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Au plan du désordre introduit dans la société, l’homme reste débiteur devant la justice des hommes

Au plan du désordre introduit dans la société, l’homme reste débiteur devant la justice des hommes

Dom Jean Pateau, père abbé de Fontgombault, explique dans Famille chrétienne pourquoi il a pris la décision d’accueillir Jean-Claude Romand dans les murs de l’abbaye de Fontgombault. Un homme qui a passé 26 ans en prison après le meurtre de cinq de ses proches.

Pourquoi accueillir un homme au passé si chargé au risque de déstabiliser votre communauté ?

Le mal dérange toujours. En Conseil, les risques liés à cet accueil si inhabituel ont été pesés, dont celui que vous évoquez. Nous avons choisi d’aller de l’avant en considérant avec prudence les éléments qui nous avaient été communiqués sur notre hôte, avec la volonté de poursuivre aussi la voie d’une espérance indéfectible envers les personnes, la voie de l’Évangile que notre monde ne comprend plus. Ma décision comporte donc des risques, certes, mais j’ai une entière confiance qu’elle ne déstabilisera pas notre communauté monastique, puisqu’il s’agit de suivre tout simplement Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » même s’il faut aller à contre-courant des pensées actuelles.

Mais plusieurs voix s’élèvent contre cet accueil notamment parmi les proches des victimes de Jean-Claude Romand ?

Souvenons-nous simplement du regard du Christ sur le bon Larron, sur Marie-Madeleine et sur tant d’autres pécheurs. Saint Benoît demande à ses moines d’ « honorer tous les hommes. » ( Règle de saint Benoît, ch. 4, 8e instrument des bonnes œuvres) Un mot résume notre démarche si présent dans l’enseignement du pape François : Miséricorde.

Que peut la miséricorde contre le mal ?

Nous parlons du mal moral, mais cela est tout aussi valable pour le mal naturel qu’est la maladie ou la mort. Je suis pécheur et j’ai peur des autres pécheurs. Le péché, le mal, ne rapprochent pas des autres, ne fondent pas de communion. Ils édifient un monde de peur, un monde de distance. La réponse la plus immédiate, la réponse actuelle, radicale, au mal ou à la maladie consiste à l’ignorer jusqu’à parfois détruire celui qui en porte la marque, qu’il soit pécheur ou malade. Pensons à l’avortement, à l’euthanasie.

Par quelles voies avez vous reçu cette demande d’accueil ? 

L’abbaye a été sollicitée par l’intermédiaire d’un ancien visiteur de prison, le Général Jean Delaunay, ami de notre monastère. Celui-ci a accompagné Jean-Claude Romand durant vingt ans en suivant son cheminement religieux et sa conversion. De façon mystérieuse, ce grand homme a été rappelé à Dieu, à l’âge de 93 ans, le 8 mai dernier. Sa mission terrestre envers Jean-Claude Romand était accomplie. Il lui avait trouvé un lieu d’accueil. Nous ne doutons pas qu’il continuera de l’accompagner de la maison du Père.

Ensuite, je ne peux passer sous silence la collaboration avec les services pénitentiaires et les services de l’État. Lors de nos échanges, j’ai été impressionné, ému même, par l’investissement de ces personnes, qui ne font pourtant que leur métier, pour la reconstruction de l’humanité de M.Romand. Je dois aussi une mention reconnaissante à la présence de la Gendarmerie aux alentours du monastère au moment de son arrivée et de leur surveillance discrète. Même s’il nous a fallu tenir à l’écart les journalistes, force est de constater que la plupart des articles parus ces jours derniers s’achèvent sur une note d’espérance, une note si absente dans nos cités. Pour tout cela, nous sommes dans l’action de grâces.

Que savez-vous de l’itinéraire spirituel de Jean-Claude Romand pendant 26 années de détention ?

Il ne m’appartient pas de détailler ce chemin qui demeure le secret de Dieu. Je dirai simplement que les rencontres avec de nombreux aumôniers, visiteurs et visiteuses de prison, ont été décisives pour restaurer chez M. Romand la volonté de vivre. Ensuite, la rencontre intime avec le Christ, à travers l’image de la Sainte Face de Georges Rouault, envoyée par une visiteuse de prison, et celle de sainte Thérèse dans ses écrits, ont été avec les rencontres évoquées l’amorce du chemin qui se poursuit aujourd’hui.

Quel sera le quotidien de Jean-Claude Romand à l’abbaye pendant les deux années de liberté conditionnelle ?

Jean-Claude Romand n’est pas un moine. Durant son séjour et compte tenu des contraintes que lui impose le port d’un bracelet électronique, il participera à la vie des moines. Il assistera discrètement aux offices, prendra part au travail manuel notamment en numérisant des archives sonores, travail qu’il faisait durant son séjour en prison et pour lequel il a une qualification reconnue. Il avancera la numérisation de la bibliothèque, travaillera à l’entretien du parc…

Un échange fraternel est il possible avec Jean-Claude Romand ? Son humanité peut-elle refleurir ?

La possibilité d’un échange fraternel était une condition de l’accueil. Il a déjà eu lieu lors d’une récréation récente. Le monastère est un laboratoire de fraternité. Les moines ne se choisissent pas. C’est Dieu qui appelle à sa suite. En édifiant la communauté, Dieu édifie chacun de ses membres, « dérangés » d’une tranquillité stérile par la présence fécondante de l’autre. Le monastère devient ainsi le lieu d’une conspiration de charité où tous doivent apprendre à respirer d’un seul cœur et d’une seule âme. Sans être moine, tout hôte est invité à entrer dans ce mystère d’amour et cette communion fraternelle. Saint Benoît demande, lorsqu’on accueille un hôte, de commencer par prier avec lui, ensuite se donner le baiser de paix. Le monastère n’est pas une prison où l’individu, la communauté se refermeraient sur eux-mêmes. C’est un lieu protégé, organisé, où l’humanité, libérée de bien des contraintes, s’ouvre au dialogue avec Dieu dans une vie fraternelle. C’est au contact de ce mystère de fraternité que l’humanité de Jean-Claude Romand pourra poursuivre sa croissance comme nous l’espérons.

Le pardon accordé par Jésus-Christ est il une manière de passer l’éponge ?

Passer l’éponge… certainement pas. Le passé ne peut ni ne doit être effacé. Il ne peut être que racheté et transfiguré. Le péché revêt un double aspect : il est une révolte contre Dieu, et, en conséquence, un désordre dans la création. La réconciliation avec Dieu passe par le sacrement de pénitence. Mais au plan du désordre introduit dans la société, l’homme reste débiteur devant la justice des hommes et doit accomplir la peine qui lui sera imposée. Mais comment réparer l’irréparable ? A vue humaine, ce n’est pas possible. L’homme pécheur, que nous sommes tous, ne pourra que s’efforcer de répandre un surcroît de bien dans un monde qui en a tant besoin. Passer l’éponge, c’est ce que font les médecins après un avortement. Tout a disparu. Il n’y a plus rien… en apparence. Car aujourd’hui, le constat est là : les cœurs demeurent blessés d’une culpabilité qui sans cesse reparaît. De façon ultime, le mal ne sera transfiguré que par l’offrande de la miséricorde, celle de Dieu qui gratuitement remet ce qui est sans prix, et celle des hommes.

Comprenez-vous la souffrance et la révolte de ses proches ?

Comment ne pas la comprendre ? Oui, le péché est révoltant, tout comme ses conséquences. Nous n’oublions pas cette famille si éprouvée, leurs amis aussi, et nous demandons à Dieu dans la prière d’apaiser la souffrance des cœurs, sachant que pour tous, seule l’éternité sera le lieu de toute consolation, dans la parfaite réconciliation au sein de la lumière de Dieu. En voulant consoler ceux qui souffrent, et en tout premier lieu les victimes des maux de notre temps, tout en accompagnant ceux qui sont sur la voie d’une conversion, le monastère, lieu de la quête de Dieu, se retrouve au centre du drame qui déchire le cœur de tout homme : le désir du bien et la présence du mal. […]

Le drame du péché a été de gommer cette idée centrale de don. L’homme s’arroge le pouvoir sur l’univers, oubliant qu’il l’a reçu, nommé, qu’il a même désiré et obtenu une aide semblable à lui. La dénaturation du mariage, la poursuite des idées sur l’homme augmenté, le regard froid sur l’enfant dans le sein maternel ou sur le tétraplégique étendu sur un lit, montrent bien la phase de régression qu’a entamée notre société. L’autre n’est plus un don. Il n’est plus le bienvenu.

Comment changer de regard sur les autres, surtout quand ils sont malvenus ?

Nous devons revoir radicalement le regard que nous portons les uns sur les autres. En chassant Dieu de la sphère humaine, l’homme s’est amputé de la source première de tout émerveillement. L’identité de l’homme se réduit à une pancarte superficielle : masculin, féminin, homo, hétéro, de droite, de gauche… L’harmonie première et gratuite a laissé place à la frénésie de la possession jamais assouvie. L’homme est devenu voleur, voulant tout pour lui. La communion des hommes, tous frères, d’un même Père aimant, semble n’être plus qu’une utopie. Perdu, désespéré, l’homme se dépense pour retrouver l’émerveillement primordial. Il se déguise, se change, s’augmente ; il joue avec ses pancartes. Il ment et il se ment. La joie ne revient pourtant pas. Bien plus, le mensonge s’étend jusque dans la vie publique. Les parlements décident du bien et du mal, voulant imposer à la nature leurs lois. La vie, celle des personnes comme celle de la cité, n’a plus de sens, plus d’intérêt. L’homme est désorienté et se détruit.

L’homme se ment à lui-même ?

Souvenons-nous que c’est en empruntant cette voie du mensonge à soi et aux autres, que Jean-Claude Romand en est venu à commettre ses crimes. Pour que la grâce agisse, il faut que la lumière divine atteigne et fasse à nouveau vibrer le cœur humain. La prison a été le lieu où Dieu a touché le cœur de M. Romand. Aujourd’hui, la grâce poursuit son œuvre par le regard de Dieu sur cet homme, mais aussi par le regard de tous ceux qu’il est amené à rencontrer. « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. » (Rm 5,20)

Mais est-ce possible ?

Je crois que nous doutons de la puissance de la grâce parce que nos vies semblent s’épuiser dans un combat incessant contre le mal envahissant. La lumière de la foi doit au contraire nous porter à croire que quand Dieu est réellement accueilli dans une vie, alors c’est le péché qui recule. Il en va de même lorsque nous accueillons Marie. Elle est tellement pure qu’elle peut mettre les mains dans le cambouis de nos vies non seulement sans se salir mais en les purifiant. […]

Les principes non-négociables n’ont jamais été si attaqués. Aidez le Salon beige à contre-attaquer et à promouvoir la culture de vie !

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4 commentaires

  1. Justice et Miséricorde peuvent cohabiter en ce monde comme ses vertus subsistent en Dieu en étant indissociables et constitutives de l’Espérance.
    Les propos de dom Pateau devraient être lus par tous les détenus tant ils sont porteurs de joie et sérénité. Comme notre foi chrétienne est belle !

  2. Une très haute et puissante leçon d’humilité et de sagesse éclairées par la Foi…

  3. Il faut aussi penser qu’ au sein d’une communauté monastique, Jean-Claude Romand ne sera pas influencé par l’atmosphère satanique qui gouverne le monde actuel (et qui fabrique beaucoup de criminels). Donc espoir pour lui qu’il puisse approfondir sa possible (?) rédemption. Mais qu’en sera t’il s’il retrouve le monde nihiliste et matérialiste qui empoisonne l’humanité ? Ce monde conforme au visionnaire “Orange mécanique”.

  4. Tout cela est bien beau…mais Fongombault ne sera plus le Fongombault d’avant, lieu de sérénité profonde, havre de paix. Séjour programmé , attendu, espéré, préparé dans le fond du cœur et vécu comme un temps heureux surtout lors d’une fête, un ressourcement salutaire avant de retourner dans ce monde de brutes.Oui, tout peut être dit sur cet homme récupéré par la main du Christ,la grâce, c’est le pêché qui recule, réjouissons nous, fraternité, belles phrases etc…Fongombault s’ouvre et nous pauvres gens nous avons soif, soif, soif d’un monde pur, de Fongombault maison de Notre Père.Comment fait on maintenant ?

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