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France : Société

Bac 2015 : « Enseignants, notez les copies ce qu’elles valent vraiment »

Un appel de Jean-Paul Brighelli dans le Point pour que les professeurs correcteurs du bac notent cette année les copies à leur juste valeur. Un acte de reconquête, dit-il :

"Je voudrais lancer à tous mes collègues un appel solennel. Plutôt que de se lancer dans une énième journée de grève, au lieu de prévoir un boycott du brevet, pourquoi ne pas se lancer dans une vraie grève du zèle – à l’envers – en notant les copies des examens à leur vrai niveau ?

Soyons sérieux. Tous les enseignants savent – le public, beaucoup moins – que les copies de brevet et de bac sont surnotées – de dix à douze points au moins. Tous les enseignants – et cela, le public l’ignore tout à fait – sont soumis à des pressions de la part des chefs de centre d’examen ("Comment ? Nous serions les seuls à ne pas afficher 88 % de réussite au bac ?") et des inspecteurs qui patronnent les commissions.

Chers collègues, vous ne risquez rien à noter en valeur réelle les copies que vous aurez devant vous. Vous ne risquez rien à ôter un point par paquet de cinq fautes – ce qui enverra la plupart des copies bien en deçà de la moyenne. Vous ne risquez rien à vous demander ce que vous auriez fait, à leur âge, sur tel ou tel sujet – et dans toutes les disciplines.

"Mais nous allons gravement pénaliser les élèves !" Pas même : les inspecteurs se feront une joie (et un devoir) de réévaluer les copies de dix ou douze points afin d’éviter à l’administration de Najat Vallaud-Belkacem le pénible exploit d’être le premier ministère depuis les années 1960 à afficher 20 % de réussite au bac.[…]

Il faut dire la vérité aux élèves. Les résultats du brevet ne les empêcheront pas de se traîner lamentablement au lycée. Les résultats au bac n’empêcheront pas l’échec dans l’enseignement supérieur. D’excellents résultats au bac n’empêchent même pas d’immenses difficultés en classes prépa. Jamais il n’y a eu autant de mentions très bien ; jamais elles n’ont eu aussi peu de sens."[…]

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12 commentaires

  1. C’est vrai, c’est 10 000 fois vrai, mais il faut avoir une idée de ce que c’est que de faire face à la pression d’un chef qui a été nommé là sans l’avoir demandé, qui doit animer les séances de correction ou les séances d’oral, et qui a des impératifs (par exemple là où j’étais l’an passé pour l’oral, l’objectif était 10 de moyenne pour faire mieux qu’au même endroit l’année d’avant), impératifs qui viennent de nulle part. C’est donc lui qui se prend en face la fronde des profs, et sachez que la plupart d’entre nous détestent devoir monter arbitrairement leurs notes. Mais ce type ou cette femme en face de nous, à quoi bon lui résister? Il n’y peut rien, il a ses impératifs… et par contre, si jamais vous n’entrez pas dans les cases, il vous gardera pendant des heures supplémentaires pour voir vos copies ou vos bilans d’oral au cas par cas et voir si on ne peut pas grappiller des points ici ou là. Du coup vous restez sur place alors que tout le monde est parti, qui en a envie? Pour quoi??? Sachant que de toute façon tout sera réévalué??
    Pour ma part j’ai, pour la première fois, enlevé une note sur tous les bulletins pour complaire à des parents qui se sont plaints à mon directeur. C’est moi qui avais raison, moi qui faisais mon métier, les élèves n’ont pas travaillé et le savent. Mais que voulez-vous faire??? En face de vous, on vous dit qu' »il faut un bon bulletin pour avoir une bonne école ensuite ». On fait pression.
    Du coup, vous faites ce qu’on vous demande. Et vous finissez par ne pas comprendre à quoi sert votre expertise et vos compétences. A vous prendre pour un rouage d’une grosse machine. Il y a des professeurs qui finissent en déprime, d’autres qui s’adaptent avec fatalisme, d’autres qui passent dans d’autres filières, d’autres types de métiers.
    Et puis il y a les résistants, mais il faut avoir un sacré caractère, ce n’est pas donné à tous.
    Déjà si les parents pouvaient par leur respect, redonner du lustre à la fonction d’enseignant… on aurait fait un pas en avant.

  2. Ci-joint une partie du commentaire de « ODE  » : » Et puis il y a les résistants, mais il faut avoir un sacré caractère, ce n’est pas donné à tous. » Voilà , tout est dit !

  3. J’enseigne dans l’enseignement catholique et je confirme mot pour mot le commentaire d’ODE.

  4. On ne peut reprocher aux enseignants de suivre des ordres imbéciles alors que toute la société, nous tous, là où nous sommes, nous tergiversons pour de bonnes ou de moins bonnes raisons.
    Ode et FR ont parfaitement raison.
    Quant à mettre de justes notes au Bac, le résultat est garanti : 10 % seulement seront reçus, issus de la communauté asiatique et de la communauté française de souche, le reste pleurnichant sur le désastre qu’est l’éducation nationale socialiste.

  5. @ ODE
    Les choses ont bien changé… De mon temps, on pouvait entrer en prépa depuis mon lycée avec un bulletin de notes assez médiocres : la place au classement comptait davantage…
    J’ai pu ainsi entrer en prépa avec une moyenne à peine supérieure à 10 en maths et en physique… alors que tous mes copains de prépa avaient des 18 à 20 dans leurs lycées…
    Mon lycée était connu : c’est tout.
    Le problème vient du lycée, pas des notes.
    Tous mes copains lycéens en prépa ont fini dans de grandes écoles…
    Pour la note humoristique, on a été saqué (parce qu’on venait du privé) à la correction au bac dans un lycée public (ce qui prouve combien l’anonymat est une vaste farce)… Comme quoi, on peut très bien saler les notes quand on veut 🙂

  6. Les notes sont bidonnées, car les pourcentages sont décidés d’avance, quand à celles du privé elles sont alignées sur le public pour « l’égalité ». Tant que la secte tient la collation des diplômes cela sera tel.

  7. En 2007, une enseignante disait sur France Info que la diversité bénéficiait de trois points d’avance arbitrairement octroyés sur consigne pendant leur scolarité. Combien n’arriveraient même pas au bac ?

  8. Le savez-vous ? Il est interdit de marquer le nombre de fautes faites par un élève sur une copie et d’en retirer le nombre de points adéquat. Cela est jugé discriminant. En somme, ce n’est que pour le permis que l’on peut retirer des points.

  9. A force de forcer la nature en bricolant toujours plus ce pitoyable ascenseur social, à force de le surcharger de charlatans toujours plus obèses et toujours plus vaniteux, il finira bien un jour par s’écraser avec son misérable chargement d’imposteurs.

  10. Dans ma matière, je n’ai jamais subi de pression (en 30 ans) pour surnoter.
    Pour les autres, une surnotation de 10 ou 12 points me semble être une affirmation complètement fantaisiste !

  11. L’économie de l’éducation est simple: on doit garder dans les lycées un maximum d’élèves, parce que l’équation sociale est tout aussi simple, des élèves gardés par des profs ne sont pas dans la rue ni au pole emploi, le paramètre politiquement correct est que l’on pari sur l’éducation … Avec ce modèle c’est forcement le niveau qui baisse, des profs peu motivés et toujours plus de profs.

  12. Eh oui il fait mettre des bonnes notes pour maintenir le % de réussite aux examens. Rassurez vous c’est aussi vrai pour le CAP et la Mention Complémentaire!
    Arthur a de la chance de ne jamais avoir été confronté à cela.
    il y a quelques jours, surveillance de CAP petite enfance: une candidate ne sait que mettre son nom sur la copie. Elle nous prévient qu’elle ne sait ni lire ni écrire…. alors qu’elle passe le diplôme pour être assistante maternelle… donc va travailler seule chez elle ou à domicile mais pas en équipe dans une structure.
    Une candidate ayant un bagage de diplômes vient me voir à la fin de l’épreuve en indiquant que la consigne, donnée par le C.F.A, est de se présenter à l’examen pour ne pas être considérée comme démissionnaire.
    J’avoue que j’ai été sciée….Cette « balance » l’a dit car écœurée par ceci complétement incompréhensible à ses yeux.
    Au moins la copie sera rapide à corriger.

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