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Guillaume de Prémare : “La déshumanisation, autoroute vers l’utopie du meilleur des mondes”

PremareGuillaume de Prémare, délégué général d'Ichtus et ancien président de la Manif pour tous, vient de publier avec Eric Letty, Résistance au meilleur des mondes (Ed. Pierre Guillaume de Roux, 19€). Il répond dans un long interview au R&N. Extraits :

Vous venez de publier avec Eric Letty « Résistance au meilleur des mondes ». Quelle est la structure de cet essai à deux voix ?

Nous avons mis en perspective le roman d’Huxley avec les évolutions actuelles du monde moderne, pour montrer à quel point il ne s’agit pas d’un roman de science-fiction mais d’une œuvre littéraire d’anticipation. Huxley a pressenti le glissement progressif de la modernité vers l’utopie d’une société parfaite abritant un homme nouveau reconfiguré et déshumanisé. Notre essai a pour ambition de montrer la cohérence globale des idéologies de la déconstruction (famille, identité humaine, structure sociale héritée de la civilisation), de l’idéologie technique, de la mondialisation et des puissances marchandes au service d’un même projet qui ressemble au « meilleur des mondes » d’Huxley, dominé par un Super-État mondial.

L’objectif est de favoriser chez le lecteur une prise de conscience du caractère réalisable de l’utopie d’un homme nouveau dans un monde nouveau. Au cœur de ce processus, il y a la fin programmée des nations et la destruction de la famille car ce sont les deux obstacles majeurs à l’avènement de cette utopie qui, in fine, vise à laisser l’individu déshumanisé seul face à l’État, à la technique et au marché. Nous nous appuyons également sur les vues prospectives d’Attali, qui rejoignent cette idée de marche vers le « meilleur des mondes ». Mais à la différence d’Attali, qui propose de s’y résigner, nous proposons d’y résister.

Une “résistance” à un « meilleur des mondes » implique que nous y sommes déjà ou très bientôt. Considérez-vous que nous vivons désormais dans ce monde d’Huxley ?

Le « meilleur des mondes » d’Huxley s’articule principalement autour de trois dimensions : la technique, les mœurs et une organisation politique et sociale.

Sur le plan technique, nous nous en approchons et avons toujours davantage de moyens scientifiques de le réaliser. Le bébé-éprouvette et l’eugénisme sont deux symboles forts du monde d’Huxley. Cela, nous savons le faire et nous le faisons. L’externalisation de la grossesse devient également une réalité avec la marche vers la GPA, qui présente en France le visage d’une “interdiction autorisée”. Scientifiquement, il nous manque encore la matrice artificielle. La différence concerne surtout l’échelle : chez Huxley, le phénomène de la dissociation de la sexualité et de la procréation et celui de l’eugénisme sont massifs et généralisés. Mais nous montons l’échelle, un barreau après l’autre, pour aller, comme toujours, de l’exception vers le phénomène de masse.

Sur le plan des mœurs, le « meilleur des mondes » se vit sans famille, le couple n’existe plus et la sexualité est conçue comme exclusivement récréative. Là encore, nous y allons progressivement.

Au plan politique, le monde d’Huxley est parfait, stable, organisé et sécurisé. Or, notre monde ressemble de plus en plus à un chaos. Nous sommes donc en apparence très éloignés de ce modèle. Mais le modèle politique d’Huxley pourrait surgir de l’après-chaos, lorsque le besoin de sécurité et de stabilité sera devenu tel que les hommes seront prêts à confier leur destin à qui aura le pouvoir de réaliser la promesse de la stabilité et de la sécurité. Celui qui aura ce pouvoir, c’est le Super-État mondial, qui présente le visage d’un totalitarisme doux et maternant ayant recours davantage à la prophylaxie psychique qu’à la répression policière. C’est une sorte de fascisme sans les bruits de bottes.

Ce qui nous conduit potentiellement vers ce « meilleur des mondes », c’est l’emprise de l’État, de la technique et du marché sur la chair et l’esprit. C’est pourquoi nous devons résister à cette emprise qui crée les conditions de la déshumanisation, qui ouvre une autoroute vers l’utopie du « meilleur des mondes ». (…)

Dans ce roman dystopique, l’enseignement de l’histoire est jugé parfaitement inutile. Quelle réponse culturelle apporter à cette destruction de notre identité et de nos racines ?

Pour résister, nous devons faire vivre la nation et la famille. Culturellement, il s’agit notamment de faire vivre et de transmettre ce qui fait notre personnalité nationale. L’histoire en fait partie bien évidemment et ce n’est pas un hasard si son enseignement subit de tels outrages. Le premier lieu où faire vivre l’histoire et la culture, c’est la famille. Nous devons enseigner nos enfants. Ensuite, il est nécessaire de créer progressivement des écoles qui puissent répondre au besoin culturel de transmission et qui soient en phase avec les aspirations des familles. Enfin, c’est une authentique mission politique et sociale que de produire de la culture et du beau qui soient le fruit d’un héritage et la manifestation actuelle d’une tradition vivante, et non un musée des nostalgies qui pourrait mourir dans une ou deux générations.

 « La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera, non pas dans le monde extérieur, mais dans l’âme et la chair des êtres humains ». Quel sens donnez-vous à cette citation d’Huxley évoquée au début de votre ouvrage ?

L’homme est fait de chair et d’esprit. La déshumanisation consiste à dégrader l’une et l’autre. (…) L’acte de résistance au « meilleur des mondes » doit intégrer ces deux dimensions : protéger la dimension charnelle de l’homme et faire vivre sa liberté intérieure. A cet égard, la famille est le premier et ultime lieu de résistance, d’une part parce qu’elle est fondée sur la chair, comme l’a expliqué Fabrice Hadjaj dans « Qu’est-ce qu’une famille ? » ; et d’autre part parce qu’elle est le lieu où s’apprend et se cultive la liberté intérieure en même temps que l’art d’aimer. Il n’y a pas de meilleur lieu de résistance que la famille. Cette résistance est bien davantage que défendre un « modèle », des « compétences éducatives » ou des « valeurs », il s’agit de faire vivre la famille comme réalité charnelle, culturelle, spirituelle etc. Tant que des familles vivront comme familles, le « meilleur des mondes » peinera à s’imposer. (…)"

Conclusion :

"Si nous voulons résister, au plan politique, au rouleau-compresseur du « meilleur des mondes », c’est en exerçant nos pouvoirs concrets à la base. C’est dans la mesure où la base accepte de lâcher ses pouvoirs, de se laisser confisquer ses libertés et responsabilités, que le rouleau-compresseur de la domination de l’État, de la technique et de l’argent peut avancer et aspirer progressivement tous les pouvoirs pour les faire remonter vers ce que le pape François appelle les « pouvoirs invisibles ». Je développerai bientôt ces notions avec Ichtus. Il ne s’agit pas aujourd’hui de choisir entre la gauche et la droite, il s’agit de savoir quelle politique, quelle France, quelles libertés, quelles dynamiques sociales et quelles solidarités nouvelles nous voulons défendre, promouvoir et refonder pour créer les conditions d’une amitié culturelle, sociale et politique capable de construire et reconstruire la France."

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2 commentaires

  1. Merci d’oser parler des projets globaux de perversion de l’humain… & d’encourager chacun en éclairant les moyens de résistance…

  2. Pourquoi cette obsession anticapitaliste ?
    L’auteur a mille fois raison, le danger est bien là, mais il n’a aucun rapport avec le marché.
    Du reste, comment peut-il accuser l’État et son contraire ?
    Le problème ne peut pas être l’État ET le marché, c’est-à-dire ce qui est spontané, c’est-à-dire le contraire de l’État.
    Si c’est l’État, la solution est le marché.
    Si c’est le marché, la solution est l’État.
    Si c’est l’un et l’autre, alors vers quoi nous tourner ?
    Par quelle hallucination croit-on que le capitalisme ait un quelconque rapport avec le mariage pour tous, avec la GPA etc. ?
    Taubira, pro-capitaliste ? On rêve…
    C’est le socialisme qui nous entraîne vers Brave new world, une dystopie visionnaire, avec des humains sans famille, à la sexualité “libérée”, collectivement endoctrinés, euthanasiés avant de vieillir etc.
    Le marché, le capitalisme, ne peut exister que dans un monde libre, où la personne humaine est intrinsèquement et absolument respectée, et non un objet comme un autre, enter les mains d’une “élite” censément surhumaine.

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