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France : Société

Comprenons-nous la vie des gilets jaunes ou sommes-nous méprisants comme ces lecteurs du Monde?

Comprenons-nous la vie des gilets jaunes ou sommes-nous méprisants comme ces lecteurs du Monde?

Article très intéressant (du Monde!) sur la perception que peuvent avoir les “classes supérieures” surreprésentés parmi les lecteurs du Monde vis-à-vis des familles issues  des “classes moyennes fragiles”. Et nous, catholiques, quel est notre vision ?

Le portrait, dans « Le Monde », de jeunes parents mobilisés dans le mouvement a suscité un déluge de commentaires désobligeants à leur égard.

Dès la parution de l’article du Monde, ce fut un déferlement. Le portrait d’Arnaud et Jessica, un couple de jeunes parents mobilisés dans le mouvement des « gilets jaunes » et témoignant de leurs fins de mois difficiles, a suscité plus de 1 000 commentaires sur le site du Monde, et des centaines d’autres sur Twitter et Facebook.Une écrasante majorité d’entre eux expriment une grande hostilité à l’égard du mode de vie de cette famille (…).

Tout leur est reproché : le fait qu’ils aient quatre enfants à 26 ans, qu’ils touchent 914 euros d’allocations familiales, que la mère ne travaille pas – même si c’est pour éviter des frais de garde trop élevés –, le montant de leurs forfaits téléphoniques, le fait qu’ils aillent au McDo, qu’ils achètent des vêtements de marque à leurs enfants, et même qu’ils aient un chien.

La virulence des commentaires sur Internet n’est ni une nouveauté ni représentative de l’ensemble de la population. Pour autant, le déluge d’attaques dont le couple fait l’objet interroge. Pourquoi tant d’hostilité ? « Si l’article était paru dans la presse locale, cela n’aurait pas suscité de réaction, car c’est ce que les gens vivent. Il décrit simplement le quotidien d’une famille populaire, observe Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Ceux qui sont choqués sont issus des classes supérieures [surreprésentées parmi les lecteurs du Monde]. Cela relève d’une haine sociale et d’un mépris de classe », estime-t-il. Parmi les commentateurs figurent également des partisans d’Emmanuel Macron. L’un d’eux affirme ainsi que « rien ne démontre que la politique menée par [le président] et son gouvernement leur ait enlevé un centime de pouvoir d’achat ».

Beaucoup ont sorti leur calculatrice pour se pencher sur les comptes du jeune couple, en additionnant le salaire d’Arnaud (1 493 euros) et les aides dont il bénéficie, moins les dépenses figurant dans l’article – lequel ne se voulait pas exhaustif et ne mentionnait donc pas certains frais comme la cantine des enfants, les transports en commun, la mutuelle, la redevance télé, l’abonnement à Internet, etc. Or, une fois le calcul fait, les lecteurs sont formels, « ils ne savent pas gérer leur budget »« Désolé, mais je n’arrive pas à comprendre, écrit l’un d’eux. Revenu total : 2 700 euros. Loyer + électricité : moins de 600 euros. Ça fait donc plus de 2 100 euros pour faire vivre 2 adultes + 4 jeunes enfants. Moi aussi je regarde les prix et il n’est pas compréhensible d’être à découvert dès le 15 du mois. » La question les taraude : que font-ils du reste ?

« Se demander si les pauvres ne font pas n’importe quoi avec leur argent est une question très ancienne », rappelle Jeanne Lazarus, sociologue au CNRS. Elle a émergé au XIXe siècle lors de la révolution industrielle, lorsque les familles d’ouvriers ont quitté les campagnes, où l’argent liquide ne circulait quasiment pas, pour les villes. « Les patrons ont alors réfléchi à la façon de leur donner de l’argent, craignant qu’ils dépensent tout en boisson. » Gérer correctement son budget repose alors sur une logique érigée en modèle : savoir faire des restrictions et planifier le futur. Il s’agit d’être « raisonnable », d’agir « en bon père de famille » – une notion supprimée du droit français en 2014.

Ces accents paternalistes se retrouvent chez certains lecteurs ayant ausculté les comptes du jeune couple. « Il y a dans ces commentaires un rapport de classe très fort, analyse Mme Lazarus. C’est une façon de dire : “Nous, nous savons bien ce qu’il faut faire avec l’argent, car nous en avons plus, et ne faisons pas n’importe quoi.” »

D’autres vont plus loin en les accusant d’être de « faux pauvres ». Avec ses 2 687 euros de revenus, aides incluses, la famille de Jessica et Arnaud se situe pourtant juste en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 2 770 euros pour ce type de famille, selon l’Insee. « A titre de comparaison, le revenu médian, pour un foyer de deux adultes et quatre jeunes enfants, est de 4 300 euros, rappelle Louis Maurin. On est donc très loin des revenus de ce couple. Mais les gens ne se rendent pas compte des niveaux de vie de la population française. » Et, comme il s’agit d’argent, tout le monde a un avis. « Les gens adorent en parler, surtout de l’argent des autres, car ils peuvent se projeter et ont l’impression de pouvoir classer les gens plus facilement », explique Jeanne Lazarus.

Avec Jessica et Arnaud, la curiosité se double de la conviction d’avoir un droit de regard sur leurs finances puisqu’une partie importante de leurs revenus vient des allocations, versées grâce aux impôts de la collectivité. Les choix qu’ils font au quotidien irritent d’autant plus que l’argent venant des aides est considéré comme« peu légitime, non mérité, contrairement à celui qui vient du travail », selon la sociologue.

« Ma compagne et moi payons (avec plaisir) environ 1 200 euros d’impôts par mois… Je ne suis pas sûr d’être content d’apprendre qu’ils servent à ce couple à se payer des forfaits trop chers et des vêtements de marque. Cette révolte [des “gilets jaunes”] est définitivement celle des assistés », écrit ainsi un lecteur. Les classes supérieures bénéficient pourtant, elles aussi, d’aides – tout le monde a notamment droit aux allocations familiales –, mais elles sont moins visibles dans l’immédiat, parce qu’elles passent beaucoup par la défiscalisation.

Au final, si ces « gilets jaunes » agacent tant une partie des lecteurs, c’est parce qu’ils sont à leurs yeux de « mauvais pauvres » faisant de « mauvais choix » (…) Ce que revendiquent Jessica et Arnaud apparaît ainsi comme illégitime aux yeux des commentateurs. Car, au fond, ce que le couple demande, comme tant d’autres « gilets jaunes », c’est de pouvoir vivre sans se serrer la ceinture en permanence, comme nous l’avons beaucoup entendu autour des ronds-points.

« Ils appartiennent à une catégorie de plus en plus identifiée : les classes moyennes fragiles, explique Jeanne Lazarus. Ils cherchent à s’accrocher au mode de vie de la classe moyenne : être bien habillé, avoir une part de plaisirs, ne pas être uniquement dans la contrainte. Et quand tout s’effrite, c’est par la consommation qu’on trouve une place dans la société. » Or, ce que leur renvoient les commentaires, c’est qu’ils ne devraient pas s’autoriser ces « petits plaisirs ». « C’est très violent, socialement. C’est une façon de dire qu’ils doivent se satisfaire de leur place », poursuit la sociologue.

Recontacté après la parution de l’article, Arnaud assure que les commentaires virulents « lui passent complètement au-dessus ». A ceux qui les jugent, il répond simplement ceci : « Si les gens veulent échanger, je prends leur vie sans hésiter. »

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9 commentaires

  1. Peut être qu’ils ne gèrent pas parfaitement mais faire vivre 6 personnes ce n’est pas rien !
    Par ailleurs, cette famille est un peu atypique car 4 enfants ne nos jours dans les milieux populaires (Hors musulmans) c’est très rare !!!!

  2. J’ai lu l’intégralité de l’article sur le site de l’Immonde. Cet article est extrêmement révélateur de l’abyme qui sépare le gouvernement et les classes dirigeantes (un amas de bobos prétentieux et méprisants, qui ne considère la plèbe que comme une source de revenus financiers à son service et pour son profit) du pays réel composé de Gaulois réfractaires, illettrés, mais qui se refusent à mourir pour le seul besoin de remplir les poches des premiers désignés.

  3. Avec 2700 euros on n’est pas pauvre quoique puisse raconter l’Insee.

  4. Tolérant comme un bourgeois gauchiste. Ces gens sont à vomir; des terroristes de la pensée unique avec un mépris pour le peuple de souche. Changez les prénoms des parents en les faisant passer pour issus de la diversité ils trouveraient cela formidable et tellement triste. Ces gens sont méprisables mais tellement prévisibles.

  5. Et n’oublions pas que ce sont les enfants de ce ménage qui vont payer les retraites des bobos sans enfants. Et ces bobos trouvent anormales les allocations qui sont versées pour les aider à élever ces futurs contributeurs… Pauvres c…

  6. Pour les lecteurs du Monde, n’est pauvre qu’un strasbourgeois né à Strasbourg, un alsacien né en Alsace, (vous voyez de ceux dont je veux parler…).
    Le pauvre, pour le gauchiste de la rue du Cherche-Midi, c’est la mendiante roumaine du coin de la rue (qui se fait 60 € à l’heure).

    Si on compte la TVA que paient Jessica & Arnaud, la taxe d’habitation, la TIPP, les charges sociales ouvrières et patronales prélevées sur son smic, je crois bien que l’on dépasse les allocs dont ils bénéficient.

  7. C’est absolument hallucinant de voir ce racisme de classe, c’est pire que tout ce qu’on pouvait imaginer, mais en soi cette mentalité est celle, en pire, des bourgeois parvenus “progressistes” du XIXe siècle…Seulement, le temps de Germinal est révolu et nous n’y reviendrons pas…
    Ils se croient à l’abri dans leurs citadelles urbaines connectées et mondialisées, avec leurs armées d’esclaves immigrés qu’ils aiment tant… Mais qu’il y prennent garde ; si guerre civile il y a, ce ne sera pas celle qu’ils croient, l’horizontale, mais bien la verticale : ce sont leurs têtes qui vont tomber en premier, quant à “l’armée de réserve du capital”, elle sera libérée de ses chaînes, c’est à dire remigrée d’où elle vient, et il y a peu de chance qu’elle se mobilise pour défendre leurs chiens de maîtres, malgré tout le talent (révolu) des marionnettistes trotskystes…
    C’est une guerre à mort, et elle ne fait que commencer… Le Christ contre la Synagogue, donc en principe les cathos ne devraient pas se tromper de camp… Malheureusement, nous savons bien que entre les vieux réflexes de classe et les errements de certains… Mais en attendant le couperet de la guillotine, ce sont les masques qui commencent à tomber, les loups sortent du bois et apparaissent aux yeux de tous pour ce qu’ils sont : des prédateurs et des salauds… Pour ce qui est des lecteurs du Monde, les choses sont claires depuis longtemps, mais pour l’autre bourgeoisie catho dite de “droite”, ainsi que l’Eglise institutionnelle, ce qu’on peut en voir pour l’instant n’est pas très glorieux ; alors prions pour que les consciences s’éclairent avant qu’il ne soit trop tard pour eux… Car tout ce qui de près ou de loin cautionne ou soutient l’oligarchie satanique en place sera balayé, hommes d’Eglise véreux et (anti-?)papes compris…
    Telle est la nature de cette Révolution qui vient : l’antithèse de toutes les précédentes (La FM ne s’y est pas trompé…) jusqu’à ce que le poison soit éradiqué à la racine et refoulé en Enfer d’où il n’aurait jamais du sortir… Cela pourra éventuellement se traduire par des formes nouvelles et inhabituelles (exemple du RIC qui peut en dérouter certains) mais c’est assez logique : l’histoire ne repasse pas les plats et empreinte des voies différentes, mais seul compte le but final : le règne de NSJC et le salut de l’humanité…

  8. Les réactions soulevées par ce forum soulèvent un problème sociologique très éclairant. En effet, l’exemple de ce couple pas si atypique que ça (plus de familles nombreuses en province que dans les métropoles) est très parlant. On pourrait les situer dans la classe moyenne inférieure, plutôt assistés et ne pouvant accéder à la société de consommation débridée dans laquelle nous vivons. D’où une frustration qui sourde en eux.
    Les réactions du forum ne sont pas toutes infondées quand elles évoquent un manque d’organisation ou de prévision financière. C’est sans doute un peu vrai sur le fond même si elles manquent de compassion mais comment reprocher à ce ménage ce mécontentement quand partout on assiste à ce culte du fric et de la consommation (combien d’émissions de TV sur le mode de vie de ces classes sociales friquées qui se vautrent dans l’indécence ?). Cette frustration est compréhensible quand s’y ajoute une pression quotidienne étatique par les taxes, les interdits, les radars, l’abandon des services publics et la désertification médicale.
    Oui ce forum illustre parfaitement la partition de notre pays en deux classes distinctes, les nantis des villes plutôt égoïstes et autistes et les oubliés des campagnes, frustrés et sans doute un peu jaloux des lumières de la ville.
    Pauvre France victime de la mondialisation.

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