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France : Société

Appel à la résistance linguistique

Une dizaine d'associations signent un appel sur la langue française en France, aussi gravement menacé chez nous qu'au Québec, en Afrique francophone, en Wallonie ou en Suisse romande :

"L'heure est donc venue d'appeler tous les citoyens à la résistance linguistique. Nos associations en appellent au peuple français et à tous les francophones du monde, à tous ceux qui savent ce que la liberté, l'égalité, la fraternité, mais aussi la littérature, la philosophie, le droit et les sciences doivent à la langue des Molière, Césaire, Verhaeren et Senghor. Depuis longtemps, on n'en est plus aux seuls emprunts massifs à l'anglo-américain ; nombre de grandes entreprises s'emploient à basculer au tout-anglais une bonne part de leurs pratiques langagières : "Time to move !" est le titre du programme de mutations que France-Teuleucom impose à ses salariés, ajoutant l'humiliation linguistique à l'effrayante dégradation de leurs conditions de travail. C'est aussi la mode – le "mood" – chez AREVA… Dans la distribution, Carrefour, Auchan… basculent leurs produits et enseignes à l'anglais de bazar, imités par des services publics comme la SNCF, La Poste ou Air France… Loin du programme du Conseil national de la Résistance, la devise du Medef n'est-elle pas "ready for the future" ? Sommet du "dialogue social" : c'est en anglais que les ouvriers de Continental-Clairoix, réunis dans leur cour d'usine, ont appris leur licenciement collectif ! Les choses sont déjà si avancées, tels les fromages forts, que des syndicats de diverses obédiences, CGT, CFTC, UNSA, CGC…, ont dû monter au créneau pour "défendre le droit de travailler en français en France". Voyez aussi les travaux de la recherche scientifique française : des siècles après l'acte révolutionnaire de Descartes publiant en français le Discours de la méthode, ils ne sont souvent plus pensés et écrits par nos chercheurs qu'en anglo-américain, même pas toujours traduits en français. Passons sur la chanson, sur les pubs en anglais qui, aux heures de grande écoute, ciblent surtout les jeunes, les enfants… Que fait le CSA ?

On ne voit que trop qui sert cette politique d'anéantissement linguistique sous son emballage pseudo-moderne : elle sert cette "élite" et ces privilégiés qui, pas seulement à droite, n'hésitent pas à désintégrer leur langue maternelle pour mieux intégrer l'élite mondialisée et ressembler à leurs maîtres ! Les "gens de peu", pour leur part, sont voués à une discrimination linguistique plus forte que jamais. Quant à nos cadres moyens qui croient s'en tirer en ingurgitant le "Wall Street English" promu dans le métro parisien, le basculement au tout-anglais consacre leur aliénation dans un travail de plus en plus dévalorisé. Face aux coups portés, le silence des autorités inquiète. Pis : des ministres approuvent ou annoncent diverses mesures de substitution de l'anglais au français, des petites classes jusqu'à l'enseignement supérieur. Ainsi la nouvelle antenne de Reims de Sciences-Po dispensera-t-elle tous ses cours en anglais. Ainsi Mme Valérie Pécresse semble-t-elle chercher à extraire l'Université du champ de la loi Toubon. Ainsi le chef de l'Etat annonce-t-il que des enseignements fondamentaux du second degré pourraient être dispensés "en langues étrangères" (traduisons : en anglais). De cet arrachage linguistique, c'est peu dire que l'Union européenne, à laquelle ses textes fondateurs font pourtant obligation de défendre les langues nationales, fait peu de cas. Au nom du libéralisme économique, son exécutif s'emploie même à démanteler toute protection juridique des langues nationales, au point que c'est souvent de directives bruxelloises que se prévalent les décideurs français pour contourner la loi.

C'est pourquoi nous exigeons un grand débat national sur la place respective du français et des autres langues, pour que l'assassinat linguistique planifié ne puisse s'accomplir en silence et pour que le peuple souverain se saisisse de la défense de sa langue. L'actuel gouvernement qui glose sur l'identité nationale va-t-il contribuer à enfermer le peuple français dans une langue unique imposée ?"

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7 commentaires

  1. Là encore nos « élites » en délaissant le rôle qu’ils devaient assumer, ont donné l’exemple du non emploi du français, tandis qu’à l’école, on a délaissé voire saboté l’apprentissage de cette langue depuis au moins 40 ans. Devenus grands ceux qui maîtrisent imparfaitement leur langue maternelle ont tout intérêt à se gargariser d’un anglais international basique (d’ailleurs considéré comme très mauvais pour les anglais d’un certain âge qui eux aussi ont vu leur langue appauvrie et maltraitée).
    Par ailleurs dans certains pays eux aussi dépositaires d’une langue « impériale » (ex-Espagne), on a eu tout intérêt à l’utilisation de la langue anglaise pour marginaliser la langue dominante désormais honnie et favoriser une fureur autonomiste qui ne sert pas forcément l’intérêt commun (cf Catalogne où l’anglais est mieux « maîtrisé » par certains que le castillan).
    Cette constatation sur la langue anglaise préférée par les élites qui faisaient d’ailleurs leurs études prioritairement dans cette langue, à la place de la langue du pays (espagnol), je l’avais constaté en Amérique centrale il y a une bonne trentaine d’années. Je n’avais pas imaginé que ce serait à ce point en France, pardon en Europe (la France existe-t-elle encore pour Bruxelles!).
    Une langue commune avec un minimum de mots permet de manipuler des hommes « objets » dociles, interchangeables d’un pays à l’autre, tour à tour consommateurs et éléments de la chaine de production (cf le chiffre d’affaires du « béatifié cathodique » de M.Jackson et les revenus de chanteurs à texte français!). Une langue simpliste ne permet pas de penser et de conceptualiser. Mais c’est finalement ce que cherchent la Super Classe Mondialiste.
    Mais si nous voulons rester des hommes libres nous devons redécouvrir notre belle langue français (même et surtout pour l’instant hors du système scolaire), et nous gardons espoir dans l’Espérance (que les anglophones essaient de traduire la nuance avec Hope!)

  2. Nos « dirigent »continueront à parler Français entre eux et anglais au peuple .Comme le Tzar parlait Français à sa cour et Russe à ses palefreniers (non pas par mépris mais pour être compris)
    Je n’arrive pas à imaginer la disparition du Français à coté d’elle l’anglais est régressif .

  3. C dit :(cf le chiffre d’affaires du « béatifié cathodique » de M.Jackson et les revenus de chanteurs à texte français!).
    Notons que les chanteurs « à texte » (rap) emploient la langue vernaculaire pour exprimer la haine du Français et être mieux compris.

  4. Une langue rayonne si son pays d’origine rayonne, que ce soit en termes économiques, culturelles, militaires…, si ce pays est fier de ce qu’il produit, de ses valeurs et de son art de vivre, et s’il l’assume. Ce n’est pas le cas de la France.
    La langue française a commencé à reculer dans le monde avec la révolution. Aujourd’hui, le drapeau français, excepté pour les diverses coupes du monde, est considéré comme un symbole extrémiste agressif d’exclusion, d’où le succès des symboles régionaux.
    Nos élites culturelles ont honte du drapeau de ce pays, et donc de ses habitants.
    Dans les banlieues, c’est la langue arabe qui a le vent en poupe.
    La langue n’est qu’un épiphénomène.

  5. Un certain Hubert Védrine a dit : « la langue est la matrice de la pensée ». Appauvrissez ou substituez la langue et vous empêcherez le peuple de penser.

  6. La difficulté de nos élites comme des personnes travaillant dans des groupes français ayants une activité internationale, ce qui est mon cas, est de promouvoir le français en premier lieu, tout en ayant la capacité de s’adapter à ses interlocuteurs. Comme l’évoque un commentaire ci-dessus, toutes les cours d’Europe parlaient autrefois français ; mais leur membres parlaient les langues vernaculaires à leurs subordonnés.
    Lorsque je suis en déplacement, je dois bien parler anglais avec mes interlocuteurs s’ils ne parlent pas français (donc je dois apprendre l’anglais et le pratiquer car on ne garde pas la maîtrise d’une langue qu’on ne pratique pas), tout en faisant mon possible pour faire parler français s’ils le parlent un peu, quitte à perdre un peu de temps et d’efficacité dans mon travail. Mais où fixer la limite ? Pas évident..
    Il est en revanche normal que dans les écoles de commerce française à vocation internationale, l’anglais soit étudié puisqu’il sera nécessaire aux étudiants et futurs responsables pour exercer correctement leurs fonctions. Autrement, les postes à responsabilité seront pris par des anglophones et les français auront mécaniquement moins de poids pour faire avancer leur langue.
    Vaste débat donc ; attention à ne pas être réducteur lorsqu’on l’aborde. Faire aimer la France et le français me semble être la seule issue valable.

  7. Bonjour,
    Préoccupée moi aussi par la sauvegarde de notre belle langue et de sa richesse, je m’interroge sur les actions à mener pour la protéger au quotidien (je ne parle pas des pétitions ou des opérations d’envergure nationale, mais d’actions locales).
    Si vous avez des idées à proposer, notamment pour valoriser notre langue auprès des enfants et ados (jen côtoie beaucoup), je suis très intéressée !
    Cordialement

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