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France : Politique en France

Dissidence : notre opposition n’est pas de même nature qu’une simple opposition électorale

Extrait d'un article de Guillaume de Thieulloy dans Liberté Politique sur la dissidence :

Opposition-ou-dissidence_medium"[…] Notre opposition n'est pas du même ordre que l'opposition entre Parti socialiste et Républicains, ou Front de gauche et Front national, qui tous admettent – au moins officiellement – les « règles du jeu » du « Système ».

Pour ce qui nous concerne, nous ne pouvons pas accepter ces règles. Nous ne pouvons pas admettre que le parlement soit en mesure de dire le vrai et le faux ou le bien et le mal. Or, c'est le principe central de la démocratie totalitaire inaugurée en France en 1789 : avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août, nous sommes, en effet, censés avoir admis que la « loi est l’expression de la volonté générale » (article 6).

Le problème est que c'est clairement faux. Il est bien possible que le parlement, élu à la majorité, soit l'organe légitime pour traduire la loi supérieure dans le droit positif, mais il est impossible que la loi soit simplement l'expression de la volonté générale. Cela signifierait que le parlement aurait le pouvoir de faire d'un mal un bien et réciproquement. Au demeurant, il ne s'en prive pas: l'avortement était naguère un crime ; il a ensuite été un crime dépénalisé; il est désormais un « droit » ; et de fortes pressions, y compris au sein même du parlement, se font sentir pour qu'il soit même le « droit » le plus décisif du droit international: on entend ainsi bien des leaders politiques nous expliquer que, parce que la Pologne restreint ce « droit » à l'avortement, elle n'appartient pas tout à fait à la communauté de valeurs de l'Union européenne. Nous devrions donc « logiquement » accepter dans l'Union européenne la Chine communiste et ses campagnes de stérilisations de masse, mais non la Pologne catholique !

Hormis le caractère absurde de ce genre de déclarations, que personne – Dieu merci! – n'ose pousser à de telles conséquences, pourtant inévitables, il faut dire et redire – tant l'enseignement des Papes est ignoré et incompris – que ces principes pseudo-démocratiques sont, en réalité, explicitement totalitaires. Si un parlement légalement élu et délibérant dans les formes prévues par la loi est l'unique source de la loi – à l’exclusion donc de toute loi naturelle supérieure -, comme le prétendent des gens aussi différents que l'ancien président néo-gaulliste Jacques Chirac ou l'ancien sénateur socialiste Jean-Pierre Michel, on voit mal sur quelle base s'opposer aux lois antisémites de Nuremberg adoptées par le Ille Reich.

Depuis 1789, les Papes n'ont pas cessé de dénoncer cette conception délirante de la loi. Encore récemment, Benoît XVI dénonçait, de façon apparemment paradoxale, la «dictature du relativisme », tandis que son prédécesseur Jean-Paul II déclarait dans sa grande encyclique morale Veritatis splendor: « S'il n'existe aucune vérité dernière qui guide et oriente l'action politique, les idées et les convictions peuvent être facilement exploitées au profit du pouvoir. Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire. »

Mais revenons à notre résistance à ce totalitarisme sournois. Je disais que notre opposition n'était pas de même nature qu'une simple opposition électorale. Nous contestons les règles mêmes, les fondements mêmes, de ce « Système », puisque nous croyons – non pas seulement comme catholiques, mais simplement comme êtres humains civilisés – que la loi n'est pas seulement l'expression de la volonté générale et que le parlement n'a pas un pouvoir absolu et illimité.

Il nous faut donc, non seulement travailler à changer de majorité législative, pour changer les lois, mais aussi travailler à changer le système politique lui-même.

Pour ce dernier objectif, l'action électorale ne peut guère nous être utile. C'est une action culturelle et « méta-politique » qu'il faut entreprendre. C'est pour cela qu'il est décisif – y compris au plan politique – de développer des écoles totalement libres de toute mainmise étatique. C'est pour cela qu'il convient de penser nos familles comme des citadelles assiégées, où nous devons résister au fracas du monde. Dans combien de familles, le téléviseur trône-t-il au milieu du salon, avec tout ce que cela implique de propagande « bien-pensante », de débauche de vulgarité, de matraquage consumériste? C'est un heureux signe des temps que de plus en plus de familles choisissent de se priver de téléviseur : c'est, en effet, une façon de rejeter le « Système ». Naturellement, on peut aussi utiliser parcimonieusement et sagement sa télévision et, en sens inverse, tout rejet de la télévision n'est pas nécessairement un rejet de la propagande « totalitaire soft ». Il n'empêche que bon nombre de familles qui renoncent à leur téléviseur le font par mesure d'ascèse et par rejet de la propagande et cela mérite qu'on le souligne et qu'on s'en réjouisse.

Il est donc d'une suprême importance pour s'opposer efficacement à ce « totalitarisme sournois » de soigner nos petites communautés. J'entends d'ici l'immense majorité des dirigeants politiques et médiatiques crier au « communautarisme ». Mais je crois que ce dernier mot est bien commode pour délégitimer toute communauté et tout attachement à une communauté. Le communautarisme, en rigueur de termes, n'est illégitime que s'il sert une communauté elle-même illégitime (par exemple la mafia ou une cellule terroriste), ou s'il se replie sur lui-même, refusant tout contact avec d'autres communautés ou avec la société nationale.

En soi, le communautarisme est parfaitement naturel et légitime: l'homme étant un animal social, il s'associe naturellement à ses semblables – et il n'y a rien de répréhensible à ce qu'il préfère son prochain à son lointain; c'est même l'inverse qui serait problématique.

Sur ce soin à apporter à nos familles, nos écoles, nos paroisses, toutes nos petites communautés infra-politiques, je ne saurais mieux faire que de renvoyer à la récente traduction du livre de Rob Dreher sur le « pari bénédictin ». Ce pari, qui fait l'objet de débats passionnés parmi les chrétiens américains, renvoie naturellement au rôle décisif que jouèrent jadis saint Benoît et ses fils dans la transmission de la culture européenne. Partis au désert pour vivre leur foi mise en péril par la culture ambiante, ils édifièrent une véritable «contre-culture», brassant et transmettant les éléments les plus sains de la culture antique. Et cette contre-culture devint, avec les siècles de chrétienté médiévale, la culture européenne elle-même. Ainsi sommes-nous invités à nous soustraire à ce que la culture ambiante a de gravement hostile à notre foi, à transmettre notre culture, tout en gardant l'objectif de transformer la culture dominante elle-même.

En dehors du soin que nous devons apporter à nos petites communautés, pour résister au Moloch totalitaire, il existe d'autre forme de dissidence à promouvoir. Ces dernières années ont ainsi vu naître des mouvements comme les Veilleurs ou les Sentinelles. Ces manifestations pacifiques sont extrêmement subversives, comme étaient subversifs (mutatis mutandis) les samizdats des dissidents anti-soviétiques. Il ne s'agissait souvent que de poésie et de littérature, mais ces pages témoignaient de la soif de beauté, de vérité et de bonté de l'âme humaine. De même, le fait de témoigner pacifiquement, dans la durée, de l'iniquité de la loi Taubira est un témoignage rendu à la vérité et à la loi supérieure.

Je le disais, les totalitarismes du passé ne sont pas tombés sous les coups des dissidents ; ils se sont effondrés, soit sous les coups d'un adversaire extérieur (nazisme), soit sous l'effet de leur caractère contre-nature. De même, le « totalitarisme soft » que nous subissons s'écroulera sous l'effet de son caractère contre-nature. Mais, pour qu'il s'effondre, il faut que des dissidents portent inlassablement témoignage contre ses mensonges et ses iniquités. C'est en cela que les Soljénitsyne, les Vaclav Havel, les Jean-Paul Il, ou les jeunes militants de la Rose blanche ont joué un rôle décisif. Et c’est en cela aussi que nous pouvons jouer un rôle décisif. Toujours est-il qu'il ne faut pas croire trop présomptueusement que nous pourrons renverser ce « Système ». Le cœur de notre résistance et de notre dissidence doit être de sauvegarder nos âmes et de transmettre, notamment à nos enfants, la vérité.

Garder une action politique

Pour autant, cette dissidence prépolitique ne doit pas nous détacher d'une vision politique et d'une recherche du bien commun politique.

Vaclav Havel « inventa » une action « anti-politique » d'opposition au totalitarisme, que je proposerais volontiers en modèle pour notre propre dissidence face à la culture de mort. Mais cette action anti-politique était aussi éminemment politique.

Trop souvent, les catholiques de France, au moins depuis le Ralliement de Léon XIII (1892), se sont réfugiés dans le social ou la morale, laissant le domaine « sale » de la politique à leurs adversaires ou aux « extrémistes ». Raïssa Maritain, épouse du grand philosophe thomiste Jacques Maritain, parlait même de la politique comme du domaine « de la malice du temps », la voyant tout entière sous l'emprise du péché et du démon. Mais la politique est aussi, nous le savons, le domaine le plus élevé de la charité. Nous ne pouvons l'abandonner sans faillir à notre devoir moral de fidèles laïcs.

Naturellement, il faut abandonner les certitudes de la foi lorsque nous nous engageons sur ce terrain difficile et mouvant, domaine par excellence de la vertu de prudence. Cela implique, en particulier, d'admettre que d'autres fidèles – aussi bons chrétiens que nous essayons de l'être – s'engagent dans d'autres partis ou pour des causes politiques différentes de celles qui nous motivent principalement et de ne pas prétendre réunir tous les chrétiens engagés en politique sous notre bannière. Naguère, la démocratie chrétienne triomphante prétendait, pour ainsi dire, excommunier les chrétiens qui renâclaient à applaudir ce régime. Ne recommençons pas sempiternellement les mêmes erreurs! Ainsi suis-je, pour ma part, très réservé, pour ne pas dire plus, sur l'immigration de masse, et je pense avoir de solides arguments, y compris tirés de la morale catholique pour soutenir ma position; mais je ne suis pas aveugle au point d'ignorer que bon nombre de chrétiens engagés dans l'accueil des immigrés le sont aussi au nom de notre foi commune.

Encore une fois, la politique n'est pas le domaine des certitudes, mais bel et bien de la prudence. Pourtant, il serait suicidaire et même immoral d'abandonner la politique à l'adversaire. Ne serait-ce que parce que, régulièrement, et même fréquemment en nos temps apocalyptiques, les chrétiens ont besoin de s'unir pour défendre politiquement les fameux « principes non négociables » et la dignité de la personne humaine. Si nous n'avons aucune expérience du combat politique, comment défendrons-nous la famille naturelle ou le droit à la vie de l'innocent, de sa conception à sa mort naturelle, ou encore la légitime liberté éducative des parents?

Quand je dis que la politique est le plus haut degré de la charité, il ne s'agit pas d'un discours vaguement « pieusard » sans portée pratique: c’est le plus haut degré de la charité, car seule l'action politique peut protéger réellement les plus faibles. Sans action politique déterminée en faveur de la culture de vie, non seulement la France apostate continuera à assassiner plus de 200 000 enfants dans le ventre de leur mère, mais, avant peu, les vieillards, les handicapés et tous les « poids morts » inutiles pour la société de production et de consommation seront éliminés. Il suffit de lire Jacques Attali ou Pierre Simon pour savoir ce qu'en pense l'oligarchie anti-chrétienne et, désormais, anti-humaine…

En un mot, notre dissidence, qui est d'abord et profondément une dissidence morale et culturelle, doit être aussi une dissidence politique. Pour restaurer une culture de vie protectrice du plus faible et pour instaurer la Royauté du Christ – qui n'est pas seulement morale et religieuse, mais sociale et politique."

 
 

Vous savez le rôle que le Salon Beige joue chaque jour dans la lutte contre la culture de mort et pour la dignité de l’homme; vous connaissez notre pugnacité à combattre chaque jour contre l’avortement, l’euthanasie, le mariage pour tous, la PMA, la GPA et toutes les dérives libertaires.

Le Salon Beige ne remplace pas votre rôle dans ces combats, il les facilite, les accompagne et les stimule<;

S'il vous plaît, faites un don aujourd'hui. Merci

On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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5 commentaires

  1. Un très bon article

  2. ” La faiblesse de nos réactions favorise le retour du comportement barbare chez nos élites ,
    elles n’ont plus peur de nous ”
    lu sur un site patriotique

  3. Bien d’accord avec Alpin ! “Ils” ne sont debout parce que nous acceptons d’être à genoux… Il faut donc rétablir l’équilibre et nous remettre debout ! Et lorsque nous prenons une gifle sur la joue droite, nous devrions plutôt répondre avec le poing droit…
    On n’ose plus se faire respecter, alors “ils” nous traitent comme des sous-m… !

  4. C’est pas 200 ans de mensonges, de manipulations et d’escroqueries qu’il convient de remettre en cause, mais 300 environ car tout a commencé avec le jansénisme. Tache surhumaine ? assurément.

  5. Tout ce qui est dit ici est juste.
    Il nous faut intégrer une vision méta-politique de la réalité.
    Ne jamais oublier, cependant, que le changement commence à l’intérieur… au plus profond de soi ; à l’intime de son être, là où souffle d’esprit saint.
    D’où la nécessité de vivre la Transcendance avec le support de la Prière, de la Méditation, du Silence, etc pour une action “juste.”
    Sinon, c’est le militantisme, l’intellectualisme… les idéologies humaines qui prennent le pas.

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