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L'Eglise : L'Eglise en France

Crise de la liturgie et crispation épiscopale

Crise de la liturgie et crispation épiscopale

Dans un article de Res Novae, la lettre mensuelle de l’abbé Barthe, Don Pio Pace souligne que

La liturgie catholique, cinquante ans après la réforme, est comme à la libre disposition de tous et chacun des acteurs. Et elle continue de se pulvériser. Le rite a assumé dans la culture contemporaine une « nouvelle autonomie » en changeant de signification dans une « discontinuité culturelle », remarque Andrea Grillo, professeur à l’Institut Saint-Anselme, à Rome, dont un ouvrage est étudié par Claude Barthe dans l’éditorial de cette livraison : « Le terme ritus prend une autre signification lorsqu’il est utilisé dans le Ritus servandus du missel post-tridentin et dans les Prænotanda élaborées à partir du concile Vatican II »[i].

L’une des caractéristiques majeures de la liturgie de Vatican II avait été, en effet, d’adopter une forme rituelle informe[ii]. L’importance des modifications apportées aux rites antérieurs, dont l’effet novateur était multiplié par une surabondance de choix possibles laissés au célébrant, et par l’absence de régulation précise des gestes, des attitudes, et souvent des paroles, a fait exploser le rite romain. Aujourd’hui, le culte est souvent devenu d’une telle banalité, qu’il semble décourager de nouvelles « avancées ». Il n’en est rien. Il existe encore des possibilités de déritualisation, dont on pourrait donner d’innombrables exemples. Ce n’est plus l’heure de la réformation brutale, mais du gentil n’importe quoi – concernant tout de même la prière officielle et publique de l’Église. […]

Concernant la lettre apostolique en forme de motu proprio Spiritus Domini, du 11 janvier 2021, ouvrant les ministères du lectorat et de l’acolytat à des femmes, l’abbé Claude Barthe écrit :

[…] Déjà, depuis le début de la réforme, des laïcs, hommes et femmes, en habit de ville entouraient l’autel : lecteurs, distributeurs de la communion (distribution légalisée par l’instruction Immensæ caritatis du 29 janvier 1973). Il existait donc des femmes lectrices et d’autres qui distribuaient la communion. Quant à l’autre fonction des acolytes, le service de l’autel, traditionnellement dévolu dans les paroisses à de jeunes garçons qu’on assimilait pour l’occasion à des clercs en les revêtant de soutanelles ou d’aubes, on prit de plus en plus l’habitude de le confier à des filles – parfois, comme en Allemagne, à de grandes adolescentes – qu’on revêtait de soutanes ou d’aubes. En 1970, c’était encore un « abus » (instruction Liturgicæ instaurationes). Mais en 1994, c’était officiellement permis (réponse de la Congrégation pour le Culte Divin, du 15 mars). […]

Dans le même temps, est diffusé un dossier réalisé par la Conférence des évêques de France sur la pratique de la forme extraordinaire du rite romain, intitulé : « Synthèse des résultats de la Consultation sur l’application du Motu proprio Summorum Pontificum demandée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en avril 2020 ». Paix Liturgique souligne le caractère méprisant du texte :

Globalement, malgré l’énumération de constats positifs à propos de Summorum Pontificum (pacification, réponse à un besoin pastoral), systématiquement minimisés par le rédacteur de la synthèse, la CEF s’avère méprisante pour les participants à la liturgie traditionnelle : formation indigente des prêtres, d’est-à-dire pas assez conciliaire, et suspicions, pour la même raison, sur l’enseignement donné par la FSSP et l’ICRSP ; faible dynamisme missionnaire (pourtant l’âge et le taux de croissance…) ; prédications « médiocres » ; ignorance de la FSSPX déclarée « hors de l’Église ».

Ce dossier comprend plusieurs contre-vérités, signe d’un travail certainement bâclé, pour ne pas dire malhonnête.

  • Evoquer une moyenne moins de 100 personnes par lieu où est célébré la messe selon la forme extraordinaire est globalement faux.
  • La forme extraordinaire qui ne serait pas missionnaire est une calomnie. On attend d’avoir les chiffres : baptêmes, catéchèse, vocations…
  • Les mariages, obsèques, baptêmes, onction des malades sont loin d’être « ponctuels et exceptionnels »
  • de nombreux évêques diocésains sont venus conférer des ordinations (ce qui a provoqué chez certains un conflit avec leur presbyterium…)

Au-delà de ces éléments factuels, le dossier souligne que la question de l’enrichissement mutuel des deux rites est bloqué. Ajoutons que la lettre apostolique Spiritus Domini, mentionnée au début de cet article, accentue cette division. Le dossier souligne aussi que des séminaristes diocésains s’enrichissent « par leur propre réseau » de la célébration de la forme extraordinaire, preuve d’un manque dans les séminaires diocésains. Les évêques voudraient recourir davantage à des prêtres diocésains pour célébrer la forme extraordinaire, mais le manque de vocations les en empêche. Sur ce sujet, il y a certainement une réflexion à mener…

Ce dossier souligne aussi l’engouement (visiblement préoccupant) des jeunes pour la liturgie traditionnelle. Il n’y a qu’à constater la moyenne d’âge du pèlerinage de Chrétienté à Chartres (autour de 20 ans). Enfin, ce dossier montre aussi le blocage, voire la crispation épiscopale à l’égard de la forme extraordinaire, qu’il faut « ne pas étendre ». Nous pourrions rapporter ici les multiples vexations et blocages subis dans les diocèses par bon nombre de prêtres d’instituts de la forme extraordinaire. Difficile ensuite de leur reprocher de ne pas s’intégrer suffisamment dans la pastorale du diocèse.

L’unité de l’Eglise semble encore confondue avec l’uniformité, et l’on retrouve la vieille lubie d’un calendrier liturgique uniforme. Il est aussi indiqué que les instituts traditionnels n’étudieraient pas le dernier concile. C’est encore faux. Et non seulement ils l’étudient, mais ils n’hésitent pas à étudier également la forme ordinaire, laquelle pose un certain nombre de problèmes. Quel bilan pour cette forme, souvent difforme, 50 ans après son application ? Les bilans ne se bousculent pas. Je renvoie les lecteurs à cette synthèse d’Yves Daoudal, qui mériterait d’être lue par les évêques pour comprendre pourquoi certains prêtres refusent de la célébrer. Cela nous amène au juste constat de ce document de la CEF : l’attachement à la liturgie traditionnelle a des fondements doctrinaux qui divergent de ceux sur lesquels repose la forme ordinaire. Jean-Marie Guénois, dans un article récent du Figaro (23 novembre 2020), constatait une « division profonde dans l’Eglise » sur la présence réelle, conséquence de divergences théologiques majeures sur l’eucharistie.

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11 commentaires

  1. Un grand merci à Res Novae et à Paix Liturgique de nous informer avec lucidité et prudence dans ce ‘combat’.

    Et à SB pour le relai.

  2. Cette » Eglise réformée bis » …ce n’est plus la même religion.

  3. Le dossier réalisé par la Conférence des évêques de France sur la pratique de la forme extraordinaire du rite romain est un faux grossier.
    Parler de l’église visible constituée de fidèles de la messe ordinaire, de fidèles de la tradition et de fidèles de la FSSPX qui ne sont tous ensemble qu’une minorité et omettre la masse des catholiques DEUX fois supérieurs en nombre qui ont cessé toute pratique depuis le Concile est d’une malhonnêteté effarante.

  4. Pauvres évêques qui pleurent à qui mieux mieux que l’argent ne rentre pas, comme je les plains. C’est curieux l’argent malgré la situation économique détestable, rentre dans les caisses des diverses fraternités. Mais est-ce que ces mêmes évêques sauf quelques-uns (on se demandent d’ailleurs qu’est-ce qu’il font à la CEF?) se posent la question de savoir pourquoi ça ne marche pas chez eux . Non ils se satisfont de leur médiocrité. Curieux cet engouement des plus jeunes pour la Messe traditionnelle, curieux aussi cet angouement de leurs séminaristes pour cette liturgie, la vraie, pas celle de ces pseudo-messes, où tout le monde il est beau, il est gentil, où tout le monde se promène, où le prêtre fait peuple etc toutes ces foutaises qui n’ont rien à voir avec le catholicisme, le saint sacrifice de la Messe, mais encore faut-il croire à la Présence Réelle, et c’est bien là où le bât blesse, car contrairement aux arguties éhontées de la CEF concernant les prêches de ces prêtres summorum pontificum, les fidèles ont droit à des leçons de catéchisme pour nourrir leur foi et non des discours mi-syndicaux mi-ong . Non les fidèles attendent autre chose, qu’on leur donne la possibilité de prier durant la Messe et non d’être réduits à se boucher les oreilles dans le brouhaha perpétuel de ces célébrations qu’ils disent, le mot Messe est un gros mot dans la bouche des épiscopes vaticanistes. On ne leur demande qu’une chose d’être des bergers à la tête de leur troupeau pas de trier leurs brebis en fonction de la couleur de leur laine, ce qu’ils font trop souvent. Ils prêchent la semaine de l’unité mais ne sont pas capable d’accepter dans leur propre église qu’il y ait des gens qui aient une soif inextinguible de beau, de vrai, de divin, ça les dépasse. Ils traitent la FFSPX et leurs fidèles comme des moins que rien alors que les prêtres ont une formation qui devraient les faire pâlir mais non au nom de la charité on continue à ostraciser.

  5. Le principe lex orandi lex credendi n’a jamais été aussi criant de vérité. Le F:. Bugnini et les cardinaux subversifs le savaient bien quand ils s’attaquaient à la liturgie. C’est par la dénaturation de la sainte messe qu’ils savaient pouvoir protestantiser l’Eglise, c’est pour la même raison que Luther concentrait ses tirs sur ce qui représente l’essence et le moteur de notre foi.
    Et tant que nous ne serons pas revenus au rite tridentin, la crise perdurera dans l’Eglise.

  6. Ce qui me fait le plus de peine dans cette crise de la liturgie, c’est que les jeunes prêtres qui vont dans les fraternités sacerdotales sont réduits à célébrer la messe dans des chapelles, voire dans des salles aménagées à cet effet.

    Bien entendu, les églises sont la plupart du temps, vides, avec un office ou deux par mois !

  7. Je suis la messe dans 3 paroisses FSSPX (pas de Calais, Gers et Paris) et je vous garantis que c’est archi plein partout.
    Et s’il y a de très bonnes messes Vatican 2, dans beaucoup d’endroits on a sombré dans l’infantilisme et l’abandon des textes officiels.
    Sous l’impulsion de Rome qui déteste la tradition, c’était évident que l’enquête serait biaisée.

  8. J’ajoute que les sermons sont « religieux » et pas séculiers avec des digressions sur le climat et les migrants.

  9. D’autre part il ressort de ce document une vision de la forme extraordinaire tout à fait hallucinante.
    On dirait que c’est une forme nouvelle qui été ajoutée récemment et dont il faudrait se méfier de la parfaite conformité.
    Il en ressort que manifestement cette forme n’est pas considérée comme la forme mère, celle qui est la base et le fondement. D’où les demandes de célébrer en rite ordinaire pour « donner des gages » alors que c’est exactement l’inverse qui devrait être proposé de façon que les prêtres puissent vérifier concrètement s’il y a bien une parfaite continuité.
    Le Pape Benoit XVI expliquait pourtant qu’il n’est pas possible de rejeter la forme extraordinaire et se prétendre catholique ce qui interpelle lorsque l’on voit comment la Conférence des évêques de France en parle…
    Si vous rejetez ce que vous avez adoré par le passé comment ne pas penser que vous rejetterez ce que vous adulez aujourd’hui, disait en substance le Pape.

  10. Lire que les prêtres de la tradition (toutes frat confondues) ont une formation indigente est un mensonge éhonté. En effet, ce sont ces prêtres qui sont le mieux formés. Ils ne font pas de commentaires de Ouest France ou d’un autre journal. Leurs sermons sont de véritables catéchismes ou d’appel au combat spirituel contre les attaques du démon si massives en ce moment. Ils sont souvent mieux formés que nos évêques. Après le talent oratoire n’est pas donné à tous, mais le fonds y est. Beaucoup de personnes sont revenues à la messes depuis le motu proprio de 2007. Mais la CEF ne l’a pas vu dirait-on.
    Il me semble que la moyenne d’âge des prêtres sur le pèlé de Paris est Chartres avoisine 30 ans et celle des pèlerins, 20 ans. L’avenir est là et non dans les églises de campagne où la moyenne d’âge des fidèles et des prêtres est proche de celle d’un EPHAD.
    La fréquentation des églises dans les grandes villes masque à la CEF le désert des messes de campagne qui ressemblent plus souvent à du folklore qu’ à un acte d’adoration.

    • La qualité des sermons dans la forme extraordinaire fait l’unanimité y compris des fidèles de la messe ordinaire.
      A l’inverse il est très rare d’entendre du bien des sermons en langue de bois de la messe ordinaire et en général dès la sortie les gens ne se rappellent même pas de ce qui a été dit… Vérifiez !

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