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France : Politique en France

Réforme des retraites : régimes spéciaux ou confiscation des cotisations ?

Réforme des retraites : régimes spéciaux ou confiscation des cotisations ?

Après l’article liant le problème des retraites à celle de notre démographie en berne, je livre à vos commentaires ces deux analyses sur la réforme des retraites, contre laquelle une grande manifestation, de la CGT au RN, se déroulera le 5 décembre. La première est celle d’un représentant de la CFTC, la seconde, celle de l’IREF :

Derrière la réforme des retraites, un mécanisme pernicieux est à l’œuvre. Nous en avons déjà parlé dans ce blog ainsi que dans le blog hébergé par la fédération CFTC de la métallurgie. Quel est-il?

En gros : on assiste à la phase 1 d’un scénario voulu par la Commission de l’UE sur pression des lobbies américains en matière de fonds de pension.

Phase1 : affaiblir la portée financière du premier pilier (CNAV) : c’est ce qui se joue actuellement. Le mécanisme envisagé par le Gouvernement se traduira par plusieurs centaines d’euros de retraite en mois, par mois, avec à terme une population croissante de vieux pauvres, très pauvres, incapables de subvenir à leurs besoins par la seule retraite CNAV, dans un contexte de familles éclatées et d’EHPAD à but lucratif. Devant cette impasse, nous verrons re-pointer la question de la fin de vie décente (vous voyez ce qui se cache derrière)

Phase 2 : affaiblir le deuxième pilier (AGIRC ARCCO). Comme pour le premier pilier, la valeur fluctuante du point de service fera que les retraités ne pourront plus être des acteurs économiques fiables, à part entière.

Phase 3 : renforcer les PERCO (3ème pilier), épargne privée collective mais dans sa dimension non paritaire, non mutualiste.

Phase 4 : systématiser le recours à l’épargne privée individuelle (courtiers, banques, supports divers d’épargne).

Pourquoi ? Parce que les Fonds de Pension américains lorgnent sur les flux financiers des retraites de vieux pays comme le nôtre, et qui lui échappent parce qu’ils sont captifs de circuits courts, avec redistribution immédiate (piliers 1 et 2) ; ils veulent aussi réduire les retraites à gestion paritaire et mutualiste, pour diriger l’argent vers des supports privés, assuranciels. Ils veulent enfin que les français (et les autres) placent leurs économies dans LEURS fonds de pension, et, de fait, l’Europe ne dispose pas de fonds de pension aussi puissants et attractifs. Monsieur Gabellieri, lobbyiste à la Commission, avait fait une présentation tout à fait édifiante à la CFTC Métallurgie (Pontcarré, 2018).

Rappelons que ces fonds de pension sont des sociétés d’investissement qui exigent des rendements élevés à court terme pour verser les dividendes à leurs sociétaires : ce sont souvent des prédateurs de l’industrie.

La question n’est pas tant celle des régimes spéciaux, dont certains sont justifiés, et d’autre, injustes parce qu’ils siphonnent les deniers publics. La vraie question est de se battre pour notre système de CNAV solidaire en circuit monétaire solidaire court, parce que c’est aussi se battre pour la pérennité de l’emploi dans les ETI, qui sont la cible privilégiée de ces fonds de pension américains et Canadiens. Ces ETI sont aussi des trésors de technicité et de propriété intellectuelle (brevets). La France exsangue de son argent, de ses emplois, de ses compétences, de son capital intellectuel. Voilà ce qui pourrait être au bout de la logique en cours.

Seconde analyse :

Au temps où la France était encore un grand pays, le Général de Gaulle avait clairement mis en garde le monde financier en l’assurant que “la politique de la France ne se fait pas à la corbeille” de la Bourse. Aujourd’hui où du fait de plusieurs décennies de politiques erratiques, notre pays a perdu beaucoup de sa superbe, on a l’impression que ce Gouvernement ne retient plus du pouvoir que la paille de la communication, en laissant filer le grain de l’autorité qui est l’essence même de sa responsabilité politique. Désormais en effet et on le voit bien pour la réforme des retraites, ce qui compte, ce n’est plus la volonté du Président de la République, pas plus d’ailleurs que celle du Parlement, pas davantage bien entendu l’intérêt général, non ce qui compte, ce qui pèse, ce qui détermine, c’est le pouvoir de nuisance dont disposent certains acteurs essentiellement publics (SNCF, RATP, Énergie, une partie de la fonction publique etc) et accessoirement, mais avec une force moindre, quelques rares entreprises privées (notamment transporteurs mais pas seulement).

Alors que le Haut-Commissaire a pu pendant près de deux ans développer librement ses préconisations en vue de la prochaine réforme des retraites, qu’il a réussi peu ou prou à maintenir le cap jusqu’à leur publication, on voit ces derniers jours le projet s’effilocher, se distendre, s’altérer au point de contraindre le Gouvernement à adopter une démarche de sioux pour finalement avouer – un comble ! – que rien n’est vraiment arrêté, qu’aucune date n’est présentement fixée et que tout pouvait encore se discuter. Presque la réinitialisation complète du disque gouvernemental et fort mou des retraites. La raison de ce changement ? Une première grève de la RATP un peu plus suivie qu’attendu, une autre habituelle de la SNCF et surtout la menace prise très au sérieux d’une grève générale le 5 décembre prochain et brandie par plusieurs syndicats. L’ancien ministre Woerth a raison de s’étonner qu’une telle annonce puisse avoir des conséquences aussi ravageuses, alors que lui-même avait affronté sans broncher des défilés de plus de 2,5 millions de personnes dans la rue et les grèves qui allaient avec. Dépouillant son allure de matamore, le Gouvernement a visiblement pris peur et fortement reculé ces derniers jours : report des délais, discussion des modalités, restriction éventuelle de la réforme aux seuls nouveaux entrants et pourquoi pas – comme le conseille A. Minc- la “retraite en rase campagne” par l’abandon pur et simple de la réforme. Au point que – rumeurs ou pas – beaucoup considèrent désormais qu’après les derniers atermoiements, après les derniers apaisements et que, de toute manière à supposer qu’elle se fasse, la réforme des retraites aura plus que du plomb dans l’aile et qu’elle souffrira de lourds handicaps tant dans sa portée que dans le calendrier de sa mise en application.

On reste abasourdi quand on compare l’intransigeance et la brutalité avec lesquelles ce Gouvernement s’en est pris aux retraités et aux gilets jaunes et la pusillanimité, pour ne pas dire l’inertie, voire même la passivité, dont il fait preuve lorsque ses propres services publics le défient frontalement et ouvertement. Faut-il donc rappeler au Président de cette République, au Premier Ministre et à son Gouvernement l’image désastreuse qu’ils donnent du pouvoir, en perdant la bataille du rail à chaque fois qu’elle s’engage aussi bien dans les trains que dans les métros, ou en regardant, impavide, le principe de continuité du service public sombrer dans l’arrêt des bus parisiens, qui ne peuvent pourtant prétendre représenter, ni bloquer à eux tout seuls la France toute entière ? On s’aperçoit de plus en plus que la peur de la rue commence à faire trembler la main d’un réformateur brusquement devenu très fébrile. Or les services publics sont sous l’autorité exclusive et souvent quasi-directe de l’État. Vis-à-vis de tous les usagers injustement pris en otages, comme de l’ensemble du pays attentif à l’équilibre de la réforme de ses retraites, c’est au pouvoir qu’il appartient de faire immédiatement tout le nécessaire pour reprendre la situation – toute la situation- en main. En commençant par signifier aux syndicats concernés que la politique de la France ne se fait pas sous la menace de hordes de privilégiés, qui exigent que la collectivité nationale continue indéfiniment à se saigner pour leur assurer des avantages que le contribuable ne supporte plus. En effet et parce que les calculs politiques à la petite semaine l’ont trop souvent emporté sur l’intérêt général, cela fait bien trop de temps dans ce pays qu’on ne profite plus tant du bien qu’on peut lui faire que du mal dont on peut le menacer.

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4 commentaires

  1. Comme je l’ai déjà écrit dans d’autres circonstances, JUPITER a été imposé à la France par une oligarchie ploutocratique dont les buts sont :
    – appauvrissement de tous ceux qui ne sont pas de leur monde ;
    – remplacement des Gaulois réfractaires par une submersion migratoire musulmane assistée à outrance au détriment de la population historique ;
    – liquidation des entreprises stratégiques en les bradant à des entreprises étrangères, permettant l’enrichissement de quelques uns des plus hauts dirigeants et l’abdication de l’indépendance nationale ;
    – dilution de la France dans un magma dont seuls les “populistes” tentent de nous protéger en étant vilipendés par tous les bien-pensants.

  2. Comme je l’ai souvent remarqué concernant ce syndicat, l’analyse de la CFTC métallurgie apporte un éclairage puissant et original sur la question. Cette analyse me paraît conforme à la réalité, elle n’est pas réjouissante. Mais l’IREF apporte un peu d’optimisme, hélas dans le sens de la nullité totale de ceux qui nous dirigent actuellement et dont il est urgent de se débarrasser. L’ancien chef d’entreprise internationale que je suis retient à grand peine les milliers de coup de pied au cul qu’il a envie de distribuer.

  3. Le premier article (CFTC) explique bien une des raisons du projet : Des fonds de pension sans frontières lorgnent sur nos retraites.

    Pour le reste, JUPITER est sur tous les canaux en même temps, on n’entend que lui, on ne voit que lui, toutes les semaines jusqu’à saturation.

    À quoi cela sert-il d’avoir 5 canaux d’information si c’est la même image qui passe ? En attendant, les nuages s’accumulent et rien n’est réglé. Surtout pas le problème de la souveraineté de la France et de la liberté des Français de décider en paix.

    La première chose à faire est de supprimer la redevance audio-visuelle qui n’a plus de sens et privatiser France Inter et autres… Mais ceci est un autre sujet.

  4. ils disent qu’il n’y aura plus qu’un seul régime de retraite, même pour les ex ministres ou présidents? j’en doute!

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