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France : Société

Faire du Bien Commun le véritable enjeu de l’économie de marché

Cyril Brun, directeur de l’Observatoire sociopolitique de Fréjus-Toulon, écrit dans Nouvelles de France :

"La question du contrôle des marchés et de leurs acteurs, celle de l’origine de l’argent, celle du rôle de la monnaie et des marchés, ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Derrières ces problématiques se cachent des questions plus profondes encore, comme la place de l’homme dans l’économie, ou de l’économie au service de l’homme. Au fond, c’est une véritable question anthropologique et donc éthique qui se trouve à la racine de la crise actuelle. C’est toute une certaine conception de l’homme qui peu à peu s’est substitué à l’homme réel et qui aujourd’hui l’étouffe. […]

Ce modèle [économique] doit mettre l’homme au sommet des préoccupations et faire du Bien Commun le véritable enjeu de l’économie de marché. Pour cela, une réforme profonde des marchés est nécessaire, mais plus encore une réforme de la vision que l’on a actuellement du marché et de la finance. Il s’agit, à l’appel de Benoît XVI, de passer à l’économie du don, c’est-à-dire du service gratuit. Entendons par là que même si le travail est rémunéré, il est d’abord un service rendu et mis à disposition du Bien Commun. Ce qui signifie que tout produit qui ne participe pas au Bien Commun, à savoir au développement intégral de tout l’homme et de tout homme, n’a pas de raison d’être. Il perd sa gratuité puisqu’il cherche en lui-même son propre intérêt."

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8 commentaires

  1. Lorsque une minorité s’accapare dans leur intérêt les richesses de la majorité, ou est le bien commun ? Une fois encore la classe moyenne passera à la caisse…

  2. Je trouve remarquable l’intervention que vous nous avez transmise de ce vieux madrilène, sur les catholiques qui pensent de façon “étatique”.
    Cela rejoint l’analyse dont il est question ici : le Bien Commun est le grand absent de ces tapages de politicaillerie dont on repaît les Français.

  3. “Ce qui signifie que tout produit qui ne participe pas au Bien Commun, à savoir au développement intégral de tout l’homme et de tout homme, n’a pas de raison d’être. Il perd sa gratuité puisqu’il cherche en lui-même son propre intérêt.””
    Le bien commun, c’est nous dit-on “le développement intégral de tout l’homme et de tout homme et tout produit qui n’y participe pas n’a pas sa raison d’être.”
    Comme tout cela sent à plein nez quelque chose comme: bonnes gens, nous nous chargeons de décider de ce qui est bon et mauvais pour vous et dans la foulée, nous allons aussi vous expliquer ce qu’il faut produire ou pas. C’est nous qui sommes les régulateurs de vos vies…
    Comme développement intégral de l’homme, ça va être plutôt réussi.
    “Ce modèle [économique] doit mettre l’homme au sommet des préoccupations et faire du Bien Commun le véritable enjeu de l’économie de marché.” Un modèle économique n’est rien d’autre qu’un outil et en tant que tel, il se fiche éperdument du bien commun, avec ou sans majuscules. Ca n’a aucun sens d’incriminer l’outil.
    Dans un diner en ville, j’ai à ma disposition une fourchette qui sert à apporter la nourriture de mon assiette à ma bouche. Je peux aussi en faire mauvais usage et l’utiliser, par exemple, pour piquer ma voisine. Cyril Brun pense que ma voisine s’en prendra à ma fourchette et moi, je lui dis qu’il se trompe. Enfin, on nous dit aussi qu’une “réforme profonde des marchés est nécessaire”: ah bon, on va donc nous imposer une fourchette qui ne pourra plus piquer? Ca va pas être facile pour manger correctement, mais pour certains, qu’importe semble-t’il.

  4. C’est avec un commentaire comme le précédent qu’on voit que les gens peuvent se planter une fourchette dans l’oeil et soutenir qu’ils y voient encore bien !!!!
    Car si on admet la pertinence d’une phrase aussi énorme que “un modèle économique n’est rien d’autre qu’un outil en tant que tel etc …”, on se demande si le commentateur a une once de bon sens ….

  5. @ Tabitha
    Ce commentateur a beaucoup de bon sens : le marché est le fait de toute société. C’est pourquoi la première mesure économique prise par toute révolution est de supprimer le marché pour faire de chacun un esclave de l’Etat.
    Les excès financiers à réguler : c’est beau comme l’antique, du genre si tous les gars du monde se donnaient la main. La gauche dit la même chose et préconise, avec la droite dite ”de gouvernement” un peu plus d’eurofédéralisme et d’étatisme européen, et la fin de tout souveraineté nationale. La fin des marchés contre la fin des libertés naturelles, celles des nations et des corps sociaux, ainsi que de la démocratie : un vieux classique.
    Mais la DSE n’est pas une déclaration de principes sur des vues idéales, mais une doctrine qui s’ancre dans les réalités naturelles.
    Or si les marchés financiers ont dérivé, cela tient au fait que les sociétés ont dérivé vers un matérialisme délirant du consumérisme de masse : les chrétiens ont-ils échappé à ce désir, ont-ils refusé les mythes d’une démcratie ne reposant que sur la protection sociale et le supermarché : aux USA, l’Etat a fait sauter les mesures prudentielles du monde financier pour garantir un crédit à la consommation illimité, et en Europe l’Etat a augmenté les impôts, et a emprunté pour assurer la redistribution de subventions et aides sociales destiné à compenser l’effet destructeur de la fiscalité.
    En quoi les marchés financiers sont-ils les premiers coupables ? Le marché ne fonctionne que dans le cadre social de chaque société : si le désir collectif est ”toujours plus” avec la même quantité de travail et sans assurer l’avenir par l’épargne (peu d’épargne aux USA) ou par la chute de la démographie européenne, il est certain que le marché devient la soupape. Tout le monde s’en est très bien accomodé, et durant trente ans la plupart des catholiques français ont fait de grands discours anti libéraux demandant de l’Etat.
    L’Etat keynésien a agi : il a fait de ”l’investissement public productif” en empruntant sur les marchés. Et tout le monde s’en est réjoui.
    Mainenant la note du grand restaurant étatique arrive : il faut payer. C’était assez prévisible, mais il aurait fallu considérer la DSE comme une doctrine qui regarde la réalité, qui prend en compte le profit, l’autonomie et les libertés de chacun, et l’intérêt individuel, tout autant que la dignité de l’homme et la recherche de la justice sociale par la redistribution et non comme un mode de pensée incantatoire bonasse et moralisateur.
    On voulait aider les ”pauvres” avec l’argent de l’Etat : l’Etat l’a fait en créant plus de pauvres et en ruinant les classes moyennes, dont le pire pour elles est à venir dans les 10 ans.
    Regardons le Japon depuis 15 ans : nous avons l’image de ce qui attend l’Europe.
    On peut tjrs réguler les marchés : mais demeurera la question de la conscience collective. La crise de l’Euro a des racines plus métaphysiques que financières : on ne peut pas remédier aux effets sans retreindre les causes : le socialisme étatique.

  6. D’accord avec PG. Quant à Emmanuel qui compare les modèles à de simples instruments comme une fourchette, ce serait vrai si l’économie était une science pure comme la physique mais c’est une science humaine. Ainsi les modèles marxistes ne prennent pas en compte le rôle de la créativité humaine transmise aux machines dans la production de plus value parce qu’ils partent d’une mauvaise conception de l’homme. Ceci dit, se contenter de répéter qu’il faut prendre en compte tout homme et tout l’homme comme dans les encycliques, est une formule beaucoup trop vague et générale. Une encyclique n’est pas un programme économique mais donne un cadre très général, après il faut s’attaquer aux défis concrets d’un pays qui va sans doute perdre son triple A, défis auxquels ne répondent ni le programme socialiste, ni celui de l’UMP.

  7. OK! je pige mieux ….
    De toutes les manière possibles, nous nous accorderons sur le fait que tout le monde participe à la dérive, que les plus pauvres sont délaissés essentiellement parce que l’on ne veut pas assurer un minimum de partage et que l’on oublie la notion de justice la plus élémentaire.
    Je ne prétends à aucune supériorité morale par rapport à quiconque mais j’ai toujours seriné à mes enfants que , lorsque papa et maman envoient un chèque à une association chrétienne dont ils sont quasiment sûrs qu’elle le fait parvenir à ceux qui en ont besoin, ils ne pratiquent pas la “charité” mais rendent un devoir minimal de “justice”.
    Une partie de l’argent qu’ils gagnent ne leur appartient pas mais revient de fait aux plus défavorisés.

  8. @ Tabitha
    La justice parce qu’elle rétablit la vérité d’un monde dégradé par les fautes des hommes est la seconde des charités, après le culte dû à Dieu.
    La gratuité du don charitable n’est possible que si la société laisse cette liberté aux donateurs potentiels : quelle est la gratuité du don dans un société et une époque ruinée ? Certes on peut donner son temps, son amour, sa délicatesse etc……
    Mais en matière économique, sans la prospérité, sans un marché libre, le don, le service économique gratuit, tout cela n’est plus possible. Cela explique que les dons aux USA soient 20 fois supérieurs au montant des dons français. La différence de population et de niveau de vie ne suffisent pas à expliquer cela : l’Etat prélève moins aux citoyens et leur laisse la liberté de donner largement.
    Réguler les marchés est certainement nécessaire, car les excès et dérive sont évidents : mais cela ne réglera pas la question de la gratuité. Car l’économie du don est étroitement liée à la liberté économique. La DSE enseigne que chacun doit demeurer libre d’exercer l’ensemble des responsabilités de son état et de son rôle social : cela suppose que l’étatisme ne soit plus la religion civile. Un Etat justicier mais non pas un Etat chef d’entreprise, éducateur, assureur, gestionnaire de notre épargne, et définissant ce qu’est notre culture, etc…. : pour être donateurs la société doit retrouver les moyens de gérer nous-mêmes la gratuité.
    Les incantations de Cyril BRUN autour du feu des bons sentiments n’apportent rien sans cette ”remise en ordre naturel”.

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