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Valeurs chrétiennes : Culture

1968-2018, vers une société sans père ?

1968-2018, vers une société sans père ?

Deux siècles après la décapitation de Louis XVI, ce parricide qui a tué les pères comme l’écrivait Balzac (« en coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille »), 50 ans après Mai 68 et son fameux slogan “Papa pue”, à l’heure de la PMA sans père, c’est-à-dire de la création juridique d’une filiation sans paternité, se tenait hier soir à Paris, dans une salle bondée, une conférence-débat animée par Charlotte d’Ornellas, avec le père Louis-Marie de Blignières, prieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, et Patrick Buisson. L’évènement a été filmé ici.

Le R.P de Blignières a évoqué dans son introduction :

“Le demi-siècle écoulé ressemble fort à 50 ans de travaux pratiques pour éradiquer la paternité”. “On s’ennuie ferme dans la société des loisirs, l’imagination n’est certainement pas au pouvoir.” “Halte à la dhimmitude face à la société de la technique. La société festive enfante le désespoir pour tous”. “Isolement, addiction, ennui, voilà les effets de mai 68. Cette génération ne donne aucune envie de suivre la trajectoire ondulatoire des esprits faux”. “Il faut un renouveau du courage de la virilité.” “Oui, nous devons cultiver ou retrouver la fierté de nos racines françaises, elles offrent plus que beaucoup d’autres le bonheur de servir. Halte aux repentances et bonjour au devoir de transmettre”. “Seules les vertus de vénération peuvent nous sortir du solipsisme suicidaire de mai 68.” “L’article de base de la constitution 68, c’est l’évanescence de la vérité. 1500 ans de pensées réduites en cendres.” “Les mandarins de la deconstruction étaient formés aux humanités. Leurs émules sont illisibles.” “Retrouver la nature de l’homme, voilà une Geste de moderne chevalerie”. “L’amour de tant de mères, le labeur de tant de pères font de nous des héritiers, débiteurs insolvables dès l’instant de notre naissance.” “C’est un sursaut d’amour et de solidarité pour les humbles que notre combat , ce sont eux qui sont d’abord privés de nos trésors”.

Après les remèdes évoqués par le père de Blignières, Patrick Buisson a établi le constat clinique de notre société, expliquant comment nous en sommes arrivés là et rappelant que nous subissons aujourd’hui les conséquences de plusieurs siècles de déconstruction, depuis les Lumières et dont Mai 68 fut un aboutissement, avec l’arrivée de la société marchande et du jouir sans entrave. La libération sexuelle fut paradoxalement l’avènement de la marchandisation du corps, la soumission du corps de la femme aux médecins, aux laboratoires -avec la pilule- et aux pornocrates :

“Mai 68, ne fut finalement en rien un mouvement politique. Ce fut le masque de l’avènement de la démocratie des individus. Mai 68 c’est l’amplificateur et l’accélérateur d’une révolution anthropologique”. “C’est évidement la loi Neuwirth , qui va dynamiter la société patriarcale”. “La femme de 1974 ce n’est pas Simone Veil c’est Sylvia Kristel [actrice porno], la marchandisation du corps féminin était au pinacle !” “La communication est une opération horizontale…. la transmission est une opération verticale ! “

Puis vint la séance de questions, posées par Charlotte d’Ornellas, qui a notamment abordé la question de l’islam, qui devient un refuge pour des Français déboussolés, qui croient y trouver une virilité, une force et un courage disparus de notre société libertaire.

Le père de Blignières a encouragé :

“Il faut absolument cesser d’avoir peur. Le niveau de trouillomètre m’impressionne”. “Il y a un champ considérable et c’est la conversion des musulmans. Beaucoup sont agnostiques ou philo-chrétiens en secret.

Quant à Patrick Buisson, il a mis en garde contre cette volonté d’avoir des résultats politiques immédiats. Il faut transmettre dans le temps, semer à temps et à contretemps, ne pas désespérer de la situation mais ne pas en attendre un renouveau magique :

“Nous assistons à un rejet ontologique du temps, la haine de l’investissement dans le temps.” “La mythologie du Progrès est entrain de s’effondrer ! Grande et bonne nouvelle pour notre époque.”

En effet, si, à la fin du XIXe siècle, la population croyait que le progrès technologique allait accoucher d’une société paradisiaque, la population d’aujourd’hui, et nous le voyons dans l’actualité, sait que demain nous vivrons sans doute moins bien qu’aujourd’hui…

Il a aussi tenu à rappeler que la crise que nous connaissons a été accompagnée et même rendue possible par la trahison des clercs :

“En 68, une minorité agissante et puissante dans l’Eglise de France a constitué une mini-religion éloignée des pauvres pour constituer une forme d’opium des puissants. La crise de l’Eglise est constitutive de la faillite des élites”.

Cette Eglise de nouveaux cathares, qui a voulu purifier la religion en la déconnectant de la nature humaine, en supprimant tous les éléments de piété populaire, des processions aux pardons, en passant par la désacralisation de toute la liturgie.

Le père de Blignières a surenchérit en évoquant son passé agnostique, auquel un certain nombre de clercs ont été intellectuellement incapables de répondre.

“L’abandon du catholicisme populaire par le christianisme progressiste est une image de son incompréhension de la nature humaine.”

Ces pseudo-élites ont montré leur incapacité à nous apporter le bonheur. Patrick Buisson a souligné la très forte consommation de drogues et d’antidépresseurs dans notre société, ainsi que le fort taux de suicides chez les jeunes, alors que le suicide a été de tout temps un phénomène touchant plutôt les personnes âgées. Notre société désespérée attend autre chose que ce qui lui a été vendu depuis des décennies. Les illusions soixante-huitardes sont retombées. Les manifestations des gilets jaunes sont caractéristiques de ce raz-le-bol général. Le père de Blignières a encouragé la salle à ne pas avoir peur d’être réactionnaire et a salué les nombreuses initiatives qui nous permettent de croire en l’avenir de la France, de la création des nombreuses écoles libres (“où l’on apprend”) à la cathosphère…

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