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Valeurs chrétiennes : Culture

Hommage à Pierre-Antoine Berryer

Hommage à Pierre-Antoine Berryer

En 1868, la France entière et l’Étranger s’émeuvent à l’annonce de la mort de Berryer, le 29 novembre, à Augerville-la-Rivière. Tous les journaux français expriment le deuil de la Nation.

Excepté l’Empereur, tous ceux que Berryer a défendus, des princes aux plus humbles, assisteront ou seront représentés à ses funérailles qui rassemblent plus de 3 000 personnes le 7 décembre 1868. Les voyageurs affluent à Augerville et les trains ordinaires venant de Paris sont insuffisants. Il faut établir deux trains supplémentaires à partir de la gare de Lyon.

Sur le cercueil, pas d’emblème officiel, pas la moindre décoration, rien que sa robe.

A l’occasion du cent-cinquante deuxième anniversaire de sa mort, comment ne pas évoquer Pierre-Antoine Berryer, avocat et homme politique. Le comité Berryer a souhaité le faire connaître par l’intermédiaire d’un site internet https://berryer.wixsite.com/berryer dont il a confié la conception et la réalisation à Maître Michel Pierchon, avocat à la Cour de Montpellier, Lauréat de l’Ordre, qui nous autorise à reproduire ci-après de nombreux éléments tirés de ses travaux.

Pierre-Antoine Berryer, fils de l’avocat Pierre-Nicolas, est né à Paris le 4 janvier 1790. Après une scolarité au collège des oratoriens de Juilly et des études de droit, à son père qui lui offre d’entrer au Conseil d’État, Pierre-Antoine répond : « Non, je veux être indépendant, je serai ce que vous êtes, je serai avocat».

  • « Quelle carrière que la vie judiciaire de Berryer !

Durant plus d’un demi-siècle et sous les régimes les plus divers, on le vit défendre avec un égal dévouement toutes les causes généreuses et tous les intérêts opprimés, qu’il s’agît de princes ou d’ouvriers, de puissants ou d’exilés ; et s’il avait une préférence, c’était pour les pauvres gens, dont il refusait l’argent après leur avoir sauvé la vie et l’honneur », indique le journaliste du Figaro du 20 janvier 1879.

Cet « athlète de toutes les luttes », a pu, sans se manquer à lui-même, sans se démentir, plaider pour tous les vaincus.

En 1815, Pierre-Antoine Berryer est encore aux côtés de son père et de Dupin, quand il assiste le Maréchal Ney qui, après avoir promis à Louis XVIII de « ramener l’usurpateur dans une cage de fer », a livré son armée à Napoléon. Pour le Général Debelle qui, pendant les cent jours, a combattu les troupes royales, Berryer obtient la grâce de Louis XVIII. En 1816, il obtient l’acquittement de Cambronne, accusé par le Conseil de guerre de Paris d’avoir trahi le Roi, attaqué la France et son gouvernement, à main armée, en accompagnant Napoléon à son retour de l’Ile d’Elbe.

En 1832, à la suite de la révolution de juillet et de la prise de pouvoir par Louis-Philippe, l’avocat-député prendra même le risque d’aller rejoindre la duchesse de Berry pour tenter de la dissuader d’une insurrection en Vendée. Il estime que  « toute guerre, étrangère ou civile, en la supposant même couronnée de succès, ne peut, ni soumettre, ni rallier les opinions ». Il échoue dans sa mission dissuasive. Injustement dénoncé, après quatre mois de geôle, il assure sa propre défense aux assises de Blois où il sera acquitté le 16 octobre 1832.

En 1840, il plaide pour Louis-Napoléon Bonaparte qui vante ainsi l’attaque du gouvernement par son défenseur « pleine de témérités calculées, d’éclats d’éloquence qui s’arrêtaient au point fixe où ils allaient être réprimés par des juges offensés […] le chef-d’œuvre de l’art d’oser ».

En matière criminelle, Berryer obtient, après cassation, l’acquittement du Sieur Dehors condamné aux travaux forcés à perpétuité, pour incendie volontaire. Les journaux relatent une anecdote : Avec son fils et sa fille, Dehors vient trouver l’avocat : « Je vous dois plus que la vie, je vous dois la liberté et l’honneur », dit-il, remettant à Berryer une liasse de billets. Ce dernier la divise en deux parts égales tendant l’une au jeune homme, l’autre à la jeune fille : « Mademoiselle, voici votre dot ; Monsieur, voilà de quoi payer vos études ».

En matière civile, il plaide pour le Banquier Seguin contre le Banquier Ouvrard avec tant de succès que, le lendemain, Ouvrard se présente chez Berryer et lui demande de le défendre dans ses autres procès !

Parmi ses dernières plaidoiries célèbres, citons la défense des ouvriers typographes en 1862 qui, près de vingt ans après les compagnons charpentiers, sont poursuivis pour délit de coalition. Les typographes offriront à leur célèbre avocat lui offriront une édition unique des œuvres de Bossuet, tandis que les charpentiers lui avaient offert un chef d’œuvre, nommé « le berryer » et qui se trouve au siège-musée de compagnons au 161 de la rue Jean-Jaurès à Paris.

  • Elu député de la Haute-Loire le 26 janvier 1830, il entrait sur la scène politique

L’élection de Berryer suscite le défi d’Adolphe Thiers : « Voilà Monsieur Berryer nommé. Maintenant, ce point obtenu, il reste encore à en obtenir un, c’est que Monsieur Berryer soit éloquent. Quelques plaidoyers fort riches en invectives ne sont pas encore une garantie d’éloquence politique » !

Et pourtant, dès sa première intervention, dans laquelle il s’oppose à l’Adresse à Charles X, c’est un long frémissement d’admiration qui parcourt la chambre des députés. L’orateur est félicité, même par ses adversaires ; Guizot dit à Royer-Collard : « Quel beau talent ! » et le Président de la chambre reprend : « Ne dites pas un talent, dites une puissance ».

Il est élu cinq fois député des Bouches-du-Rhône du 21 juin 1834 jusqu’au coup d’état du 2 décembre 1851.

Il a le courage de haranguer la foule le 2 décembre, ce qui lui vaudra quelques jours à Vincennes par son ancien client fait empereur, Louis-Napoléon Bonaparte, et le détournera du Corps législatif jusqu’en 1863.

En 1863, il reconquiert haut la main son siège des Bouches du Rhône qu’il conservera jusqu’à sa mort.

A la tribune il défend les libertés et notamment la liberté d’association, la liberté religieuse et la liberté de la presse.

En matière de presse, il réclame l’application du jury aux délits de presse (4 octobre 1830) et dépose des amendements sur les pénalités des journalistes (7 mars 1868) et sur la liberté de la librairie et de l’imprimerie (9 mars 1868) ; tandis qu’à la barre il plaide à plusieurs reprises pour « La Quotidienne » et la « Gazette de France ». Dans sa plaidoirie pour la « Gazette de France », qui avait reproduit ces mots de Chateaubriand à la duchesse de Berry : « Madame, votre fils est mon Roi ! », il relève cette inqualifiable répartie du Procureur Général : « Nous respectons toutes les opinions, mais à condition qu’elles seront toujours muettes» !!

  • L’homme d’honneur

Il y a un siècle et demi, Maître Israël Bedarride, Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Montpellier, disait dans son discours de rentrée, à propos de Berryer qui venait de mourir : « Que l’éloquence judiciaire se voile de deuil, sa plus grande personnification vient de s’éteindre […]. Devant cette grande gloire, on a vu s’incliner des hommes de tous les partis».

Familier des grands mais jamais courtisan, Berryer pouvait proclamer :

« Je mets l’honneur de servir au-dessus du bonheur de plaire

Et s’il me faut encourir un reproche

Je préfère celui d’être irrespectueux à celui d’être courtisan. »

Jules Ferry, adversaire politique du grand avocat, qui a été aussi son client, a pu dire : « La postérité mettra Berryer à son vrai rang dans ce grand parti de la parole libre qui se recrute à travers l’histoire parmi les âmes les plus fières de tous les pays et de tous les temps ».

  • Des hommages posthumes célèbrent l’avocat avant tout :

Dès la mort de Berryer, une souscription est lancée dans toute la France, relayée par les barreaux et la presse, pour perpétuer son souvenir par une statue. Elle trouve un large écho dans toutes les couches de la population, l’avocat Berryer ne faisant acception de personne.

Les fonds recueillis permettent d’ériger :

– la statue de marbre du palais de justice de Paris, inaugurée solennellement en 1879. Chapu, le sculpteur, le présente la robe ouverte laissant apparaitre son costume de ville pour montrer tout à la fois l’avocat et l’homme politique,

– la statue de bronze exposée au salon de 1874, sous le n°2659, sculptée par Auguste Barre, est ensuite envoyée à Marseille. L’érection est autorisée par décret du 6 avril et le monument est inauguré le 25 avril 1875 au centre de la place Montyon. Berryer est en civil pour rappeler le député élu à six reprises à dans les Bouches-du Rhône. Cette statue sera fondue par les troupes d’occupation allemande. Une nouvelle statue, sculptée dans le marbre par Élie-Jean Vézien (Marseille, 1890 – 1982), est inaugurée le dimanche 29 février 1948. Elle ne retiendra de Berryer que l’avocat et le représentera en robe, tandis que le piédestal qui indique toujours 1875, est rapproché du mur du palais de justice. C’est de l’avocat que l’on se souviendra !

Incendié le 24 mai 1871, sur ordre du gouvernement de la Commune et détruit de fond en comble, l’hôtel de ville de Paris qui avait survécu à toutes les révolutions sera reconstruit et inauguré en 1882. Etienne-Henri Dumaige (1830-1888) réalise la statue de Pierre-Antoine Berryer (1790-1868) pour la galerie des sentinelles, personnages célèbres de Paris, sur la façade septentrionale, rue de Rivoli. Berryer est présenté, de nouveau en robe, symbole de sa carrière d’orateur.

Michel Pierchon

Avocat à la Cour

Secrétaire général du Comité Berryer

https://berryer.wixsite.com/berryer

 

 

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1 commentaire

  1. Justement, le Comité du Vieux Marseille (ville dont Berryer fut longtemps député) vient de publier un ouvrage de 60 pages écrit par Michel Franceschetti sous le titre “Pierre-Antoine BERRYER, Défenseur de la justice, des libertés et du Roi»,
    Pour le recevoir, envoyer la commande au:
    Comité du Vieux Marseille
    21 boulevard Longchamp
    13001-Marseille
    accompagnée d’un chèque de 12 euros par exemplaire (frais d’envoi compris).
    Renseignement Comité du Vieux Marseille: 04-91-62-11-15 et [email protected]

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