Yves Daoudal et la campagne présidentielle

Dans son hebdomadaire, Yves Daoudal explique pourquoi la campagne de l'intéresse pas :

E"Il y a deux raisons, qui sont liées. La première est que le niveau de la campagne n’a jamais été aussi bas. On ne va pas élire un président de la République, mais un conseiller général dont le canton est étendu à la France entière. Par démagogie, les candidats font semblant de vouloir répondre aux questions de la vie courante. Cela est dû au fait que l’essentiel de la politique est désormais décidé au niveau européen, d’une part, et d’autre part que Nicolas Sarkozy a abaissé la fonction présidentielle en faisant fonction de chef de gouvernement. […]

La seconde raison est qu’il n’y a pas de candidat qui échappe à ce schéma. Naguère il y avait Jean-Marie Le Pen. Mais la candidate qui s’appelle Le Pen n’a rien à voir avec ce candidat-là. Jean-Marie Le Pen charriait en lui toute l’histoire de France, la religieuse et la laïque, la royale et la républicaine, il avait un souverain mépris pour la pensée unique et disait ce qu’il pensait, sans se préoccuper des conséquences, et ce qu’il disait était nourri par la tradition française. Et il osait dire que la politique doit être soumise à la morale et que la morale est le décalogue. Marine Le Pen, quant à elle, occupe un « créneau » dans l’offre politicienne, comme Mélenchon, comme Bayrou, etc. Il y a longtemps, hélas, que je m’en suis rendu compte. Et au cas où je me serais encore posé des questions, Louis Aliot m’aurait définitivement affranchi, le jour où, en réponse à une objection que je lui faisais sur une campagne de Marine Le Pen, il me répondit: « La politique, c’est du marketing. » […] Le contraire même de Le Pen Jean-Marie. Louis Aliot était alors secrétaire général du FN, il est aujourd’hui vice-président chargé du projet. On a pu voir à quel point le « projet » a été changé, pour correspondre au « républicanisme » de la pensée unique. Pour faire partie du jeu de quilles politicien débarrassé d’un Jean-Marie Le Pen qui l’avait trop longtemps perturbé comme un chien fou.

Je dois avouer que je me suis lourdement trompé sur la carrière de Marine Le Pen. J’ai vu de très près son lancement médiatique. J’étais persuadé que les journalistes s’amusaient à gonfler une bulle pour avoir le plaisir, le moment venu, de la crever. J’avais tort. Les journalistes avaient trouvé une jeune femme qui était comme eux, sans autres convictions que l’air du temps, et qui avait décidé d’occuper le créneau reçu en héritage. Cette fois ils étaient en terrain connu. En connivence. Et l’on n’était plus désarçonné par les répliques d’un Jean-Marie Le Pen qui supposaient une connaissance vécue de l’histoire, de la religion, de la langue française, dont ils étaient cruellement dépourvus. Marine Le Pen, c’est le même néant qu’eux, celui-ci repeint aux couleurs d’un vain nationalisme étatiste et laïciste."