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France : Politique en France

Veulent-ils déradicaliser leurs électeurs ?

Lors de son intervention du Lundi 6 février, Alain Juppé, outre ses critiques à l'égard de François Fillon, a pu indiquer que "le noyau dur des militants des Républicains s'est radicalisé". Guillaume Bernard réagit sur Atlantico :

Unknown-7"[…] La droite est traversée par cette dichotomie, les électeurs étant plus authentiquement de droite que leurs élus. Les différents courants classés à droite ont longtemps pu trouver un terrain d’entente, des raisons de s’unir, face à la gauche socialo-communiste. Mais, avec l’effondrement du régime soviétique et la conversion d’une partie de la gauche au libéralisme, les causes de mésentente « à » droite ont ressurgi. La pression idéologique ne vient plus par la gauche mais par la droite. Les idées ontologiquement de droite se redéployent. C’est ce que j’ai proposé d’appeler le « mouvement dextrogyre » (La guerre à droite aura bien lieu, DDB, 2016). Une partie des ténors de la droite l’ont compris et ont accepté de « droitiser » leur discours (ça été le cas de Nicolas Sarkozy avec la « ligne Buisson »). D’autres, tel Alain Juppé, s’y refusent et glissent vers le centre. Ceux qui ont désigné François Fillon à la primaire ont projeté sur lui des idées plus « droitières » que celles qu’il professe vraiment. Mais il n’en demeure pas moins que ce peuple de droite a voulu un candidat identifié comme s’assumant de droite pour prendre une revanche sur la gauche et non constituer, avec elle, une « grande coalition » (comme l’envisageait Alain Juppé et comme l’incarne désormais Emmanuel Macron). […]

Les hommes politiques ont une capacité assez fascinante à épouser un positionnement puis à en changer. A l’automne 2012, dans la campagne pour la présidence de l’UMP qui l’opposait à Jean-François Copé, François Fillon avait cherché à incarner la position modérée. Quatre ans plus tard, à l’occasion de la primaire, il s’est affiché d’une droite assumée face à Alain Juppé. En outre, les hommes politiques instrumentalisent dans leurs discours des notions pouvant être soit polysémiques (chacun y met ce qu’il a envie d’entendre) soit contradictoires (chacun ne faisant attention qu’à ce qui l’intéresse). L’attelage du libéralisme et du conservatisme est intrinsèquement contradictoire, mais chacun peut y trouver son compte.

En s’appuyant sur le résultat sans appel de la primaire et la mobilisation réussie au Trocadéro, François Fillon a joué le peuple contre les caciques, la droite d’en bas contre la droite d’en haut. De fait, il a surfé sur l’atmosphère populiste qui se répand en France et réussi son bras de fer avec les instances de son parti : mises au défi de le forcer à renoncer, elles ont reculé. Mais, cette victoire  ne résout pas la divergence entre son positionnement stratégique et l’état d’esprit d’une partie non négligeable du peuple de droite qui le soutient sans doute moins pour lui-même que contre les autres. Car il a, dimanche soir, au 20 h de France 2 affirmé que son principal adversaire était Marine Le Pen, jetant aux orties la position qu’il avait énoncée en septembre 2013 en affirmant préférer un candidat FN ouvert à un du PS sectaire. Or, c’est justement dans ce peuple de droite qui l’a désigné à la primaire et lui a permis de résister aux pressions pour se démettre qu’il y a les plus grandes proximité idéologique et porosité électorale avec le FN. Il y a, là, une distorsion qui pourrait empêcher que l’érosion de son électorat ne soit stoppée. Car une grande partie de l’opinion publique de droite aspire à une recomposition du spectre politique. Or, François Fillon pourrait la décevoir s’il devait finalement apparaître comme le meilleur défenseur du « système » : désigner Marine Le Pen comme son principal adversaire, c’est dire implicitement qu’il préfèrerait Emmanuel Macron dans un duel l’opposant à la candidate du FN. Or, celui-là incarne un positionnement politique qui, à travers Alain Juppé, a été massivement rejeté lors de la primaire sur laquelle François Fillon s’arqueboute pour défendre sa légitimité de candidat… […]

Le vent de panique qui a pris LR (défection de la campagne, blocage de l’appareil militant) s’explique par la hantise de connaître un « 21-avril » à l’envers. Comme le montre les courbes d’intention de vote, l’affaiblissement de la candidature de François Fillon dans les sondages est réel. Elle peut cependant être relativisée de deux points de vue : d’une part, la certitude du vote en faveur du candidat LR est largement plus élevée que celle qui bénéficie à Emmanuel Macron et, d’autre part, les enquêtes Filteris donnent toujours l’ancien Premier ministre au second tour de la présidentielle.

En tout cas, alors que la victoire de la droite apparaissait comme quasiment inéluctable il y a encore quelques semaines, elle n’est plus du tout certaine. La non-accession au second tour et la défaite au second seraient un très grave revers pour ce parti politique. Il pourrait provoquer, notamment à l’occasion des législatives, son implosion, deux principaux courants se dessinant : d’un côté ceux qui décideraient de rallier l’alliance libérale macroniste et, de l’autre, ceux qui préfèreraient constituer un pôle de droite alternative susceptible de trouver des accords avec le FN.

L’un des principaux enjeux de la présidentielle 2017 est donc le maintien ou la disparition des partis modérés qui, avec des étiquettes parfois fluctuantes, ont gouverné alternativement ou concomitamment (cohabitations) la France depuis 40 ans. Ceux qui voulaient débarquer François Fillon avaient comme principal objectif de préserver l’existence d’un parti devenu fragile car pris en étau entre le FN et la « grande coalition » macronienne qui, à gauche, a dynamité le PS issu du congrès d’Épinay. N’ayant pas réussi à obtenir le retrait de François Fillon, certains semblent se rabattre sur la constitution d’un ticket Fillon-Baroin. Associer un chiraquien (devenu sarkozyste) à l’ancien Premier ministre, c’est chercher à maintenir encore, même de manière artificielle, la cohésion des Républicains, en les rendant solidaires dans la victoire électorale recherchée. A moins que ce ne soit justement la course au centre qui n’entraine la droite à la défaite… […]"

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