Dans l’enfer de nulle part

Marc-Henri Picard a traversé la Sibérie à pieds. Près de 9000 km de ce voyage, qui fut le rêve de bien des fugitifs du Goulag. Dans un ouvrage, Où traîne encore le cri des loups, il relate son périple. Extrait :

O "Tout cela paraît très simple. Et même, à regarder la carte, on pourrait se croire sur du velours. C'est qu'en relisant ces carnets, je m'aperçois que j'ai escamoté nombre de difficultés, et d'essentielles. La première tient à ce petit fil que je nommerais l'inconnu : la peur, qui retient, inquiète ou pousse à la fuite. La seconde est fille du temps : la lassitude, qui use les nerfs et les forces morales. La troisième se dévoile dans l'espace : l'épuisement, qui brise le corps. Le mouvement suscite la quatrième, sous le beau nom de solitude, mère d'acédie. La cinquième est consubstantielle à la Création, plus précisément aux créatures – bêtes et hommes -, qui la modèlent au gré de leurs besoins ou de leurs humeurs, à l'occasion, d'une rencontre nécessaire, désirée ou fortuite : le drame, sous sa forme tragique ou comique. Enfin, la sixième, la plus triviale en apparence, est celle que je qualifierais d'accidentelle, qui obéis aux replis et autres reliefs du terrain, ou à leur inexistence, au rythme des saisons et de leurs manifestations, aux caprises du temps, et dont les conséquences sont évidentes pour la plupart, même si certaines s'avèrent plus subtiles qu'il n'y paraît au premier coup d'oeil.

Voilà pour les principales. Et il faut bien comprendre que toutes ces difficultés ont leur pendant bénéfique, grâce à Dieu."

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