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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Evangéliser n’est pas une question high-tech

Le philosophe Fabrice Hadjaj est invité à répondre à la question "Comment parler de Dieu aujourd'hui ?" Il s'inquiète de ce que certains limitent l'évangélisation à une question de communication :

"La question du comment n’est pas méprisable. C’est même la question « prisable » et prisée par excellence, celle qui cherche à avoir prise et à donner du prix. Elle nous oriente directement vers la pratique, tandis que le quoi et le pourquoi ont le fâcheux inconvénient de nous laisser au niveau de la théorie : je cherche à savoir ce que c’est, pourquoi c’est, je cherche donc à le savoir, non à le vivre, je ne passe pas à l’action. Le comment nous oblige à descendre des nuées spéculatives et abstraites pour nous rapporter sans ambages au concret de notre existence.

Cependant, on ne peut pas l’ignorer, la science moderne est marquée par la tendance générale à négliger le quoi et le pourquoi au profit du comment. Elle ne demande plus « pourquoi c’est ainsi », elle veut saisir « comment ça marche », « comment ça fonctionne », afin d’avoir une plus grande emprise sur le monde. Rien n’est plus utile, sans aucun doute, mais justement, cela restreint notre regard à une vision utilitaire ; une vision qu’on peut appeler « fonctionnelle » ou « technicienne ». (…)

[C'est] ce qui arrive à l’intérieur de l’Église même. Beaucoup s’imaginent que le point décisif de la « nouvelle évangélisation » (ce qui la rendrait vraiment « nouvelle ») consiste à adopter les « nouveautés », à améliorer nos méthodes de communication, à mieux maîtriser les plus récentes technologies. L’Évangile ne fonctionne pas assez bien en lui-même : ce qu’il faut, c’est l’Évangile plus le multimédia, la Face de Dieu plus Facebook, le Saint-Esprit plus Twitter… L’Heureuse Nouvelle attendait les News. Nos jours roulent sur ces rails. On y multiplie les moyens, mais, comme on ne sait plus la banalité de tout ça, ces moyens deviennent des fins. Ils ne cessent de se perfectionner et d’augmenter notre « pouvoir », et ne servent en vérité qu’à nous divertir de la perte de tout sens.

L’hagiographie de Steve Jobs et la gloire de la pomme croquée vont dans cette direction insensée : on ne sait plus ce qu’il est important de communiquer, dès lors on ne communique plus que sur la communication. Il faut que les gens communiquent entre eux, voilà l’impératif, et que le moyen de communication soit de plus en plus fluide et attrayant. Il devient si attrayant qu’il finit par se mettre en travers de la communication elle-même, et sa fluidité comme l’eau fait que nous ne recueillons rien de solide. (…)

Commencer par la question du comment nous piège donc dans le refus du quoi et du pourquoi. On cherche à savoir comment parler de Dieu en ce siècle hi-tech, mais, dès le départ, le siècle a gagné, c’est lui qui imperceptiblement nous a convertis."

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2 commentaires

  1. Ces réflexions ne sont pas bien nouvelles. Toutefois quand on écrit “L’Évangile ne fonctionne pas assez bien en lui-même : ce qu’il faut, c’est l’Évangile plus le multimédia”, on doit ajouter que l’Evangile a toujours eu besoin d’un média humain ou technique pour être transmis. On connaît l’impact de l’imprimerie sur la dissémination de la Bible ou des traductions de Cyrille et Méthode à l’origine de l’écriture cyrillique et de l’évangélisation de la Russie. On peut très bien arguer que l’imprimerie d’aujourd’hui est le multimédia et donc que ce dernier joue un rôle vital dans la transmission de la foi.

  2. Certes le moyen ne doit pas occulter l’objet mais une question y est rattachée : qui cibler ?
    Dans l’antiquité et le moyen âge, les conversions massives ont été obtenues au niveau des rois. La pérennité a été obtenue par la maîtrise de l’enseignement. Deux choses abandonnées par l’Eglise.
    Le moyen doit être adapté à la cible.
    Catéchiser un jeune enfant qui le demande avec une “maman caté” c’est pas trop nouveau et pas difficile, convaincre un gouvernement non élu d’Europe, qui plus est infesté de Francs-maçons est autre chose, surtout avec des évêques pour le moins sympathisants, pour certains.

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