Faudra-t-il continuer à organiser la prévention du suicide ?

Avec la volonté du gouvernement et des forces dites "progressistes" de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté, c'est la question très pertinente que pose l’Observatoire national du suicide. Philosophie Magazine a lu le rapport et en fait une synthèse sous la lumière de la philosophie. Extraits  :

"8 885 décès par suicide ont été enregistrés en 2014, selon un état de lieux publié par l’Observatoire national du suicide dont le troisième rapport vient de paraître.

Dans un premier rapport en 2014, les membres de l’Observatoire évoquaient Albert Camus, pour qui le suicide serait le seul « problème philosophique vraiment sérieux » suscité par la « confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». S’appuyant sur l’intuition du philosophe, ils contestaient que le suicide puisse être simplement considéré comme « un acte mûrement réfléchi, qu’il serait illégitime de tenter d’empêcher ». Sur la base de cette étude, ils prévoyaient un plan d’action visant à prévenir le suicide.

Le second rapport de l’Observatoire répondait en partie à cette ambition, en identifiant les facteurs de risques et de protection et en créant les moyens de la prévention. Il pointait que « depuis de nombreuses années, le suicide se pose comme objet d’étude scientifique. Un terme, la suicidologie, est même apparu à la fin des années 1960 pour définir la recherche scientifique sur le suicide et dont l’objectif est double : comprendre et prévenir ». Cependant, la création de l’Observatoire national du suicide ne date que de 2013.

Le troisième rapport se penche plus particulièrement sur le suicide des jeunes, qui est en France la deuxième cause de mortalité parmi les 15-24 ans (soit 16 % des décès de cette tranche d’âge), et il s’applique à identifier les enjeux éthiques liés au suicide – notamment, la nécessité de concilier la bienveillance et le libre arbitre. « Il s’agit d’éclairer les principes sous-jacents aux différentes options et d’aider les acteurs, confrontés à des situations toujours singulières, à s’orienter, dans le dialogue avec la personne souhaitant mettre fin à ses jours, vers la meilleure ligne de crête possible entre respect de l’autonomie, bienfaisance et justice. »

Les rapporteurs de ce texte font sensiblement pencher l’équilibre du côté de la bienveillance, en doutant depuis leur premier rapport que le suicide puisse être « un acte mûrement réfléchi, qu’il serait illégitime de tenter d’empêcher ». Ils s’inquiètent ainsi d’un possible « droit à mourir », précisant que « dans la loi française, le droit de mourir constitue un droit-liberté (on est libre de se donner la mort) mais pas un droit-créance (on ne peut exiger une aide à mourir). Il est important de s’intéresser aux implications d’un droit-créance à mourir, dans les pays qui l’ont mis en place, sur la prévention du suicide. En effet, dans les pays où l’aide médicale au suicide ou le suicide assisté, voire l’euthanasie, sont légalement autorisés ou en débat, des inquiétudes apparaissent quant à la difficulté d’organiser la prévention du suicide dans ce cadre. Le suicide risque alors d’être plus facilement envisagé comme une option possible, sans véritable exploration des autres issues » (…)"

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