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L'Eglise : Vie de l'Eglise

De l’infaillibilité des canonisations

De l’infaillibilité des canonisations

Extrait de la deuxième partie de l’entretien accordé par le P. Jean-François Thomas, de la Compagnie de Jésus, à Paix Liturgique, au sujet des canonisations et plus globalement de la sainteté :

[…] L’Église, en tout cas aujourd’hui, prétend-elle engager son infaillibilité en canonisant ?

Voilà la question brûlante actuellement car, jusqu’à il y a quelques décennies, elle ne venait guère à l’esprit des fidèles. Les actes d’un pape étaient tous reçus avec confiance, revêtus d’une autorité qui, sans être toujours attachée à l’infaillibilité d’une déclaration solennelle, apparaissait comme digne de confiance puisque fidèle à toute la Tradition de l’Église. Les choses ont commencé à se gâter avec la réforme des béatifications et canonisations entreprise par Paul VI puis terminée par Jean Paul II. La simplification et la rapidité des processus, la multiplication des canonisations et le couronnement sur les autels de personnes discutées sapèrent en partie l’adhésion naturelle de beaucoup de fidèles.

Nous avons vu que, dans le passé, certaines canonisations, plus politiques que religieuses, furent remises en cause et ces saints mis au placard sinon au purgatoire. Paul VI fut sans doute le pape qui regarda avec le plus de suspicion les canonisations opérées avant le XIIIème siècle, donc lorsqu’elles ne dépendaient point du Saint Siège. Au même moment où la collégialité, la synodalité, l’autonomie accrue des « Églises particulières » devenaient des refrains sans cesse repris en choeur, le pape remettait en doute la validité des canonisations des treize premiers siècles de l’histoire de l’Église. C’est ainsi que, ayant créé une énième commission pour réviser la présence des saints dans le calendrier liturgique, il en écarta beaucoup pour motif de manque de sources historiques, y compris de très populaires et pourtant vénérés depuis des siècles, comme sainte Catherine d’Alexandrie ou saint Christophe. La « science » remplaçait ainsi l’argument des siècles et d’un culte remontant à la plus haute antiquité de l’Église. Il n’alla pas jusqu’à « décanoniser » ces saints, tout simplement parce qu’un tel processus n’a jamais existé dans la Sainte Église, y compris pour les saints dont on doute soudain des vertus ou de l’utilité. Déchoir un saint n’est pas un acte d’infaillibilité puisque cela est réversible. Jean Paul II a rétabli sainte Catherine d’Alexandrie dans ses droits, si l’on peut dire. Saint Pie V d’ailleurs avait, lui aussi, relégué des saints trop peu historiques, saints pour la plupart réintégrés par ses successeurs dans le missel romain. C’est dire que les papes entre eux ne semblent pas être très sûrs de l’infaillibilité des canonisations de leurs prédécesseurs. La raison pour cela en est simple : il n’existe aucun document officiel spécifiant l’infaillibilité des canonisations. Simplement, la plupart des canonistes et des théologiens ont considéré et regarde encore le droit pontifical de canoniser comme infaillible. Ces savants, aussi respectables soient-ils, n’en sont pas autant eux-mêmes infaillibles et leur opinion, digne d’intérêt, n’a pas force de loi.

Il faudrait reprendre ici toute la complexe signification de l’infaillibilité pontificale pour y voir plus clair. Que les théologiens tiennent les canonisations pour des vérités connexes de la foi ne permet pas d’en déduire forcément que tout acte de canonisation est infaillible. Depuis la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale, il y a cent cinquante ans, la tendance aura été de le manipuler et de le déformer, soit en le niant, en le relativisant, soit en affirmant qu’il s’applique à tout ce qu’enseigne le pape. L’argument de ceux qui tiennent à la canonisation comme infaillible est que cet acte est « définitif et irréformable ». Dans la pratique, l’histoire de l’Église prouve que la façon dont les canonisations ont été regardées est beaucoup moins assurée, car, si aucune remise en question n’était possible, aucun Souverain Pontife n’aurait pu revenir sur les choix de ses prédécesseurs. Certes, aucun n’a « décanonisé », mais plus d’un a fait le tri. Or, ce qui est infaillible ne souffre pas de choix, même temporaire. Cela est ou n’est pas. Lorsque des interprétations commencent à fleurir, nous ne sommes plus en présence d’un dogme fixé ou d’un article de foi agréé. Pour conclure, répétons que, de toute manière, un fidèle n’est pas obligé d’avoir une vénération pour tous les saints. Ce qui importe est de s’attacher à certains afin d’être conduits à notre tour au sein de l’Église triomphante.

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11 commentaires

  1. Entre la canonisation de Balaguer, celles de différents marxistes douteux ou théologiens contemporains véreux et surtout celles des papes du Concile (uniquement politiques celles-là, il s’agissait de canoniser le très saint Concile, le seul vrai, celui par lequel l’Église a commencé à exister, comme la France a commencé à la Révolution -et pour les mêmes raisons- Car avant le Concile et avant 1789 c’était l’osscurantiss, les papes et les rois tyrans), on a eu la preuve tangible que les canonisations actuelles n’ont plus aucune valeur. Malheureusement cela rabaisse, par voie de conséquence, le mérite des vrais saints qui se retrouvent par accident dans les mêmes charrettes. Canoniser à la fois Paul VI qui a détruit la Messe et Padre Pio qui en a été le plus ardent défenseur, c’est un peu gonflé. Le grand écart de ceux qui ont perdu toute boussole.et tant pis pour le Père Kolbe, les abbés Théophane Vénard ou Claude de La Colombière, ou pour Jeanne Jugan qui se retrouvent en bien curieuse compagnie…

  2. Vu la conjecture actuelle, il est bon de rappeler un passage de l’imitation de Jésus-Christ :

    Chap III. a.58 « Qu’il ne faut pas chercher à pénétrer ce qui est au-dessus de nous, ni sonder les secrets jugements de Dieu »

    Ne disputez pas non plus des mérites des saints, ne recherchez point si celui-ci est plus saint que cet autre, ni quel est le plus grand dans le royaume des cieux. Ces recherches produisent souvent des différends et des contestations inutiles: elles nourrissent l’orgueil et la vaine gloire, d’où naissent des jalousies et des dissensions, celui-ci préférant tel saint, celui-là tel autre, et voulant qu’il soit le plus élevé.
    L’examen de pareilles questions, loin d’apporter aucun fruit, déplaît aux saints.
    Car je ne suis point un Dieu de dissension mais de paix, et cette paix consiste plus à s’humilier sincèrement qu’à s’élever.

    Quelques-uns ont un zèle plus ardent, une affection plus vive pour quelques saints que pour d’autres; mais cette affection vient plutôt de l’homme que de Dieu. C’est moi qui ai fait tous les saints, moi qui leur ai donné la grâce, moi qui leur ai distribué la gloire. Je sais les mérites de chacun: je les ai prévenus de mes plus douces bénédictions. Je les ai connus et aimés avant tous les siècles: je les ai choisis au milieu du monde et ce ne sont pas eux qui m’ont choisi les premiers. Je les ai appelés par ma grâce; je les ai attirés par ma miséricorde, et conduits à travers des tentations diverses.

    J’ai répandu en eux d’ineffables consolations: je leur ai donné de persévérer et j’ai couronné leur patience. Je connais le premier et le dernier et je les embrasse tous dans mon amour immense. C’est moi qu’on doit louer dans tous mes saints, moi qu’on doit bénir au-dessus de tous et honorer en chacun de ceux que j’ai ainsi élevés dans la gloire et prédestinés, sans aucun mérites précédents de leur part.

    Celui donc qui méprise le plus petit des miens n’honore pas le plus grand parce que j’ai fait le petit et le grand. Et quiconque rabaisse quelqu’un de mes saints me rabaisse moi-même et tous ceux qui sont dans le royaume des cieux. Tous ne sont qu’un par le lien de la charité; ils n’ont tous qu’un même sentiment, une même volonté, et sont tous unis par le même amour. »

    N’oublions pas que chaque fidèle est libre d’avoir plus ou moins de dévotion pour tel ou tel saint d’autant plus que ce sont eux qui nous choisissent plutôt que nous qui les choisissons… Alors aimons toujours plus ceux qui nous ont choisi, laissons-nous toucher par ceux qui nous interpellent et laissons de côté les questions qui sèment le trouble car nous n’avons pas la grâce d’état nécessaire pour les disputer.

  3. M. l’abbé J.-M. Gleize, théologien et professeur au séminaire d’Écône, avait écrit un excellent article sur les doutes que peuvent soulever les nouvelles canonisations sur le point de l’infaillibilité, dans le numéro de Février 2011 du Courrier de Rome. Vous trouvez cet article P. 13 de ce document : https://www.courrierderome.org/sites/default/files/2011_CdR_Complet.pdf

  4. l’article dit : un fidèle n’est pas obligé d’avoir une vénération pour tous les saints.

    En voilà une affirmation scandaleuse. C’est exactement le contraire. Il faut vénérer tous les saints parce qu’ils sont des amis de Dieu pour toujours. Voilà pourquoi la Toussaint est une fête d’obligation !
    Enfin il faut rappeler que la canonisation est assortie d’une reconnaissance de miracle, miracle qui est impossible à obtenir en priant un damné ! Les canonisations modernes ne sont donc pas si faillibles qu’on veut le faire croire.

    Enfin Natuzza Evolo aurait vu Saint Jean XXIII au purgatoire… Il n’est pas nécessaire d’être impeccable (=sans péché) pour être saint, mais il faut être un modèle de foi et de charité. Saint Pierre ne s’est pas limité à renier 3 fois le Christ, il a continué à péché après comme le montre bien la Sainte Écriture (il hésite à baptiser un païen, il retombe dans le respect humain, et, d’après la tradition, il fuit son martyr avant d’être convaincu par le Christ de retourner à Rome…).

    Bref l’article est plus moderniste qu’il n’y paraît… Quand le mal se cache derrière la Tradition…

    • l’article dit : un fidèle n’est pas obligé d’avoir une vénération pour tous les saints.

      En voilà une affirmation scandaleuse. C’est exactement le contraire. Il faut vénérer tous les saints parce qu’ils sont des amis de Dieu pour toujours. Voilà pourquoi la Toussaint est une fête d’obligation !

      Oui nous devons avoir une vénération pour tous les saints en ce sens que la sainteté vient de Dieu… D’autre part ne pas confondre dévotion et sentiment de dévotion…

    • Pendant les 13 premiers siècles il n’était pas nécessaire de passer par une ratification de Rome et donc du Pape. En conséquence dans la tradition la sainteté n’était pas soumise a l’infaillibilité et on ne voit pas pourquoi cela aurait changé par la suite.

      En l’occurrence on a vite fait de voir si l’intercession d’un saint fonctionne ou non et donc le sujet de l’infaillibilité n’a pas grand intérêt car un faux saint tomberait rapidement dans l’oubli.

    • Selon l’ancienne méthode, mise au panier à papier par JPII, il y avait de VRAIES enquêtes, un avocat du diable, plusieurs miracles, et on prenait son temps. Les soi-disant miracles bon marché et à peine contrôlés attribués généreusement à qqun qu’on a besoin de canoniser pour pouvoir faire avancer le progressisme n’ont pas grande valeur.

    • Saint Pierre est mort martyr, Mouxine. On peut avoir fait tous les péchés possibles, quand on meurt martyr ils sont effacés de facto

  5. L’infaillibilité d’un Pape suppose qu’il agisse en tant que Pape, dans toute la force de son autorité et en le précisant.
    Ce sont donc des circonstances assez exceptionnelles et cela ne concerne pas la vie courante de l’Église.
    Ce qui est infaillible ne laisse pas place au doute.
    Si vous lisez par exemple la fin de la bulle « Quo primo tempore » de St Pie V, le caractère infaillible saute aux yeux.

    Concernant les canonisations l’Église prend beaucoup de temps en général avant de se prononcer mais on voit mal comment sur un sujet aussi délicat il pourrait y avoir infaillibilité, déjà on ne connait pas tous les vrais saints et les enquêteurs ont pu se tromper ou être induit en erreur. Ensuite les saints sont proposés en modèle mais il n’y a pas d’obligation à les vénérer.
    Par contre si le saint est par exemple proclamé docteur on peut considérer qu’il y a infaillibilité.

    En résumé ne peut être infaillible que ce qui revêt un caractère obligatoire et est affirmé avec l’autorité suffisante pour qu’il n’y ait pas de doute.

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