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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Vocation : questions à l’abbé Grosjean

Vocation : questions à l’abbé Grosjean

Suite à la publication de son livre, déjà évoqué ici, Le Salon beige a interrogé l’abbé Pierre-Hervé Grosjean :

Vous publiez un petit livre qui évoque notamment la question de la vocation. Dans la crise des vocations que traverse actuellement l’Eglise en Occident, n’est-ce pas un peu “décalé?

Il me semble qu’on a justement besoin d’entendre aujourd’hui une parole qui nourrit l’espérance et encourage. Face aux tempêtes que nous traversons, il est d’autant plus essentiel de revenir au cœur de notre vocation, de notre foi : nous sommes tous appelés à nous donner, à la suite du Christ, à aimer Dieu et servir nos frères. Ce monde a besoin d’être sauvé, et Jésus veut que nous participions à cette œuvre du salut. C’est au fond la seule réponse qui vaille au mal qui se déchaîne, aux chiffres qui s’effondrent, aux difficultés qui s’amoncellent : notre conversion personnelle ! Que chacun reprenne conscience de sa vocation, que chacun prenne au sérieux l’appel à être des saints : « le progrès du bien, la maturation spirituelle et la croissance de l’amour sont les meilleurs contrepoids au mal. » écrit le Pape François (Gaudete et Exultate n°163)

Vous écrivez que, bien davantage qu’une crise des vocations, nous traversons une crise de la foi. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là?

Je n’aime pas cette expression de « crise des vocations ». La jeunesse d’aujourd’hui est tout aussi généreuse que celle d’hier. En fait, en occident, le chiffre des ordinations ne fait que suivre celui des baptêmes ou des confirmations. Il n’y a plus de prêtres parce qu’il n’y a plus de chrétiens. En effet, quand la foi s’attiédit, le sens même de la vocation consacrée n’est plus compris. La question du Salut a peut-être cessé de nous animer réellement. Le prêtre, selon le curé d’Ars, est celui qui « montre le chemin du Ciel ». Si on ne croit plus au Ciel, si on pense qu’il n’y a pas un chemin que l’Eglise doit nous montrer, si on imagine que le Salut est automatique pour tous, quels que que soient nos actes, nos convictions, notre vie… alors on ne comprend plus ce qu’est le prêtre. On ne comprend plus ses renoncements, l’offrande de sa vie, le sens même de cette vie. On ne voit pas pourquoi un homme, une femme donnerait sa vie dans le silence et la prière au cœur d’un monastère. Sans la foi, on ne peut pas comprendre la vie des consacrés, ni la fécondité silencieuse mais réelle de ces vies.

Retrouvons la foi, approfondissons notre désir missionnaire, notre vocation à la sainteté, en commençant par vous et moi… Les vocations suivront. Si nous comprenons à nouveau l’enjeu de chaque vie, si nous comprenons le prix et le poids d’éternité de chaque vie… tout donner pour servir le « oui » de chacun ne semblera plus fou à nos yeux.

Récemment, le sociologue Guillaume Cuchet liait la chute des vocations, des baptêmes, et plus généralement le déclin sociologique de l’Eglise en Europe de l’Ouest, à l’abandon presque total de tout discours sur les fins dernières. Si l’analyse est évidemment fort convaincante, ne court-on pas le risque, en tentant de redresser la barre, de présenter le visage d’une Eglise “mère fouettarde”?

Il me semble au contraire que cette analyse légitime l’expression du Pape François qui évoquait l’Église comme « un hôpital de campagne » dans ce monde devenu un champ de bataille par bien des aspects. Il faut parer au plus pressé : annoncer la miséricorde. Ce monde profondément blessé a besoin de redécouvrir qu’il est aimé de Dieu, de façon inconditionnelle. Il est aimé d’un Dieu qui n’est pas venu pour le condamner mais pour le sauver. L’Écriture nous le proclame à chaque page. La vérité de Jésus-Christ que l’Église veut annoncer est la seule qui peut sauver. C’est l’Espérance qui ne déçoit pas ! A nous tous par contre de progresser dans la façon de l’annoncer, de la partager et d’en témoigner. A nous d’accompagner cette annonce par le témoignage de nos vies. Renoncer à la vérité ne serait pas de la charité, mais une profonde injustice pour tous ceux qui ont besoin de l’entendre. Proclamer cette vérité sans charité ni miséricorde ne ferait qu’écraser ou accabler ceux qui ont au moins le mérite d’écouter ! Ne pas essayer de vivre nous-mêmes ce que nous annonçons ruinerait notre crédibilité.

Je crois au fond que notre témoignage doit surtout encourager. Il s’agit aujourd’hui d’encourager les uns et les autres à se laisser aimer et sauver. Encourager : Donner le courage de dire « oui » au Christ par toute sa vie. Transmettre le courage de le suivre, à contre-courant. Nous avons tous le besoin d’être encouragés – moi le premier – à vivre pleinement notre vocation. C’est le rôle de l’Église, c’est le rôle de chacun de nous. Sans doute dans nos familles, nos communautés, nos paroisses nous pouvons encore mieux le faire, plus explicitement, plus concrètement : la sainteté de mon frère, sa fidélité est confiée à ma prière et à ma charité. Encourageons-nous mutuellement, les uns et les autres. Prêtres et fidèles. Consacrés et laïcs. Familles et célibataires. Jeunes et anciens. Nous sommes confiés les uns aux autres.

Pensez-vous que Dieu appelle toujours aujourd’hui, autant qu’il le faisait aux siècles de chrétienté ?

Les vocations en ces temps-là étaient-elles toutes bien discernées ? Je n’en suis pas certain, mais je ne suis pas non plus certain de l’intérêt qu’il y aurait à comparer les époques. Le risque est toujours de perdre du temps à rêver une époque parfois idéalisée et surtout révolue. Chaque siècle a connu une Église à la fois fragile et belle, composée de pécheurs, avec des lâches et des héros, des saints et des minables. Puisque Dieu nous a choisis pour ces temps, essayons d’être les saints dont cette époque a besoin. Et si nous trouvons ces temps difficiles, c’est le signe que Dieu nous fait vraiment confiance !

Vous écrivez que le mariage est la vocation “naturelle” d’un jeune chrétien. Que voulez-vous dire par là ?

C’est une vocation naturelle pour tout homme et toute femme, dans le sens où cet élan de l’amour conjugal est inscrit dans la nature humaine. Le livre de la Genèse mais aussi l’évangile nous le révèlent. La vocation consacrée est donc une vocation non pas contre nature, mais surnaturelle : il faut un appel du Seigneur pour renoncer à cet amour conjugal, pour un autre amour à la suite du Christ. Le célibat consacré est donc un véritable renoncement, qui peut être crucifiant pour notre nature, mais auquel nous consentons librement, dans une offrande de nous-même, pour servir et être totalement donné à ce service « pour la gloire de Dieu et le salut du monde »… ce qui fait notre joie ! La croix et la joie sont toujours liées. Dieu nous donne la grâce de le vivre ainsi. Le célibat non choisi, vécu par beaucoup de personnes aujourd’hui, est pour la même raison une réelle épreuve. Il y a une attente, un manque, auquel il faudra peu à peu consentir, pour l’habiter là aussi d’un autre amour. Toute vie peut trouver sa fécondité dans le don de soi, d’une façon ou d’une autre : au service d’une cause, du bien commun, des plus jeunes ou des plus fragiles, etc…

Vous publiez aussi de très belles pages sur l’importance des vocations contemplatives. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Je suis très impressionné et très ému en même temps devant ces vocations contemplatives. Ces jeunes qui rentrent au monastère ne verront la fécondité de leur vie, l’utilité de leur vie qu’au Ciel ! Quel acte de foi ! Des parents, et même des prêtres de paroisses ou des religieux apostoliques voient un peu des fruits que porte leur engagement : une famille, les jeunes qui grandissent, les paroissiens qui s’engagent et qui progressent, les vocations qui peuvent éclore, les conversions, etc… C’est le fruit de l’action de Dieu en premier, mais qui aime nous utiliser comme instruments, et qui parfois permet que nous puissions apercevoir un peu de ce qu’Il réalise dans les cœurs… Mais les moines, les moniales eux ne verront rien des effets de ces longues heures passées au chœur à prier les psaumes. Ils ne verront pas combien leur prière au cœur de la nuit porte ce monde. Ils ne sauront jamais ici-bas combien l’offrande de leur vie a pesé dans le combat spirituel que tant et tant ont à mener dans ce monde. Et pourtant ! Je suis certain que nous leur devons beaucoup ! Ils sont nos boucliers, nos paratonnerres, nos soutiens si précieux. La vie d’un moine, d’une moniale est dans sa radicalité un des plus beaux actes de foi qu’on puisse faire… C’est sans doute pour cela que nos monastères sont comme des phares pour nous. Vous ne pouvez pas rester tiède ou indifférent au contact des contemplatifs. Leur vie vous interpelle, vous bouscule et vous interroge, même et surtout si vous n’avez pas la foi. Si vous croyez, alors elle vous bouleverse. Car vous comprenez que c’est pour vous, pour prier pour vous, que cet homme, cette femme un jour a tout quitté. A travers la vie du moine, et au fond de tout consacré, vous comprenez quelque chose du prix que vous avez aux yeux de Dieu.

Ce que je dis là, je pourrais aussi le dire d’une certaine façon des personnes handicapées ou malades, de celles et ceux qui traversent l’épreuve de la dépendance ou d’une vie diminuée par l’âge ou par les épreuves. Sur leur lit de souffrance ou dans leur fauteuil, avec leurs limites, elles ne peuvent être autant « actives » qu’elles l’auraient souhaité. Certains autour d’eux vont même jusqu’à douter de leur utilité. Mais leur vie donnée, leurs épreuves offertes, à travers les hauts et les bas qu’elles peuvent connaître, participent à sauver ce monde. Nous serons surpris au Ciel de découvrir la fécondité de ces vies cachées, offertes, vécues dans la fidélité à aimer jusqu’au bout. Nous leur devons beaucoup. La prière des souffrants, la prière des plus petits, la prière des contemplatifs… voilà le trésor de l’Église ! Je compte beaucoup sur elle…

Nous vivons un changement civilisationnel dont le moteur est culturel. La famille dite traditionnelle - qui est simplement la famille naturelle - diminue massivement en nombre et en influence sociale. Le politique est de plus en plus centré sur la promotion de l’individualisme a-culturel, a-religieux et a-national. L’économique accroît des inégalités devenues stratosphériques et accélère et amplifie le cycle des crises. L'Église est pourfendue; clercs et laïcs sont atterrés.

Une culture nouvelle jaillira inévitablement de ces craquements historiques.
Avec le Salon Beige voulez-vous participer à cette émergence ?

Le Salon Beige se bat chaque jour pour la dignité de l’homme et pour une culture de Vie.

S'il vous plaît, faites un don aujourd'hui. Merci

On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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