Eglise et fascisme : Gianfranco Fini dérape

Le président de la Chambre des députés italiens, Gianfranco Fini, a mis en cause mardi l'immobilisme de l'Eglise catholique face aux lois raciales fascistes de 1938, lors d'une cérémonie commémorant les 70 ans de leur promulgation :

"L'idéologie fasciste n'explique pas à elle seule l'infamie des lois raciales. Il faut se demander pourquoi la société italienne s'est conformée dans son ensemble aux lois contre les Juifs, et pourquoi, à part de rares exceptions, il n'y a eu aucune manifestation particulière de résistance. Même pas, et cela me fait mal de le dire, de la part de l'Eglise catholique."

Le Vatican n'avait pas réagi à ces déclations mardi soir, mais le quotidien des évêques, Avvenire, a estimé dans son édition du jour que Gianfranco Fini avait "dérapé".

P En 1938, le Pape était Pie XI, lequel avait fait ces déclarations successives :

  • "Le Siège apostolique condamne de la façon la plus nette la haine contre le peuple qui était autrefois le peuple élu de Dieu, cette haine qu'on désigne aujourd'hui en général sous le nom d'antisémitisme" Décret du Saint Office du 21 mars 1928
  • "Par le Christ et dans le Christ, nous sommes de la descendance spirituelle d'Abraham. Non, il n'est pas possible aux chrétiens de participer à l'antisémitisme. Nous reconnaissons à quiconque le droit de se défendre, de prendre les moyens de se protéger contre tout ce qui menace ses intérêts légitimes. Mais l'antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites" Allocution privée de Pie XI aux dirigeants de la radio catholique belge, 6 septembre 1938

Et au moment des fameuses lois :

  • "Il y a quelque chose de bien pire que l'une ou l'autre formule de racisme et de nationalisme, c'est l'esprit qui les dicte. Il y a quelque chose de particulièrement détestable, c'est cet esprit de séparatisme, de nationalisme exagéré, qui précisément parce qu'il n'est pas chrétien, parce qu'il n'est pas religieux, finit par n'être même pas humain." Allocution du pape devant le clergé de l'Action catholique italienne, 21 juillet 1938
  • "Catholique signifie universel, non raciste, non nationaliste, au sens séparatiste de ces deux attributs(…) on oublie que le genre humain, tout le genre humain, est une seule, grande, universelle race humaine(…) On peut donc se demander comment il se fait que, malheureusement, l'Italie ait eu besoin d'imiter l'Allemagne." Allocution du pape devant le collège de la Propagation de la Foi le 28 juilllet 1938

En avril 1938, la Sacrée congrégation des séminaires et universités publie à la demande de Pie XI un Syllabus condamnant les théories racistes qui est adressé aux établissements catholiques du monde entier. Sans oublier l'encyclique sur le fascisme écrite en 1931. Gianfranco Fini n'a plus qu'à s'excuser.

Michel Janva

6 réflexions au sujet de « Eglise et fascisme : Gianfranco Fini dérape »

  1. yann

    C’est d’autant plus grotesque qu’en un temps pas si lointain, l’intéressé tenait des propos aux antipodes de ceux-ci, si l’on peut dire, puisqu’il se faisait le thuriféraire de la période fasciste :
    Ainsi en janvier 1990, il déclare « Personne ne peut nous demander d’abjurer notre matrice fasciste » puis affirme que « Mussolini a été le plus grand homme d’État du XXe siècle. Et s’il vivait aujourd’hui, il garantirait la liberté des Italiens » [2]. En 1992, il précise que « …Celui qui a été vaincu par les armes mais non pas par l’histoire est destiné à goûter à la douce saveur de la revanche… Après presque un demi-siècle, le fascisme est idéalement vivant. », et en juin 1994: « Mussolini a été le plus grand homme d’État du siècle… Il y a des phases dans lesquelles la liberté n’est pas parmi les valeurs prééminentes. ».

  2. Xtophe

    C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité !!!
    Fini est-il seulement conscient des c***eries qu’il profère ??? Lui qui a adhéré au MSI de Giorgio Almirante (qui n’était qu’un ramassis de fachos nostalgiques de la République de Salo)…

  3. Pascal G.

    Le Vatican sous Pie XI et Pie XII a condamné les lois antisémites de l’Italie fasciste, c’est indéniable. Mais il est également vrai que l’Eglise italienne, de nombreux évêques proches du régime et que les catholiques italiens dans leur ensemble n’ont guère bougé contre ces lois.
    Gianfranco FINI souhaite certainement faire oublier son passé de secrétaire général du Fronte della Giuventu au MSI. Lui que l’on dit maintenant proche -mais est-ce exact ?- de l’Opus Dei, n’a pas choisi le moyen le plus élégant. Tous les membres de l’Opus Dei ne s’exonèrent pas du soupçon d’extrémisme en battant leur coulpe sur le dos des catholiques de droite du passé.

Laisser un commentaire