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Culture de mort : Euthanasie

Nicolas Sarkozy et l’euthanasie

Au cours de l’émission A vous de juger (ici à 1h04′), le 26 avril dernier, Nicolas Sarkozy s’est à nouveau exprimé sur l’euthanasie en répondant à Marie Humbert :

"C’est un sujet extrêment difficile sur lequel j’ai beaucoup réfléchi mais il faut que je prenne mes responsabilités :

D’abord, le France souffre d’un manque de structures de soins palliatifs. Pour ceux qui ne le savent pas, ce sont des soins pour les grans malades qui permettent d’éviter la douleur. Un rapport du Conseil économique et social  indiquait qu’il faudrait 5 lits pour 100 000 habitants. On en a 1 à 1,2. C’est très important car quand on est très malade, qu’on va vers la mort, en 2007, j’estime qu’on a le droit d’y aller sans souffrir horriblement. Je ne veux pas répondre à la question de Marie Humbert sans parler de la question des soins palliatifs qui est de mon point de vue essentielle. On va investir massivement dans ce sens là.

Deuxièmement, le mot euthanasie, je ne suis pas d’accord. Que les choses soient très claires, je ne suis pas d’accord sur ce mot là pour des raisons philosophiques et personnelles. Je crois qu’il ne nous appartient pas, que nous n’avons pas le droit d’interrompre volontairement la vie (…) C’est une affaire extrêmement sensible et complexe (…) Je ne veux pas fuir surtout devant le courage de madame Humbert. Pour moi, le vie c’est sacré et faire mourir je ne l’accepte pas. Mais il y a une différence (…) entre faire mourir et laisser mourir. C’est d’ailleurs le travail remarquable qu’avait fait Jean Léonetti avec la nouvelle loi et d’ailleurs madame Humbert sait très bien que cette loi de 2005 a fait beaucoup de progès.

Il faut respecter la vie mais, c’est vrai je l’ai dit donc je l’assume car ce sont mes convictions profondes, il y a un moment où la vie est tellement douloureuse que ce n’est plus la vie. Ce n’est plus possible de vivre parce que la souffrance bouffe la vie et que c’est un peu facile d’avoir des principes en disant je m’en moque qu’il souffre. Ce n’est pas vous qui souffrez (…) Laisser mourir, c’est à dire l’interruption volontaire d’un traitement (…), je suis pour. Il y a une différence dans mon esprit entre injecter le liquide mortel ce que j’appelle faire mourir et interrompre un traitement dont on sait qu’il accélèrera la mort ce que j’appelle le laisser mourir. Je le dis très prudemment, on ne peut pas tout réglementer, on ne peut pas légiférer sur tout. J’ai vu qu’aux Pays-Bas, c’est vraiment une société que je ne souhaite pas, ils avaient 83 cas d’euthanasie et le médecin regarde si vous êtes dans le bon cas. On peut faire évoluer la loi Léonetti qui est excellente. Je souhaite qu’il ait place pour le dialogue singulier entre le malade, le médecin et la famille pour mettre un peu d’humanité là-dedans. Donc je dis à madame Humbert que je ne suis pas opposé à une évolution dans le sens qu’elle propose même si je suis opposé à toute forme d’euthanasie.

C’est un sujet difficile. Ce sont des sujets passionants sur lesquels moi-même j’ai beaucoup hésité. Ce n’est pas évident d’avoir la réponse à tout. Sur ces questions qui mettent en jeu des principes philosophiques personnels et la souffrance, la vie m’a appris que devant la souffrance il fallait beaucoup d’humilité (…) Devant une question comme celle-là, je ne résonne pas en terme de législateur ou de possible président de la république. Je me dis : si j’ai l’un de mes proches, moi-même, mes parents concernés et si je le vois se tordre de douleur sur son lit de bientôt mort, je me dis c’est bien beau les principes mais c’est quoi la vie en se tordant de douleur du matin au soir ? Est-ce qu’on a le droit d’imposer ça ? Mais en même temps si je répond qu’on n’a pas le droit d’imposer ça, à quel moment on dit qu’on a le droit de mettre fin à la vie ? C’est pourquoi j’avance de façon pragmatique et cohérente pour respecter le respect de la vie et en même temps pour ne pas imposer des souffrances inhumaines."

Philippe Carhon

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4 commentaires

  1. oula… il semble s’emmeler les pinceaux notre cher Sarkozy…
    ”je dis à madame Humbert que je ne suis pas opposé à une évolution dans le sens qu’elle propose”: cela semble bien s’opposer à sa ”conviction” d’interdire l’euthanasie, puisque ce que propose madame Humbert va bien dans le sens de l’euthanasie passive (distinguée arbitrairement de l’euthanasie active).
    A moins que cette confusion soit volontaire, pour que chaque électeur s’y retrouve…

  2. Je pense que Monsieur Sarkozy ne raisonne pas du tout comme il le faudrait pour un – possible – chef d’Etat: il ne s’agit pas de considérer les choses de manière personnelle et affective, mais en prenant au contraire beaucoup de recul, et en tenant compte des implications sociétales d’une législation sur le sujet. Il s’agit de voir où pourrait nous mener une loi autorisant l’euthanasie. Où commencerait-elle? qui pourrait juger et décider? Ne peut-on pas penser qu’un condamné à perpétuité, une personne handicapée, peuvent être euthanasiées??? On sait où ça commence, jamais jusqu’om cela peut aller. C’est pourquoi il me semble qu’il vatu mieux ne pas mettre le doigt dans l’engrenage, car ce qui est fait dans ce sens, il est certain qu’il sera impossible de revenir éventuellement en arrière ensuite.

  3. Merci d’avoir répété ces paroles de ce candidat.
    La position de M. Sarkozy est claire : il distingue entre tuer et laisser mourir, et caresse Mme Humbert dans le sens du poil en lui montrant comment cette loi sur le laisser mourir va dans son sens (aors que ce n’est pas le cas).
    Pour le reste sa position est claire, nete et tranchée : il est radicalement contre toute forme de mise à mort. Ce pour quoi il refuse le mot d’euthanasie pour la position qu’il défend : laisser mourir un malade.
    Là dessus, le réalisme est compatible avec la doctrine de l’Eglise qui est contre l’acharnement thérapeutique.
    Il était temps que ce soit dit sur ce blog, merci à vous.

  4. En langage d’Eglise , “la vie est sacrée ” signifie qu’elle l’est de la conception à la mort.Dans ce sens, qui est celui de tout catholique fidèle et raisonnable, il n’est donc pas concevable de considérer simultanément qu'”il y a un moment où la vie n’est plus la vie.”, quand bien même cette formule est effectivement employée dans le langage courant , “ce n’est plus une vie” ,pour définir l’intensité de la souffrance.
    Serait-il d’ailleurs simplement profitable à l’humanité de concevoir qu’il revient au politique de définir ce qui est la vie et ce qui ne l’est pas ?
    Assurément non.
    Ne doutons pas cependant que les candidats , quelsqu’ils soient, puissent encore progresser dans le sens du respect de la vie et dans la claire définition de celui-ci.
    Le Pape et certains de nos Evêques, Monseigneur Barbarin, Cattenoz, Rey , Brincard, Vingt Trois entre autres, s’efforcent parfaitement de les éclairer.
    Restons attentifs et prions, au-delà de l’esprit partisan qui, dans ce domaine rencontre vite, comme on a pu le constater, ses limites.
    Pour ceux qui ont eu la charge, mais aussi le privilège, d’accompagner des mourants jusqu’à l’ultime moment, en particulier dans des moments d’intense souffrance, ils savent que, jusqu’au bout, l’espérance et le désir de vivre sont plus forts que la l’appel de la mort , malgré les souffrances, malgré les faiblesses passagères de l’esprit.

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