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France : Politique en France

Enquête sur Aquilino Morelle, conseiller d’Hollande et homme fort de l’Élysée

Par Mediapart. Extrait :

"[…] Intrigué par le comportement de ce médecin, énarque, qui fut la plume de Lionel Jospin à Matignon, puis le directeur de campagne d’Arnaud Montebourg pendant la primaire socialiste, Mediapart a enquêté pendant six semaines sur l’itinéraire de ce fils d’immigrés espagnols, présenté à longueur de portraits comme « un fils du peuple » incarnant l’aile gauche au pouvoir. Or ce que nous avons découvert est bien plus grave qu’un comportement mégalomane ou un goût prononcé pour la transgression. Aquilino Morelle, ce conseiller de l’ombre qui n’a pris qu’une fois la lumière, lorsqu’il a signé, en tant qu’inspecteur de l’IGAS (Inspection générale des affaires sanitaires), un rapport très médiatisé sur le scandale sanitaire du Mediator, a beaucoup menti, et a beaucoup omis. […]

Mediapart a découvert qu’il avait travaillé en cachette pour des laboratoires pharmaceutiques, y compris à une époque où il était censé les contrôler, au mépris de la loi. […]

Il est [en 2007] le rédacteur d’un rapport sur « l’encadrement des programmes d’accompagnement des patients associés à un traitement médicamenteux, financés par les entreprises pharmaceutiques ». Au même moment, Aquilino Morelle travaille pour un laboratoire danois, Lundbeck. Un dirigeant du laboratoire de l’époque raconte : « Il nous avait été recommandé par un professeur de l’AP-HP (Assistance publique hôpitaux de Paris). Son profil était séduisant. On s’est rencontrés. Il m’a dit qu’il cherchait à travailler pour l’industrie pharmaceutique, qu’il avait du temps libre, que son travail à l’IGAS ne lui prenait que deux jours sur cinq, ce qui m’a semblé bizarre. Mais son profil et son carnet d’adresses nous intéressaient. » Pour le compte du laboratoire, l’inspecteur de l’IGAS organise deux rendez-vous avec des membres du CEPS (comité économique des produits de santé), cet organisme chargé de fixer le prix des médicaments et les taux de remboursement. « Il nous a ouvert des portes, raconte le dirigeant. Et c’est un enjeu majeur : nous permettre d’aller défendre notre dossier auprès de la bonne personne. On cherchait à stabiliser le prix du seroplex, un anti-dépresseur. » […]

Sollicitée sur ce ménage auprès d’un laboratoire, l’IGAS nous a d’abord répondu que « l’article 25 de la loi du 13 juillet 1983 permet aux fonctionnaires d'exercer certaines activités annexes. À ce titre l'expertise, la consultation, les activités littéraires et scientifiques, les enseignements peuvent être autorisés par le chef de service. C'est ce qui a été fait en 2007. » Nous avons donc retrouvé le chef de service (c’est-à-dire le directeur) de l’IGAS à l’époque, André Nutte, aujourd’hui en retraite. « J’ai franchement une bonne mémoire, explique-t-il après avoir cité dans l’instant les différents rapports écrits par Morelle à l’époque. Mais je ne me souviens pas avoir signé une telle autorisation. Si l’IGAS a une pièce, qu’ils la sortent. On verra bien qui a signé. Car ça n’a pas de sens. C’est comme si on accordait le droit à un directeur d’hôpital entré à l’IGAS d’aller travailler parallèlement dans une clinique privée. Ou à un inspecteur du travail de conseiller une entreprise. »

Nous avons rapporté l’échange à l’IGAS, qui a du coup changé de discours ce 16 avril. En réalité, explique l’institution, une autorisation n’a été donnée en 2007 que pour donner des cours à l’université Paris 1. Aucune autre autorisation n’a été retrouvée. […]

Pis, au vu de l’article 432-12 du code pénal, cette double activité pourrait être considérée comme une prise illégale d’intérêts. En 2007, au moment des faits, le délit était puni de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. 

[…] Chez Sanofi, un haut dirigeant nous raconte l’avoir reçu. Et chez Servier, le laboratoire qu’il a démoli dans son rapport sur le Mediator et dont le patron Jacques Servier est mort ce 16 avril, on nous explique avoir également reçu sa candidature à cette époque. Il est vrai que le scandale sanitaire n’avait pas encore éclaté. Mais dans le milieu, la réputation de Servier, son recours systématique à de jeunes visiteuses médicales ou encore ses recherches approfondies sur les appartenances politiques de ses futurs salariés, sont déjà archi-connus. À l’époque, de l’avis de différents laboratoires qui ont reçu sa candidature, Aquilino Morelle cherche un emploi à plein temps. Ou plus exactement une rémunération, pour accompagner son parcours politique, plutôt qu’une réelle activité. Ce qui n’intéresse pas les laboratoires. Il fait chou blanc. […]

[I]l est repéré par Pierre Moscovici, et, assez vite, il intègre le cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la santé. Là non plus, nous n’en avons pas retrouvé trace dans ses biographies, mais Aquilino Morelle occupe un poste bien spécifique : conseiller technique en charge du médicament. La même fonction que celle occupée par Jérôme Cahuzac deux ans auparavant (voir notre article sur la corruption à ce poste à cette époque). Le rôle est si central qu’il permet de se faire en quelques mois un carnet d’adresses fourni dans le milieu pharmaceutique.

[…] Le laboratoire américain Lilly le rémunère 50 000 euros (3 fois 12 500 euros hors taxe), essentiellement pour organiser des déjeuners dans de très bons restaurants du VIIIe arrondissement. Un haut dirigeant de l’époque se souvient : « Il m’a fait rencontrer des parlementaires de gauche comme Marisol Touraine (aujourd'hui ministre des affaires sociales), Jean-Marie Le Guen (aujourd'hui secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement) ou Jérôme Cahuzac. Ainsi que des journalistes. » Autant de personnes qui savent donc pertinemment qu’Aquilino Morelle a travaillé pour l’industrie pharmaceutique… « Il participait au travail de lobbying habituel, raconte ce dirigeant. Il appuyait mon discours – forcément, on le payait pour – sur la place des génériques, sur l’emploi, sur la place à faire à de nouveaux médicaments innovants. En tant qu’administrateur du LEEM (syndicat des entreprises du médicament), je tenais un discours classique. Et lui, intellectuel, cultivé, agréable dans le contact, savait y faire pour appuyer. » À notre demande, Lilly a retrouvé dans ses archives l’intitulé du contrat : « mission d’analyse et de conseil sur l’image de Lilly, et préparation à la communication de crise ». À cette époque, Lilly doit d’ailleurs gérer une crise importante avec le scandale du Zyprexa, ce médicament pour les psychotiques qui génère des milliers de plaintes dans le monde en raison de risques connus du laboratoire mais cachés au public. […]

D’après nos recherches dans différents cadastres de France, Aquilino Morelle, qui vit dans le Ve arrondissement à Paris, possède en effet des biens immobiliers à Paris, Saint-Denis, Sarlat, Périgueux ou encore Perpignan, la plupart acquis en indivision avec sa femme, elle-même directrice de cabinet de la ministre de la culture. […]

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13 commentaires

  1. On pourrait peut-être faire des rapprochements avec Cahuzac qui fut le conseiller technique “médicaments” du gouvernement Rocard… puis avec les très confidentiels contrats de consultant conclus auprès de l’industrie pharmaceutique.
    “l’avocat de Daniel Vial, lobbyiste dans le domaine de la santé et incontournable dirigeant de la société PR International dans les années 1990 à 2000, déclare au quotidien (Challenges) comment la compétence de Cahuzac “était précieuse”, notamment car il devait “expliquer dans des notes remises aux clients QUI il fallait rencontrer dans l’appareil d’Etat. Le ministère d’Etat est d’une telle complexité que son expertise était d’une absolue nécessité”. (“Challenges” du 10.04.2013)

  2. Quel (fr)hommage à la ripoublique !

  3. Intéressant…
    A noter que ce conseiller de l’ombre et éminence grise aurait travaillé pour le danois Lundbeck, qui mise sur de nouvelles molécules pour soigner la dépression…
    Voilà l’explication : il administre à François Hollande un traitement pour sa dépression !
    Mais pour la France, qui souffre tant sous les coups de François Hollande, quelle solution ?

  4. Lu dans presse espagnole: Le père Aquillino Morelle, mineur de Mieres (Asturies) vint en France dans les années cinquante (donc bien après la guerre civile, même s’il était peut-être de coeur républicain), avec son épouse Elena Suárez, originaire de Sama de Langreo (Asturies). Le père travailla comme ajusteur chez Citroën – région parisienne – Le couple aura 7 enfants nés en France.
    En Espagne on parle de ce conseiller de Hollande de 52 ans (donc 19 ans en 1981)comme le modèle de l’intégration à la française des étrangers!
    Il est certain que Aquillino Morelle Suarez a fait un parcours universitaire remarquable, mais le PS français l’a aussi beaucoup servi et il s’est aussi beaucoup servi du PS. Bref le parcours finalement commun des arrivistes dans les démocraties corrompues de la post-modernité que cela soit en France, en Espagne (beaucoup d’exemples similaires aussi même si pas français à l’inverse!) et dans les pays de l’UE ou ailleurs.

  5. Vous sentez pas cette odeur pharmaceutique ?
    Et on reparle de Marisol Touraine qui, en 2009, appartenait au Club Avenir de la santé, groupe de pression financé par le labo géant Glaxo SmithKline.

  6. Ah ces bons socialistes, se prétendant près du peuple, qu’ils disent tant aimer, mais vendus aux multinationales, vivant comme des satrapes, et menteurs comme des arracheurs de dents !
    Et en 2006, un certain Hollande déclarait : “Je n’aime pas les riches”. Manquait pas de culot…

  7. Parti socialiste = parti politique aux méthodes mafieuses.
    Comme les autres.

  8. @VQE :
    Le cireur de pompes d’Aquilino Morelle rappelle l’amour de Roland Dumas pour les chaussures Berlutti à 13 000 francs la paire…
    http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2007-01-25/les-bottines-de-roland-dumas/917/0/89382
    …Ainsi que les 200 000 euros de montres de luxe de Julien Dray…
    http://www.liberation.fr/societe/2008/12/26/dray-premieres-explications_298537
    …Pour ne pas parler de la collection de montres de Vladimir Poutine, estimée à 450 000 livres…
    http://www.dailymail.co.uk/news/article-2156794/How-did-Vladimir-Putin-afford-450-000-watch-collection-worth-times-annual-salary.html
    …Vladimir Poutine, l’homme qui, selon une partie de l’extrême-droite française, va sauver l’Europe des “valeurs consuméristes” et du “bling-bling” imposés à l’Occident par les Etats-Unis…
    A côté de ces éminents modèles, le petit cireur de chaussures d’Aquilino Morelle, qui ne prend que 10 euros par paire, apparaît positivement comme un gage d’humilité, pour ne pas dire de pingrerie.
    Tandis que la Rolex qu’on a tant reprochée à Sarkozy est, toutes proportions gardées, une montre de pauvres :
    http://www.atlantico.fr/decryptage/vol-montre-nicolas-sarkozy-pickpocket-concorde-rolex-patek-philippe-gregory-pons-332687.html?page=0,0
    Notez, dans cet article, les vrais amateurs de Rolex : le milliardaire Fidel Castro et Che Guevara… ainsi que d’autres personnalités intéressantes repérées en possession de montres de très grand luxe… comme le patriarche orthodoxe russe Kirill et sa Bréguet à 30 000 euros… ou les dirigeants communistes chinois et leurs montres à 500 000 euros…

  9. on a trouvé par où commencer pour faire des économies! tous ces postes qui ne servent à rien! mais qui coûte extrêmement cher….
    c’est pire que de l’écoeurement là….

  10. Vous avez encore trouvé un pourri ?
    Au PS, il faut plutôt chercher les honnêtes gens, ils sont si rares voire inexistants !

  11. Un socialiste somme toute très représentatif pour ne pas dire caricatural comme Cahuzac ou Guérini !
    Vivement qu’on se débarrasse de cette chienlit !

  12. Pour faire suite à l’article sur Dominique Voynet : … l’IGAS serait à “inspecter” lui-aussi! Serait-ce LE lieu de “reclassement” des battus aux élections?
    […]…En 2002, M. Morelle est battu aux législatives dans les Vosges. Il est alors réintégré à l’IGAS après avoir été membre du cabinet du premier ministre Lionel Jospin.
    ]…[ Or, à ce moment-là, (en 2007) ce proche d’Arnaud Montebourg et de Manuel Valls a réintégré l’IGAS après une défaite aux législatives en Seine-Maritime.
    et,
    pour couronner le tout,
    on travaille “en famille”
    au gouvernement …
    Anne Baldassari, directrice du Musée Picasso depuis 2005, devrait être prochainement remplacée.
    Une fusion du Musée Picasso et du Centre Pompidou pourrait intervenir ultérieurement.
    Laurence ENGEL,
    directrice de cabinet d’Aurélie Filippetti,
    qui est aussi la compagne du conseiller politique de François Hollande,
    Aquilino Morelle,
    est candidate à sa succession.

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