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Culture : cinéma

Volontaire, un film atypique, non-conformiste, sensible

Analyse de Bruno de Seguins Pazzis sur le film Volontaire d’Hélène Fillières (2018) :

Sans titreLaure Baer a 23 ans. Déjà largement diplômée, elle se cherche. C’est dans la Marine Nationale à l’école des fusiliers marins de Lorient qu’elle se retrouve un peu par hasard. Sous les ordres du Commandant Rivière, un homme strict et secret, elle apprend la discipline, trouve un cadre, une structure, des repères et se dépouille peu à peu du futile pour se glisser dans la peau d’un soldat. À force de défis silencieux et preuves de sa détermination, elle obtient le feu vert de son supérieur pour participer à un stage d’aguerrissement nécessaire à une formation de commando marine où elle va, solide et persévérante, terminer son apprentissage, trouver sa voie non sans avoir dû surmonter une attirance réciproque avec son officier supérieur. Avec : Lambert Wilson (le Commandant Rivière), Diane Rouxel (l'aspirant Laure Baer), Corentin Fila (l'enseigne de vaisseau Dumont), Alex Descas (Albertini), Jonathan Couzinié (Philippe), Igor Kovalsky (Marchaudon), Hélène Fillières (le Commandant adjoint de l’équipage), Josiane Balasko (la mère de Laure), André Marcon (le père de Laure), Monsieur Fraize (l'enseigne de vaisseau Desmaret), Pauline Acquart (la jeune recrue boudeuse), Sandra Choquet (l'institutrice de l’école navale). Scénario : Hélène Fillières et Mathias Gavarry. Directeur de la photographie : Éric Dumont. Musique : Bruno Coulais.

Hélène s’en va-t’en guerre… Hélène Fillières ne serait-elle pas une femme volontaire ? 46 ans, plus de cinquante rôle au cinéma et à la télévision ((Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall et La Bûche de Danièle Thompson en 1999, Reines d'un jour de Marion Vernoux en 2001,  Lady Chatterley de Pascale Ferran en 2006, Opium d'Arielle Dombasle en 2013), deux long métrages (Une histoire d’amour en 2013). Les seuls avis des quotidiens Le Monde (« On peut éviter »…« Une femme s’engage dans la marine, et le film d’Hélène Fillières vire au spot de recrutement ») et Libération (« Une fantaisie militariste ») donnent envie de courir pour aller voir Volontaire.

Résolument à contre-courant de la production actuelle, Hélène Fillières entremêle intelligemment une histoire d’amour ou de fascination qui restera platonique entre une jeune héroïne et son supérieur quinquagénaire et, au travers de l’apprentissage de ce jeune aspirant Laure, la description minutieuse de l’univers militaire. A partir de cette confrontation inattendue, la cinéaste amène le spectateur au cœur de son propos : l’honneur, la volonté, la maîtrise de soi qui permettent de s’élever au-dessus de soi-même. La réplique décisive fuse environ à la trentième minute dans la bouche du personnage Albertini, le responsable des stages commandos : « Les faibles périront, les forts subsisteront ». Mais pour l’essentiel, la cinéaste, plus que sur les quelques dialogues qui sont réduits au minimum, s’appuie sur les silences, les attitudes, l’expression des visages, les regards et une mise en scène à la fois sobre et efficace, à la limite de l’épure et qui n’est pas sans faire penser à de grands cinéastes classiques comme Robert Bresson ou Michelangelo Antonioni. Très clairement, la place est laissée aux non-dits qui inondent le film d’une pudeur, la même que celle qui nimbe ses personnages. Sur ce point de la pudeur, on regrettera vivement deux scènes dont la contribution et la justification restent à démontrer, ainsi qu’une présentation de l’homosexualité comme un état normal par le biais du personnage de l’enseigne de vaisseau Dumont. Ces deux égarements mis à part, Volontaire se présente comme un très beau parcours initiatique avec son rituel auquel fait écho ceux de l’armée.

Certains peuvent estimer que l’ensemble est empreint de naïveté et manque de réalisme. C’est que la réalisatrice dépasse « volontairement » ce réalisme pour se situer à un niveau onirique. Dans cette ambiance militaire très justement restituée, les tensions émotionnelles, la force des retenues dans l’attirance réciproquement éprouvée par les personnages et la puissance de la volonté sont décuplées, tirant les personnages par leur dépassement au bord du divin. Le jeu des rôles principaux contribue également fortement : la jeune Diane Rouxel (La Tête haute d’Emmanuelle Bercot en 2015) qui tient ici son premier rôle-titre est plus que convaincante avec, non pas sa ressemblance physique avec Marion Marechal, mais une étonnante similitude dans nombres d’expressions, mimiques et regards. Lambert Wilson, sans doute un des meilleurs comédiens de sa génération, est tout simplement impeccable en officier supérieur enfermé dans un profond mutisme, aussi convaincant qu’en supérieur d’une petite communauté religieuse (Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois en 2010) même si ce rôle est moins ardu. Mais surtout, il dégage ici une part de mystère qui fait très vite penser à Pierre Schoendoerffer et Le Crabe tambour (1976). Plus encore, l’univers de l’écrivain de marine Jean Raspail vient à l’esprit : « L’attitude est bien souvent la colonne vertébrale de l’âme ». Au fond, Volontaire, c’est à la fois respectueux de l’institution militaire, promoteur des valeurs d’honneur, de courage et de volonté. C’est-à-dire tout pour déplaire aux quotidien Le Monde et Libération. Atypique, non-conformiste, sensible.

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