Fébrilité au gouvernement

La démission de Jérôme Cahuzac du gouvernement n'arrive pas vraiment au bon moment pour l'équipe de Jean-Marc Ayrault. Comme l'écrit Authueil :

H"Ce qu'il faut maintenant gérer, c'est l'onde de choc politique pour
le gouvernement
. Il n'aura pas fallu 10 mois pour qu'un ministre, et pas
n'importe lequel, soit contraint à la démission après avoir été mis en
cause pour un délit pénal. Pour la République irréprochable, ça en fiche
un coup. […] Le gros problème de Hollande, et il va
le payer cher, c'est qu'à part Cahuzac, le PS n'a personne de crédible à
mettre aux finances
. […] Cette affaire, et les perspectives que je viens de décrire, vont
complètement déséquilibrer Bercy, tous ministères confondus, à commencer
par Moscovici, victime collatérale de cette démission. Censé être le
"patron" d'un grand Bercy, il a été progressivement déshabillé, avec
Bricq au commerce extérieur, Pinel à l'Artisanat et au Commerce comme
ministre de plein exercice, donc pas sous son autorité. Il a aussi un
redoutable adversaire en la personne de Montebourg, qui mène avec lui
une rude guerre d'influence et de leadership que Moscovici n'a pas
vraiment perdue, mais où il ne s'est pas franchement imposé non plus,
notamment sur le plan médiatique. Son atout était d'avoir Cahuzac à ses
côtés, comme ministre délégué. […] Quand on sait que la coordination gouvernementale et la gestion des
rivalités entre ministres est l'un des gros points faibles de Ayrault et
de Hollande, on se dit que ça peut mener loin et affaiblir directement
Ayrault.
[…]"

Le départ de Jérôme Cahuzac intervient alors que le premier ministre doit défendre sa politique, aujourd'hui à l'Assemblée nationale, pour répondre à la motion de censure déposée par l'opposition. Son discours a pour but d'expliquer sa politique aux Français (ce qui n'est pas gagné), mais aussi de l'expliquer à sa propre majorité (alors que le PS vient de se faire éliminer au 1er tour d'une législative partielle), et de renforcer son autorité sur le gouvernement… « Il est attendu au tournant», prévient un cadre du PS. Sachant que Jean-Marc Ayrault ne brille pas d'un charisme lors de ses interventions publiques (son côté austère de professeur d'allemand ne plaide pas pour lui), autant dire qu'il a fort à faire. Manque d'autorité, de charisme, de cap, de pédagogie…, les critiques fusent au sein de la gauche.

Vous ajoutez à ce cocktail une manifestation monstre qui va déferler à Paris dimanche, avec des Français excédés qui comptent bien ne pas se laisser faire, et manifester à la fois dans le cadre légal de la Manif pour tous, mais qui comptent aussi se donner rendez-vous sur les Champs-Elysées, malgré l'interdiction, et -cerise sur le gâteau-, rester après la dissolution, avec leurs tentes pour crier leur colère.

Face à cela, François Hollande aurait prévu d'intervenir à la télévision. Sans doute la semaine prochaine, soit après la manifestation. Il est donc nécessaire qu'elle soit un succès. Une intervention, courte, du président, lors d'un journal télévisé, sur TF1
et/ou France 2, serait privilégiée. Quant à la date, si ce n'est pas dès dimanche prochain
(le 24), ce pourrait être le jeudi 28 mars.

Acculé, face à la colère du peuple, aux difficultés économiques, à l'incompréhension de sa majorité, le président aurait alors tout intérêt à déclarer l'abandon du projet de loi Taubira.

7 réflexions au sujet de « Fébrilité au gouvernement »

  1. Nicolas

    De crédible au budget et socialiste, il y aurait bien Jouyet. Mais il préside maintenant la BPI et n’a sans doute pas envie de mettre les mains dans le budget à un moment où cela s’apparente à une mission impossible.

  2. ludovic

    Je suis surpris que l’on dise qu’aucun candidat crédible n’est là pour ce poste. Est-ce à dire qu’il y a des ministères où le gouvernement n’ose pas mettre des gens peu fiables comme Najat VB ou Cécile D ?

  3. SD-Vintage

    “Le gros problème de Hollande, et il va le payer cher, c’est qu’à part Cahuzac, le PS n’a personne de crédible à mettre aux finances.” : on trouvera bien un énarque.
    Cahuzac, la preuve que la pression fiscale est trop forte

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