Christian Estrosi : Maire, député, président de région, président de la métropole, cela fait beaucoup !

Tribune de Frédéric Saint Clair dans le Figaro :

"Christian Estrosi aurait pu renoncer à ses multiples mandats en toute discrétion. Il a choisi, à l'inverse, de communiquer, de faire de son désir de se conformer à la loi de non cumul des mandats qui entrera en vigueur en 2017 un outil de marketing politique. Une fausse bonne idée?

Maire, député, président de région, président de la métropole, cela fait beaucoup, cela relève, comme chez d'autres hommes politiques, peut-être davantage d'une soif de pouvoir que d'une capacité d'action. Dès lors, une loi qui, de façon plutôt naturelle, enjoint aux élus de se préoccuper principalement du mandat pour lequel ils l'ont été, quelle que soit la nature de ce mandat, une loi qui présuppose avec intelligence et raison que l'administration d'un territoire, quand bien même il s'agirait d'une petite ville, n'est pas une mince affaire, et exige temps et consécration, une telle loi n'est pas la bienvenue ; car elle contraint ; car elle gêne ; car elle irrite. Elle limite la volonté de puissance et aiguillonne l'ego politique de cette catégorie «socio-professionnelle» constituée des élus de la République (…) N'y a-t-il pas suffisamment de sujets de préoccupation pour éviter à un maire d'être tenté de briguer d'autres mandats ?

Christian Estrosi ne s'en soucie guère, et s'il renonce aujourd'hui, c'est uniquement pour ne pas être contraint par la loi. Car sinon, pourquoi avoir gardé son mandat de député jusqu'au mois de mars dernier? Pourquoi renoncer à celui de maire aujourd'hui, à quelques encablures de 2017? Mais le pire dans tout cela, ce n'est pas que l'élu d'une ville de cette envergure, qui additionne tant de problèmes, soit aveugle à la nécessité de se consacrer entièrement à sa ville, c'est la façon dont cet élu tente de garder la main sur ses mandats malgré tout.

Car qui a-t-il choisi pour lui succéder à son siège de député? Marine Brenier, une jeune conseillère municipale proche de l'intéressé. Responsable des jeunes UMP, en soutien à Nicolas Sarkozy en 2007, présidente contestée des jeunes Républicains – lors d'une élection où les accusations de «verrouillage du scrutin» et de «menaces» ont percé. Aujourd'hui élue à l'Assemblée Nationale, la jeune protégée de Christian Estrosi choisit pour être son suppléant… Christian Estrosi lui-même, qui n'aura aucun mal à la téléguider.

L'intéressé cède son fauteuil de maire? A son premier adjoint et ami, Philippe Pradal, ancien responsable de l'association des amis de Christian Estrosi. Une fois installé dans le fauteuil, Philippe Pradal nommera un premier adjoint qui ne sera autre que… Christian Estrosi, lequel continuera de présider le groupe de la majorité. Poutine nous avait habitué à ce genre de manœuvres lorsqu'il avait joué au jeu des chaises musicales avec son premier ministre Dimitri Medvedev pour contourner la Constitution…

Nous avons là un magnifique exemple de la façon dont l'instrumentalisation de la loi est orchestrée par des élus qui ne veulent à aucun prix s'écarter du pouvoir (…) Il n'est probablement pas le seul dans ce cas, et une étude sur l'ensemble du territoire révèlerait probablement une liste de noms conséquente. Au-delà des comportements de certains de nos élus, cet épisode révèle néanmoins un fait important: la loi est impuissante à moraliser les comportements de la vie politique. Que faire, dès lors, pour retendre les ressorts fatigués de notre démocratie représentative?"

L'auteur oublie de préciser que Christian Estrosi est aussi président de l'assemblée de substitution créée pour remercier la gauche à qui il doit son élection à la tête de la PACA…

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