Attaque américaine en Syrie : dans quel but ?

5107231_6_6b90_donald-trump-s-apprete-a-faire-une_41744b74b743133fdd017508b990a168Donald Trump a déclenché jeudi soir des frappes contre la Syrie en riposte à une attaque chimique présumée imputée à Bachar el-Assad. Ces frappes, première opération militaire des États-Unis contre le régime syrien, ont été menées avec 59 missiles de croisière Tomahawk, visant la base aérienne de Shayrat «associée au programme» d'armes chimiques de Damas et «directement liée» aux événements de mardi.

Mardi, un raid (trop ?) rapidement imputé à l'armée syrienne contre la localité de Khan Cheikhoun dans le nord-ouest de la Syrie a fait au moins 86 morts, dont 27 enfants, et provoqué une indignation internationale. Dans une adresse solennelle à la télévision, Donald Trump a affirmé que ces opérations étaient «dans l'intérêt vital de la sécurité nationale» des États-Unis. Le visage grave, le président républicain a affirmé que l'Amérique était «synonyme de justice», appelant les «nations civilisées» à mettre fin au bain de sang en Syrie. Donald Trump a encore accusé «le dictateur syrien Bachar el-Assad (d'avoir) lancé une horrible attaque avec des armes chimiques contre des civils innocents en utilisant un agent neurotoxique mortel».

Washington a prévenu Moscou à l'avance de ces frappes. Mais la Russie avait mis en garde les États-Unis. À l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU qui débattait depuis deux jours d'une résolution de condamnation de l'attaque, l'ambassadeur russe Vladimir Safronkov avait en effet averti des «conséquences négatives» en cas d'intervention militaire. Avec cette frappe, Donald Trump a pris la mesure militaire américaine la plus directe depuis le début de la guerre en Syrie il y a six ans. Barack Obama avait abandonné l’idée des frappes sur la Syrie en 2013. Jusqu’à présent, Donald Trump semblait revenir sur les ardeurs guerrières de l’ère Obama Clinton pour s’entendre avec Poutine. Aujourd’hui il fait prendre à son ambassadrice à l’ONU des postures de défi. 

De fait, on ne sait toujours pas qui a utilisé en 2013 en Syrie le gaz Sarin, bien que l’affaire ait permis à l’Occident de soutenir les rebelles dits modérés, dont Al Nosra. Cette fois encore Bachar el Assad se trouve accusé, unanimement, sans preuves

Sur Europe 1, Frédéric Pichon déclare :

"J'ai vu les chancelleries s'engouffrer avec beaucoup d'empressement dans un narratif qui accusait l'utilisation par Assad d'agents chimiques (…). Avec l'élection de Trump les Etats-Unis convergent sur un narratif russe qui est que Bachar Al-assad peut et doit rester au pouvoir. Donald Trump l'avait rappelé la semaine précédente. Depuis la chute d'Alep le régime avait le vent en poupe, et cet incident renverse totalement la situation, Assad redevient le paria de la communauté internationale, repart un peu à zéro en quelque sorte. On a l'impression que ça fait six ans que ça dure et qu'on ne sortira pas de cette opposition entre Occidentaux et Russes/Chinois de l'autre".

"Il y a toujours la même question de savoir qui on met à la place d'Assad ou, en tout cas, du système politico-militaire en Syrie en cas d'éviction d'Assad. Ce sont toujours les mêmes problèmes qui se posent et ça fait six ans que ça dure"

Cette affaire intervient dans un contexte particulier : la communauté diplomatique internationale, y compris en France et aux Etats-Unis, venait de faire savoir que le retrait de Bachar el Assad n’était plus un préalable au commencement de discussions sérieuses en vue d’un règlement politique. Dans ces circonstances, prendre le risque d’utiliser des armes chimiques était une profonde imbécillité pour le chef de l'Etat syrien… Alors, à qui profite ce crime ? L'attaque chimique a eu lieu la veille de la réunion de Bruxelles consacrée à la reconstruction de la Syrie, où d'aucuns craignaient qu'Assad ne regagne sa légitimité. Cette accusation d'utilisation d'armes chimiques vient ruiner en grande partie les efforts de la Russie pour réintégrer Damas dans la communauté internationale et faire converger les Occidentaux sur la priorité à l'éradication d'Al Qaïda et de l'Etat islamique.

Qu’y a-t-il donc derrière cette attaque américaine qui risque d'aggraver le chaos en Syrie ? S'agit-il de politique internationale ou de politique intérieure ? Une simple esbroufe pour montrer qu’il n’est pas l’ami de Poutine qu’on l’accusait d’être ? Une aventure qui ferait plaisir à la fois aux faucons israéliens, dont il a recherché les faveurs déjà par le choix de l’ambassadeur à Jérusalem, et au complexe militaro-industriel ? 

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