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France : Politique en France

Après le grand débat et toujours en attendant Godot, Claude Malhuret fait son show au Sénat

Après le grand débat et toujours en attendant Godot, Claude Malhuret fait son show au Sénat

Le 10 avril, Edouard Philippe a continué le service après-vente du grand débat déjà entamé devant les députés la veille mais devant les sénateurs cette fois. Il a repris les mêmes éléments de discours. Il a ainsi rappelé que la restitution qui avait eu lieu lundi 8 avril avait été « fidèle et loyale selon les propres termes des cinq garants, nous permettant d’apprécier les attentes et les préoccupations des Français dans toutes leurs nuances », au moment où l’on apprenait (car on en apprend tous les jours…) que seulement 50% des contributions non-internet (les fameux cahiers de doléances) avaient eu le temps d’être à la fois numérisées et analysées…

Il a répété, comme pour se disculper à moitié, que « les causes de cette colère ne sont pas propres à la France. On les retrouve en Grande-Bretagne, en Italie, peut-être même aux États-Unis », comme s’il y avait des manifestations de Gilets jaunes dans ces pays.

Le premier orateur à lui répondre a été Claude Malhuret, sénateur de l’Allier et président  du groupe Les Indépendants-République et Territoires. Ce groupe a été créé en octobre 2017, rassemblant 12 sénateurs essentiellement issus des LR et qui ne se veulent « ni suivistes, ni en opposition systématique » mais revendiquent « l’indépendance et la liberté ». Ca ne mange pas de pain et cet œcuménisme politique a sans doute joué dans l’accueil par le Sénat de son intervention qui a été très applaudie à défaut de donner des pistes de décision d’une grande clarté. L’intervention a en effet le mérite d’être haute en couleurs et méritait peut-être d’être retranscrite en intégralité pour le plaisir des lecteurs du Salon beige (on a laissé les commentaires habituels rapportés par les scribes des assemblées parlementaires et concernant les réactions des autres sénateurs). Mais aussi sans doute celui de faire comprendre que le grand débat était en réalité inutile, qu’on savait déjà tout, et que le reste n’est peut-être qu’une question de caractère, d’autorité et de décision politiques au service de la Nation. Voire de grandeur.

Scène de la vie parlementaire et sénatoriale donc. On attend toujours Godot.

Claude Malhuret : « J’ai l’impression d’avoir plus appris ces six derniers mois qu’au cours de 30 ans de vie publique – j’ai entendu aussi plus d’âneries. (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe Les Indépendants, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes RDSE, UC et Les Républicains)

Si « la politique est l’art d’agiter les peuples avant de s’en servir », comme disait Talleyrand (Sourires), nous avons pris une grande leçon de politique de la part des gouverneurs de ronds-points, qui ont réussi à transformer en fureur la colère de quelques dizaines de milliers de personnes et à leur faire croire qu’ils sont à eux seuls le peuple français. (Vifs applaudissements des bancs du groupe LaREM jusqu’aux bancs du groupe Les Républicains).

Il ne reste plus dans les rues le samedi que quelques agités zigzagant comme des canards décapités sur les boulevards, s’enivrant de selfies sur fond de poubelles en feu, en répétant « on ne lâche rien », sans qu’on sache d’ailleurs ce qu’ils tenaient. (Rires et applaudissements sur la plupart des bancs)

Le spectacle est navrant et pourtant, les inquiétudes sont bien réelles. La principale vertu du grand débat, c’est qu’il a remplacé les révoltés des braseros par les élus locaux qui n’ont pas honte d’employer, même si c’est encore bien timidement, deux mots qu’on n’avait pas entendus jusque-là : l’intérêt général.

Pour parler en termes freudiens, les gilets jaunes étaient le Ça, le grand débat l’ébauche du Surmoi…

Reste que les conclusions du grand débat, lettre au Père Noël, et si le président de la République ne veut pas passer pour le Père fouettard, doivent entraîner ce résultat bien français : l’explosion des dépenses publiques ! (Applaudissements au centre et à droite) Le président de la République devra rappeler l’existence du réel : nous sommes les champions du monde des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires ! (Applaudissements sur de nombreux bancs, depuis ceux du groupe Les Indépendants, jusqu’à ceux du groupe Les Républicains)

Ni le constat ni les remèdes n’ont changé depuis 2017. Ils s’appellent réforme des retraites, la vraie, de la fonction publique, de l’assurance-chômage, du code du travail, de l’éducation et de la formation, urgence climatique… Si l’issue du grand débat devait être de l’oublier pour céder à tous ceux qui demandent « des annonces fortes », c’est-à-dire encore plus de dépenses, alors tout est perdu.

Le président a promis d’entendre le grand débat, c’est heureux, mais il va falloir aussi qu’il lui résiste, ainsi qu’à la désespérante tendance de ce pays à tout attendre de l’État. Ce ne sont pas les temps qui sont devenus plus durs, c’est nous qui nous sommes amollis. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes Les Indépendants, LaREM, RDSE, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes UC et Les Républicains)

Il va nous falloir résister tous ensemble aux nuages qui s’amoncellent sur notre démocratie. Les populistes ont tous un point commun : ils prétendent démocratiser la démocratie, rendre le pouvoir au peuple et chasser les élites, responsables du mal. Le problème n’est pas français, il est global. La crise des gilets jaunes est la version hexagonale d’un péril qui s’appelle ailleurs Brexit, Salvini, Erdogan ou Bolsonaro. (Bravos sur les bancs du groupe LaREM) Elle est aggravée par une technologie numérique dont nous pensions qu’elle serait un formidable outil de dialogue, de transparence, d’information et de raison et qui s’est révélée être un redoutable instrument d’intolérance, un cauchemar orwellien dans les pays totalitaires et un déni de la vie privée chez nous, le plus grand vecteur de désinformation jamais inventé et le porteur du pire de l’émotion et de l’indignation. « Nul ne ment autant qu’un homme indigné » disait Nietzsche. Nous sommes atteints d’indignationnisme, au moment même, monsieur le Premier ministre, où certains vous demandent de remplacer la démocratie représentative par la démocratie directe : faire la loi en un clic, comme on s’achète un costume ! C’est la démocratie des réseaux antisociaux, avec FlyRider comme président ! (Applaudissements sur les bancs du groupe Les Indépendants et sur plusieurs bancs des groupes LaREM, UC et Les Républicains)

« La foule est traître au peuple » disait Victor Hugo : derrière le masque avenant du référendum d’initiative citoyenne se cache le visage plein de ressentiment du référendum révocatoire. Je comprends que l’on demande une démocratie plus participative dans une Ve République si… jupitérienne (Sourires), mais il faut trouver un équilibre : entre Montesquieu et Tocqueville d’un côté, Drouet et le boxeur du Pont des Arts de l’autre, je choisis les premiers, même s’ils n’ont pas d’amis sur Facebook ! (Applaudissements nourris sur la plupart des bancs depuis ceux du groupe SOCR jusqu’à ceux du groupe Les Républicains)

Le dégagisme a contribué à l’élection du président de la République. Il en a joué, comme d’autres, et a promis de dégraisser le Parlement, même si la France compte deux fois moins de parlementaires par habitant que la moyenne européenne, non-dit du grand débat.

Le président du Sénat l’a bien compris, qui a accepté le verdict des urnes avec fermeté et discipline républicaine, en disant au chef de l’État que le Parlement était prêt à envisager un plan social, mais pas une hécatombe…(Sourires)

J’ai cru comprendre que les relations du Sénat et de l’exécutif s’étaient… rafraîchies. (Nouveaux sourires) Nous sommes assez expérimentés pour mettre un terme à une guerre qui, à l’heure du bashing des élus, ne ferait que des victimes. Je n’ai pas été transporté par le signalement de hauts fonctionnaires à un procureur. Mais, ce n’est tout de même pas la faute du Sénat si M. Benalla est le seul éléphant au monde qui se promène avec son propre magasin de porcelaine ! (Rires et applaudissements depuis les bancs du groupe SOCR jusqu’à ceux du groupe Les Républicains)

Il faut sortir de cette crise qui fait tant de mal à la France et à son image. Ce sera difficile parce que le dégagisme ne s’adresse pas qu’aux parlementaires, mais à toute la classe politique, président compris, à toute l’administration, haute ou pas et même pour la première fois jusqu’à certains élus locaux. Il faut en sortir ensemble, sans démagogie et sans faiblesse, sinon c’est ensemble que nous serons balayés par les démagogues et les faibles, par tous ceux qui combattront les réformes courageuses dont la France a besoin. (Tandis qu’il regagne son banc depuis la tribune, l’orateur est longuement applaudi sur les bancs des groupes Les Indépendants, LaREM, UC et Les Républicains) ».

Le Salon Beige est visité chaque jour par plusieurs dizaines de milliers personnes qui veulent participer au combat contre la culture de mort et pour la dignité de l’homme.

Je ne souhaite pas que le Salon Beige devienne une galerie commerciale avec des publicités voyantes, mais au contraire qu’il reste un outil de combat culturel.

Le Salon Beige est un lieu où chacun trouve les informations et les argumentaires dont il a besoin pour sa réflexion personnelle. C’est un lieu gratuit et une bibliothèque de référence vivante.

Si chaque personne lisant ce message donnait, notre levée de fonds serait achevée en une heure.

Aujourd’hui, je vous remercie de faire un don de 5€, 20€, 50€ ou de tout autre montant à votre portée, afin que le Salon Beige puisse poursuivre son combat.

Merci,

On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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2 commentaires

  1. “la désespérante tendance de ce pays à tout attendre de l’État”
    Et surtout la désespérante tendance de ce pays à faire croire au monde entier qu’il (ce monde entier) est en droit de tout attendre de la France.
    Rappelez-moi qui avait dit “la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde”? C’était dans les années 80-90, non? En trente ans, l’a-t-on oublié?

  2. C’était un socialiste, Rocard

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