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France : Politique en France

La coopération matérielle éloignée est permise en vertu de raisons proportionnées

Pierre-Olivier Arduin nous a envoyé cette tribune que nous publions volontiers pour enrichir le débat sur le vote des catholiques :

Poa" Certains catholiques estiment devoir s’abstenir ou voter blanc lors du second tour de l’élection présidentielle au motif qu’aucun candidat ne défend dans leur intégralité les principes non négociables. Cette lecture ne me semble pas juste, particulièrement dans le contexte précis de cette élection où les programmes s’opposent frontalement sur nombre de ces points. Celui qui n’était encore que le cardinal Ratzinger a été très clair lorsqu’il a répondu à une question posée en 2004 par les évêques américains :

"Un catholique serait coupable de coopération formelle avec le mal, et serait donc indigne de recevoir la sainte communion, s’il devait délibérément voter pour un candidat précisément en raison de la position permissive du candidat sur l’avortement et/ou l’euthanasie. Quand un catholique ne partage pas la position d’un candidat en faveur de l’avortement mais vote pour ce candidat pour d’autres raisons, on considère cet acte comme une coopération matérielle éloignée, permise en vertu de raisons proportionnées" (DC n. 2232).

En matière de préjudices portés au respect de la vie humaine, à la protection de la famille et à la liberté d’éducation, chacun a pu se rendre compte que la différence sur le plan moral entre les projets des deux candidats est sans précédent pour une élection présidentielle sous la Ve République. Nous sommes donc exactement dans le cas où existe une cause proportionnée qui justifie que notre suffrage se porte sur le meilleur candidat en lice. Le philosophe Thibaud Collin a donc mille fois raison de dire que :

"le refus de voter pour le moins mauvais programme est de facto une manière de privilégier le programme le plus mauvais. Dès lors, qui refuse de se déterminer se détermine quand même et son abstention profite, objectivement, à l’aggravation de la situation sociale et politique. Alors même que par son vote, il aurait pu contribuer à la ralentir" (La Nef, n. 232, p. 31)

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16 commentaires

  1. Sans précédent ? toutes les finales – hors celle de 2002 – sont sur le même mode !
    Il me semble que l’on oublie une seule chose dans cet événement.
    Les gens ont peur et sous l’emprise de la peur, ils sont près à faire TOUTES les compromissions.
    Cela va à l’encontre de la source même de notre foi : il y a 365 fois « N’ayez pas peur ! » dans la Bible… et ce n’est pas un hasard : un par jour que le Seigneur nous donne chaque année…
    Arrêtez de psychoter sur un avenir que personne ne contrôle : la prière et l’action au quotidienne suffisent amplement. Le passé appartient à la miséricorde de Dieu et l’avenir à la Divine Providence : contentons-nous de vivre le présent dans l’espérance et la foi !

  2. Le petit problème est de déterminer si le vote Sarkozy ralentirait quoi que ce soit. D’autant plus que institutionnellement, il n’y a pas de mandat impératif et que d’autre par le Président de la République n’a qu’un rôle d’arbitre. D’ailleurs la présentation d’un programme de gouvernement pour un poste qui ne comporte normalement aucune fonction de gouvernement est l’approbation d’un « coup d’Etat permanent ».
    On ne peut conclure de la citation de Benoît XVI qui ne parle que de permission à une « obligation » comme le fait le « philosophe » Thibaud. La culpabilisation de gens innocents n’est pas bon signe pour la thèse que l’on défend.
    Selon certains, d’ailleurs, Sarkozy n’a aucune chance, il est donc inutile de s’escrimer à faire voter pour lui ce qui ne servira finalement qu’à faire croire que ceux qui auront voté pour lui étaient d’accord avec ce qu’il a fait. On ne pourrait voter pour lui, dans la logique dudit « philosophe » que s’il avait une chance, or il n’en n’a aucune. Donc, même dans cette logique, il ne sert à rien de voter pour lui.
    En votant pour Sarkozy on vote pour le « Baiser de la lune » (on sait très bien que la « lune », en argot, c’est le derrière) projeté à des enfants, c’est l’affirmation que la France a « inventé » la shoah, c’est l’approbation de ses crimes contre le peuple libyen et autres innombrables horreurs du quinquennat.

  3. « Certains catholiques estiment devoir s’abstenir ou voter blanc lors du second tour de l’élection présidentielle au motif qu’aucun candidat ne défend dans leur intégralité les principes non négociables »
    Non, c’est faux!!
    Nous ne votons pas blanc pour cela! Sinon nous n’aurions pas voté non plus pour notre candidat au premier tour.
    Nous voterons blanc parce que dans les deux cas il y aura dégradation!
    Entre un candidat qui garde le statut quo et un autre qui dégrade la situation actuelle sur les principes non négociables, il faut voter le premier, c’est sûr.
    Mais entre une personne qui dégradera lentement et un autre qui dégradera brusquement la situation, qui est le pire?
    Limite, Sarkozy sera le pire, parce que nous nous habituerons petit à petit à la situation. De même que beaucoup de catholiques refusent aujourd’hui de combattre le divorce, l’avortement, le pacs et autres lois du genre, entrés petit à petit dans l’inconscient collectif, de même le mariage, l’adoption homosexuels et l’euthanasie seront intégrés à cet inconscient plus sûrement avec Sarkozy qu’avec Hollande.
    En effet, Hollande, voulant aller trop vite risque de réveiller les Français, qui, voyant toutes leurs habitudes bouleversées, risquent de se poser des questions: et les bonnes!
    Alors, votez blanc, et préparez vous à manifester et à combattre l’idéologie de mort en marche! Plutôt que de voter sarko, et de risquer de vous faire anesthésier petit à petit!

  4. Excellents arguments.
    Pour peu que les PNN soient le point central, la motivation absolue.
    Il faut peut être chercher ailleurs et bon nombres d’électeurs éprouvent à l’égard du président sortant une juste colère, une hostilité épidermique…et le seul moyen d’exprimer ce ressentiment sans borne passe par l’abstention ou le vote blanc mettant ainsi en application le principe du parallélisme des formes : il a obtenu le pouvoir grâce à des votes, des votes vont le lui reprendre.

  5. On ne trouve dans ce texte que des pétitions de principes.
    1 )  » la différence sur le plan moral entre les projets des deux candidats est sans précédent pour une élection présidentielle sous la Ve République « .
    La démonstration reste à faire. Et elle ne devra pas reposer sur les déclarations de période électorale mais sur les faits et sur l’expérience. Sans cette démonstration, pas de  » cause proportionnée « .
    2 )  » Dès lors, qui refuse de se déterminer se détermine quand même et son abstention profite, objectivement, à l’aggravation de la situation sociale et politique. Alors même que par son vote, il aurait pu contribuer à la ralentir » « .
    Qu’a-t-on ralenti depuis que l’on agite comme un épouvantail le vote que récuse Pierre-Olivier Arduin et qui a été la règle jusqu’ici de tous les bien-pensants ? Le ralentissement en question ne se produit jamais que dans le cerveau de ceux qui en rêvent.

  6. Je suis tout à fait d’accord. Du reste, n’est ce pas Maurras qui disait à juste titre « la politique du pire est la pire des politiques »? ceux dans notre camp qui appellent à l’abstention ou, pire, les électeurs du FN tentés par un vote Hollande porteraient une lourde responsabilité dans l’accélération du déclin de notre pays et de notre civilisation dans le cas d’une victoire de gauche. Qu’on se le dise dimanche prochain…

  7. Les catholiques ont deux problèmes :
    C’est vrai que les programmes sont très différents. Mais pour le sortant, nous avons pu expérimenter qu’il y a loin entre le programme et sa réalisation. Quant à l’autre, que fera-t-il vraiment ? Aucun des deux candidats n’est tenu par son programme. NS, qui n’a pas de possibilité d’être réélu peut faire n’importe quoi. L’autre, c’est moins sûr.
    Par ailleurs, comme nous avons pu le vivre ces 30 dernières années, la vrai différence entre l’UMP et le PS, c’est deux ans. Sachant que les deux candidats conduiront in fine la France au même endroit (en enfer), est-il plus chrétien de voter pour celui qui ira moins vite ? Autrement dit, gagner du temps est-il un objectif chrétien ?

  8. Sarko est contre l’avortement, contre le Pacs homosexuel, contre la réduction des retraites des mères de famille,il n’a pas subventionné les expositions et spectacles blasphématoires, il n’a pas Mitterrand et Bachelot comme ministres.
    On peut donc voter pour lui.
    Les leçons de ces « théologiens » me convertiraient à l’athéisme, si je les prenais au sérieux.

  9. Encore une analyse qui tend à culpabiliser ceux qui voteraient blanc ou nul.
    A cette lecture on se demande même si on ne commettrait pas un péché !
    Et si en conscience on pense que les deux programmes sont aussi mauvais, puisque le supposé « moins mauvais » n’est en fait que le même, mais avec un calendrier différent …?

  10. Je suis royaliste et je ne voterais pas ! Ce système va droit dans le mur, avec ou sans, mon vote

  11. Je crois que lire M.M. ARDUIN et COLLIN sont une parfaite démonstration de la manière dont des gens nés cathos ont pu être dégoûtés de la morale de circonstance, et perdre la foi du fait du décalage entre les opinions affichées et les interdits proclamés, et les actes incertains et relativistes qui en découlent.
    Je ne sais pas si M. ARDUIN, d’ailleurs aimerait que son article , dont les extraits sont très recevables et exacts (un catholique ne peut en effet voter HOLLANDE sous peine de pécher); apprécierait que la conclusion tirée d’un autre texte glisse ensuite vers le vote blanc, lequel serait aussi un acte peccamineux.
    Voter blanc au premier tour c’était catho, alors qu’une candidate était le moindre mal, mais au second c’est péché : on est en plein talmud.
    Le procédé du collage tue qq peu la logique interne de ce post.

  12. Une chose est de voter pour un candidat sachant qu’il est habituellement en déviance grave par rapport aux PNN, autre chose est de voter pour ce candidat alors même et en tant qu’il inscrit telle ou telle déviance dans le programme pour lequel il sollicite le suffrage des électeurs. Dans le premier cas, la collaboration formelle n’est pas démontrable, dans le second si. Ce qui empêche objectivement et quelles que soient les restrictions mentales que l’on apporte d’une part, et quelle que soit le niveau respectif de dangerosité des programmes d’autre part, de donner son assentiment non pas à tel candidat ou à tel parti en général, mais à tel candidat au vu et au su du programme publié par ses soins dans le cadre de l’élection à laquelle il se présente. Il est donc possible, en des circonstances très précises, que le vote blanc soit la seule option moralement valide. En tous cas, ma responsabilité morale est directement et formellement engagée dans l’usage que je fais de ma fonction électorale. A moins que l’on veuille réserver la problématique morale aux élus lorsqu’ils légifèrent et non pas aux électeurs lorsqu’ils votent. Mais dans ce cas, autant demander la suppression du suffrage universel : c’est plus franc et on aura compris sur quel type de souveraineté on fonde l’édifice politique. A mon sens, tout un fatras verbal en milieu « catho » se résume à ceci : au plan politique, à une promotion « typée » des oligarchies bien en place ; au plan moral, à un « situationnisme catho » qui s’est subtilement défait du critère primordial de l’objet dans les choix à opérer, pour opérer les bonnes restrictions mentales de M. Molière, celles qui arrangent quand, même pour raisons graves, on finit par s’arranger pour atteindre ses objectifs.
    Il reste alors à voir si, en 2012, le problème se pose dans les mêmes termes qu’en 2007. A titre personnel, je ne le crois pas, mais cela reste aléatoire et prudentiel, et je ne vois pas au nom de quoi on ferait passer pour faute morale ce qui se résumerait peut-être en une analyse peu sûre de la situation d’aujourd’hui au regard de la problématique d’il y a 5 ans.

  13. On est en pleine idéologie, par ‘bricolage’ de textes interposé ! C’est vraiment minable.
    Il faudrait revenir aux fondamentaux sur l’acte humain, sur la nature spécifique de la politique, sur la légitimité de l’autorité politique, sur la primauté du Bien Commun, etc… notions qui ne sont ‘rappelées’ – parfois – dans la théorie que pour être mieux évacuées dans le raisonnement. Chacun y va de son petit découpage de textes, quelle honte !!!
    Vite, st Thomas d’Aquin, Charles de Koninck et autres penseurs du politique, (cf CATHOLICA n°106) venez nous expliquer qu’on se divertit à soupeser les Sarkozy et autres Hollande…
    Viens Esprit-Saint, éclairer l’intelligence et le coeur de tes fidèles !
    [Vous pouvez toujours proposer un article au SB en y développant vos réflexions sur le sujet du moment à savoir le 2ème tour… Se limiter à citer des théologiens ou penseurs ne suffit pas pour faire avancer la réflexion des catholiques.
    PC]

  14. Ce n’est certes pas en écoutant les sectes que l’on pourra progresser. Charles De Koninck est intéressant, puisqu’il nous rappelle que le bien n’exclut personne et qu’il est avant tout d’ordre moral, mais je ne suis pas d’accord avec De Koninck sur les biens matériels comme la nourriture qui sont aussi des biens communs car il faut que tout le monde puisse manger à sa faim. Donc De Koninck est intéressant mais rien ne remplace les enseignements des papes, même de ceux postérieurs à Pie XII. D’ailleurs, à ma connaissance, l’enseignement de De Koninck n’est repris par aucun des papes dans aucune encyclique sociale. Les idées de son adversaire Mounier ne le sont pas plus d’ailleurs. Peut-être aurait-il fallu poser le problème de la définition du bien commun autrement qu’ils ne l’ont fait tous les deux.

  15. D’accord avec vous. C’est le point de vue moral qui m’a semblé le moins mauvais qui a emporté mon choix. Mais pourquoi aucun candidat n’a-t-il montré que cette dimension morale était essentielle? Un seul parti insiste sur celà, selon la Bible, c’est le PRC, mais il n’avait aucune chance, notre pays n’ayant que peu de considération pour ce genre de valeurs… Mr Bayrou n’avait-il pas, jadis, un peu plus de morale que les autres? On voit ce que ça donne. (cf la Bible également: Livre des Juges!) Son parti a besoin d’un chef véritable, c’est peut-être notre chance… Dieu vous bénisse!

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