faut réaffirmer ce que j’appelle la prééminence culturelle du catholicisme en France. Moi, je peux me permettre de le dire ! Réaffirmer la prééminence culturelle qui a fait la France depuis mille cinq cents ans.

La prééminence culturelle des catholiques, c’est au nom de la vérité ou c’est au nom de l’Histoire ?

É. Z. – Au nom de l’Histoire ! Je comprends que l’on dise : au nom de la vérité. Mais ce n’est pas à moi de le dire. Et dans une société deux siècles après la Révolution française, dont un siècle de démocratie, on peut difficilement l’imposer comme cela ! Cela ne serait pas compris, cela ne serait pas admis. Même les catholiques – je parle sous votre contrôle, mon Père – ne le comprendraient pas ! (…)"

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5 commentaires

  1. Un grand merci au SB de nous avoir transmis cet échange si réconfortant. Un énorme merci à EZ de nous secouer un peu le paletot avec tant d’amitié!
    Beaucoup de laïcs oeuvrent déjà discrètement mais pas tout seuls à la transmission de la culture catholique. Nous c’est par le chant grégorien en paroisse, avec le soutien de notre jeune curé. Après quelques années de pratique paroissiale, les quolibets se sont atténués, les consignes des instances officielles du diocèse commencent à s’ouvrir et les paroissiens sont de plus en plus nombreux à accepter avec joie d’entendre et parfois de participer au chant grégorien au cours des offices pour magnifier le caractère sacré de la messe et élever leur âme vers Dieu. Cela demande certes de la foi, de l’espérance et de la charité mais la transmission s’effectue peu à peu malgré les frustrations.
    En conclusion: oui j’adhère aux recommandations de EZ et du père, en m’inspirant, pour ce qui est de la liturgie, des avis autorisés de Benoît XVI et du cardinal Sarah notamment.

  2. On oublie de dire que nos ancêtres gallo-romains étaient christianisés et dès le second siècle.

  3. Que le clergé français face du cléricalisme, qu’il soutiennent ouvertement les actions (manif pour tous, asso provie par exemple) au milieu d’être tiède. Mais il est vrai que le chantage à l’entretien des monuments ou de la reconnaissance politique peut être un vrai frein ..et les catholiques seront bien présents, ouvertement, sasn devoir craindre un faux-pas de clerc…

  4. Dans mon catéchisme, enfant, j’ai appris des vérités fondamentales : “De quelle religion êtes vous ?” “Je suis de religion catholique”. “Qui a fondé la religion catholique ?” “- C’est Notre Seigneur Jésus-Christ qui a fondé la religion catholique”. El l’ “Acte de foi” selon lequel nous devons croire en toutes les vérités de notre religion car Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper. Si c’est le Christ qui a fondé notre religion c’est qu’elle est vraie et qu’il n’en a pas fondée d’autre. Aussi, en effet, il est élémentaire de s’en souvenir, de la pratiquer et de proclamer que notre pays est catholique, doit le rester et doit en convaincre ceux qui l’ignorent, à charge aux prêtres missionnaires de convertir les adeptes des fausses religions.

  5. L’article de “Famille chrétienne” à pour titre une excellente remarque d’Eric Zemmour: « Les catholiques doivent sortir de la culpabilité »…
    Précisons “de la culpabilité politicienne”, laquelle, pour beaucoup – et sous l’influence du catholicisme progressiste – a remplacé la culpabilité vis à vis de leur conduite intime.
    En effet la culpabilité injustement décriée par la psychanalyse et les libertaires, est d’abord un détecteur de fausse route et de mésusage de notre liberté, elle est inséparable de la responsabilité et de la dignité humaine ; elle ne peut donc disparaître, mais elle peut être insidieusement déplacée.
    C’est bien ce qui s’est passé en Occident ex-chrétien, depuis un demi-siècle. L’impératif moral à déserté les sphères a vie privée sexuelle (libertinage, avortement, divorce, etc.) et de la vie spirituelle (messe dominicale, sacrements, délaissés).
    Cette culpabilité légitime devenue errante parce que déracinée, a alors été transplantée sur des succédanés “citoyens”, avatars divers du marxisme, mondialisme œcuménique, réduction du prochain à l’étranger, écolâtrie, etc.
    Les fourvoiements successifs des cathos progressistes, en politique, qu’évoque justement E. Zemmour, sont corrélatifs des confessionnaux vides ! Retrouvons le sens de notre responsabilité devant Dieu, y compris dans notre vie spirituelle et privée et nous cesseront d’être politiquement d’insipides suiveurs complexés par rapport à un monde qui a de plus en plus besoin que nous lui rappelions l’Évangile.

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