Economiste et tueur à gage, parfois une même métier

Economiste tueur à gage

Il y a 12 ans, John Perkins publiait un livre choc : Confessions d’un économiste tueur à gages. Au top des meilleures ventes aux Etats Unis, sa traduction en français en 2004 fut plus confidentielle ici le lien (téléchargement libre). Ces confessions exposent des révélations sur la manipulation des économies des pays, dans l’intérêt de plus puissants.

A l’heure du net, la popularité d’un Julian Assange ou d’un Edward Snowden surpasse de loin celle de John Perkins, cependant J. Perkins doit être considéré comme un des pionniers dans le monde des lanceurs d’alertes (whistleblowers).

Manipulations au service d'une oligarchie

Déjà dans la première version des «Confessions» J. Perkins expose que des élites américaines bâtissent une gouvernance mondiale. Dans le vocabulaire contemporain, on les qualifierait de «néo-conservateurs globalistes» de nos jours. Ainsi au sein des institutions internationales des groupes de consultants sont utilisés pour créer les conditions permettant d’assujettir les nations à cette gouvernance mondiale. Le procédé est simple : encourager sur la base de rapports "éclairés" l’endettement auprès d’organismes comme le FMI et la Banque mondiale. Une fois déduites les sommes destinées à la corruption des élites locales, l’argent en question alimente les comptes en banques de grandes sociétés d’ingénierie et de construction sous contrôle oligarchique.

Les besoins en liquidités sont surévalués par les rapports, et progressivement les Etats ciblés se révèlent incapables de payer leurs dettes . Il s’ensuit une perte de souveraineté par ingérence directe dans les affaires du pays: Les créanciers mobilisent alors des experts en « redressement financiers »  et appliquent des «conditionnalités»  sur les politiques menées dans le pays :

  • Programme d’austérité national: limitations budgétaires, fermetures des écoles…
  • Mais aussi, l’accès pour des tiers "ciblés" à d’éventuelles richesses pétrolières et autres ressources naturelles.
  • Egalement l’établissement de bases militaires associé à l’exigence de loyauté politique par des votes dictés à l’ONU.

Un enchaînement que l’on comprend assez bien, maintenant tant il s’est répandu… jusqu’au coeur de l’Europe.

Les ravages de la prédation se propagent et se concentrent à la fois! Pour J. Perkins ces pratiques sont mafieuses et les exécutants de ces basses oeuvres sont des économistes tueurs à gages, des assassins financiers :

«des professionnels grassement payés qui escroquent des milliards de dollars à divers pays du globe. Leurs armes principales : les rapports financiers frauduleux, les élections truquées, les pots-de-vin, l’extorsion, le sexe et le meurtre». 

Dollar et Euro, armes de prédation

Le système monétaire international rend possibles de tels montages depuis de nombreuses années : les prêts octroyés (de façon excessive et donc normalement à fonds perdus) devraient normalement provoquer la banqueroute des créanciers. Mais il n’en est rien! Le système est magique… Le créancier est toujours protégé et assuré par le système financier d’une manière ou d’une autre d'avoir le dernier mot. L’exemple Grec au coeur de l'Europe. Tachons de nous en souvenir quand sonnera le glas pour les suivants.

Comme les États-Unis ont acquis depuis la fin du SMI de Bretton Woods, la capacité d’imprimer des dollars sans contrainte (de dépôt en or), la question de perte potentielle ne se pose plus pour le pays. La valeur de la monnaie américaine, telle une promesse, ne repose que sur la confiance vis-à-vis du pays ; c’est-à-dire sur l’idée que le reste du monde se fait de sa puissance. Ainsi dans ces mécanismes de représentation, le statut de puissance de référence importe au premier chef. Il importe plus même que les réalités économiques. C’est d’ailleurs à partir de tels effets de réputation que les États-Unis peuvent accumuler une immense dette nationale : de 6 trillions de dollars quand Perkins écrivait en 2003, elle a maintenant dépassé les 20 trillions-. Cette dette est la contrepartie des dollars en circulation dans l’économie mondiale…

On se rend compte maintenant aussi que ce qui était possible dans la sphère monétaire du dollar, par extension de la financiarisation de l’économie globale, est passé d’une certaine façon aussi au système de l’Euro. Il est lui aussi devenu un instrument de multiplication des techniques pour assurer la soumission des pays et des peuples… De nouvelles bureaucraties plus spécifiques se sont inspirés des modèles qui ont su faire bon office. Dans un tel contexte, le discours de la sacralisation de l’Euro assure le fonctionnement et l'acceptation sans contrainte. Ceux qui le mettent en avant, experts et politiques en sont les instruments. Ne devrait-on pas aussi les qualifier de tueurs à gage des peuples?

Les instituts d’émission (FED comme BCE) créent la monnaie ad libidinum, la mettent en circulation via des circuits privilégiés (hors de l’économie réelle). Des circuits spéculatifs, sorte de casino institutionnel qui poussent à la surévaluation des actifs et à l’enrichissement des maitres d’ouvrage. Manipulation, ententes et impunités aident à l’occasion à amplifier les gains (divers scandales en attestent). Si d’aventure la bulle explose, la conjoncture se retourne, on va alors se féliciter que les moyens soient bien en place pour "sauver le système" et affecter la charge de ces pertes sur les contribuables, les épargnants…voire dans un futur possible en ponctionnant avidement le "cash" (argent liquide).

Il suffira de «bien» communiquer avec de «bons media» sur le côté «ringard» de la monnaie-papier avec autant d’entrain que l’on met à culpabiliser les citoyens sur le déficit public gonflé par le renflouement du casino… Le peuple n’y voit toujours rien! A force de «mea culpa» sur tout, les français sont de bonnes pâtes, prêtes à emboiter le pas de l’austérité à la mode grecque, en marche forcée, à droite comme à gauche de l’échiquier.

Pour un complément d'analyse sur l’ouvrage de J. Perkins sa réédition et une ITW de l'auteur traduite en français, voir ici. 

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