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France : L'Islam en France

Une conférence islamique « internationale » organisée à Paris : avec le bonjour de Dr Saoud

Une conférence islamique « internationale » organisée à Paris : avec le bonjour de Dr Saoud

Le 17 septembre 2019, au palais Brongniart à Paris, a eu lieu une « conférence internationale pour la paix et la solidarité », co-organisée par la Fondation de l’islam de France (FIF) et la Ligue Islamique Mondiale (LIM).

La FIF, fondée par Jean-Pierre Chevènement en 2016, est une instance laïque destinée, via des projets en matière profane, à mieux faire connaître religion et civilisation musulmanes. Elle coexiste avec le CFCM, principal interlocuteur de l’État depuis 2003 pour l’organisation du culte musulman et qui représente un peu moins de la moitié des mosquées de France.

La LIM a été créée en vertu d’une décision de la Conférence Islamique Générale tenue à La Mecque (Arabie Saoudite) le 18/5/1962. La Ligue est une ONG (non-gouvernementale mais néanmoins financée par le Royaume d’Arabie Saoudite) représentée dans les organisations suivantes : l’’ONU en qualité de membre observateur au Conseil économique et Social ; l’Organisation de la Coopération Islamique en qualité d’observateur ; l’UNESCO et l’Unicef.

L’aspect « international » de la conférence paraissait très légèrement surestimé, les intervenants étant tous français, sauf (qui sait ?) Cheikh Mohamed Ali Mortada, représentant officiel de l’islam chiite en France et Chiheb M’Nasser, Directeur général de la Fondation de l’Islam de France et dont les patronymes ne sonnent pas directement français… Par contre, était présent le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammed al-Issa, financeur de la rencontre et ancien ministre saoudien de la Justice.

Toujours est-il que c’est à Paris qu’a lieu cette réunion. Etaient aussi annoncés entre autres orateurs Mgr Gérard Defois, archevêque émérite de Lille (NDLR : on ne connaît pas le mandat à l’origine de cette participation), et Tareq Oubrou, le grand imam de la mosquée de Bordeaux.

Nous ne traiterons pas ici de la question de savoir si M.Macron, annoncé dans le communiqué de presse des organisateurs de la manifestation comme étant « attendu », s’est fait enrôler à l’insu de son plein gré ou pas : en effet, on sait que M.Macron est impitoyable avec l’islam politique et qu’il ne cède jamais sur rien. Comme ce 23 juillet 2019 quand la France a voté, avec l’Arabie Saoudite, une résolution du Conseil économique et social des Nations Unies (ce Conseil auprès duquel la LIM a le statut d’observateur), pour désigner l’Etat d’Israël comme « obstacle majeur pour les femmes et les filles palestiniennes en ce qui concerne l’exercice de leurs droits, l’amélioration de leur condition, leur autonomisation et leur participation au développement de leur société »…

Une question plus importante nous paraît être de savoir si on peut raisonnablement s’opposer à une telle manifestation pleine de bons sentiments interreligieux et dont l’objectif est ainsi décrit:

« en ces temps incertains et de foyers multiples de tension de par le monde, la responsabilité des croyants de la famille abrahamique est engagée pour l’avènement d’une paix véritable fondée sur la justice et la fraternité. La Conférence internationale de Paris réunit les instances internationales juives, chrétiennes et musulmanes, en présence des plus hautes personnalités intellectuelles religieuses et laïques, pour affirmer une volonté de rapprochement et de consolidation de leurs liens ».

Ne faut-il pas faire confiance ?

Et c’est vrai : que de bonne volonté apparente.

Si on se réfère à la présentation de la LIM sur son site, on voit qu’elle « rejette et condamne toutes les formes de violence et de terrorisme et encourage au dialogue entre les adeptes des différentes religions et cultures ».  Son objectif (seulement septième dans la liste) est de « Répandre le bien et la vertu dans le monde ».

Et lors de son dernier Congrès à Mina, près de La Mecque, (août 2018), les membres de l’Organisation Islamique Mondiale des Savants Musulmans n’ont-ils pas discuté lors d’une conférence intitulée: L’Islam: Message de paix et de modération ?

Et Mohammed Al Issa, opportunément à la fois le Secrétaire Général de la Ligue Islamique Mondiale et le Président du conseil d’administration de l’Organisation Islamique des Savants Musulmans n’a-t-il pas pris la parole à l’ouverture de cette conférence pour mettre l’accent sur l’importance de la fraternité, de la solidarité islamique (NDLR : seulement islamique ?) et de la nécessité de traduire le message universel et pacifique de l’islam dans les œuvres et la bonne conduite à nous tous, en tant qu’individus et au niveau des institutions ? Et les participants au congrès n’ont-ils pas affirmé que « le message de l’islam est un message universel, faisant appel à la paix, à la coexistence et la coopération humaine avec tous» ?

En outre, cette conférence parisienne devait être l’occasion pour la LIM de présenter la Charte de la Mecque signée en mai 2019. Texte présenté comme articulé autour de la « modération et la tempérance » qui seraient les caractéristiques de l’islam désormais promu par les Wahhabites saoudiens «. Pour sa rédaction, l’Arabie saoudite avait réuni plus de 1 200 érudits musulmans venant de 139 pays et représentants « 27 composantes islamiques de sectes différentes » (sic), ees signataires de la Charte se disant

«partie intégrante de ce monde dans son interaction culturelle, cherchant à communiquer avec tous ses composants au profit de l’intérêt de l’humanité, à promouvoir ses valeurs nobles, à construire des ponts d’amour et d’harmonie humaine, à lutter contre les pratiques de l’injustice, des clashs des civilisations et des inconvénients de la haine».

Et puis, le clou de la journée devrait être la signature d’un Memorandum de compréhension et d’amitié entre les trois religions monothéistes. Le Pape avait certainement déjà largement déblayé le sujet en février 2019 lors de la signature à Abou Dabi d’un Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signée avec le grand imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb.  Mais il manquait le judaïsme, alors même qu’on connaît le négationnisme ordinaire des pays de l’Organisation de coopération islamique auprès de laquelle, on le rappelle, la LIM a un statut d’observateur et dont l’Arabie saoudite est membre….

Là, « pour la première fois dans la Ville Lumière, va être proclamée haut et fort une condamnation sans équivoque du terrorisme islamiste, de l’obscurantisme, du salafisme », a affirmé à l’AFP Ghaleb Bencheikh  président de la FIF. Obscurantisme ? Tiens, ça nous rappelle, en novembre 2017, lors de l’inauguration du Louvre d’Abu Dhabi, la déclaration d’E. Macron (l’intraitable). Le président français a déclaré qu’il voyait le musée comme «une réponse que la France doit donner face à l’obscurantisme », et qui a ajouté :

« ceux qui veulent faire croire que l’Islam se construira en détruisant les autres religions monothéistes sont des menteurs ».

Que du bonheur, donc.

Et pourtant… Pourtant, quelques faits résonnent comme des avertissements.

Le secrétaire de la LIM qui vient donner des leçons de tolérance et de modération, Mohammed bin Abdul Karim Al-Issa, est l’ancien Ministre de la justice saoudienne.  Dans un article du FigaroVox du 16/09/2019, Michel Taube rappelle

que Mohammed Al-Issa a à son actif plus de 500 exécutions capitales lorsqu’il était ministre de la justice de l’Arabie saoudite de 2009 à 2015 (NDLR : rapporté à la population totale, ça correspond à peu près à 1000 exécutions en France) et d’innombrables ordres de torture dont la condamnation du célèbre Raif Badawi à 1 000 coups de fouet. Ceci d’autant plus que le Code pénal sur lequel s’est basé Daech pour semer la terreur en Syrie et en Irak, c’est le Code pénal de l’Arabie saoudite que Mohammed Al-Issa a scrupuleusement appliqué pendant des années!… Une frénésie d’exécutions a repris en Arabie saoudite depuis 2015 et plus intensément en 2019 , des militantes féministes y ont été arrêtées et torturées , une sale guerre, menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, se poursuit et s’intensifie au Yémen. Les Imams saoudiens continuent à prêcher l’antisémitisme, l’homophobie et la haine des mécréants. Des crucifixions sont encore pratiquées en Arabie saoudite, les Églises et les temples y sont interdits de cité, au nom d’un islam wahhabite le plus rigoriste ».

Et d’ailleurs, le délégué général du Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri, commente :

« Coupez la queue à un serpent, il reste un serpent. Nous ne voulons pas cautionner la Ligue islamique mondiale, qui a soutenu les fondamentalistes ».

Et puis, sur le site internet de la LIM figure une photo du Grand Mufti du Royaume d’Arabie Saoudite, Cheikh Abdelaziz Al Cheikh, durant le congrès de la LIM à Mina (2018), avec comme légende :

« Le Royaume [d’Arabie saoudite] est le meilleur exemple de simplicité religieuse et de modération islamique » !.

Et puis, si l’on revient aux objectifs de la Ligue, le premier est « Promouvoir l’Islam, son dogme, sa législationet sa ligne de conduite ». Et le deuxième «  Œuvrer à la réalisation du message de l’Islam ; aider à la fondation d’une société islamique sur les bases de la tolérance prônée par l’Islam et où les droits de l’Homme seraient respectés ». Et le troisième : « Expliquer et propager les enseignements de l’Islam ».

Et pour ce qui concerne ses Moyens d’action :

« La Ligue fera usage de tous les moyens à sa disposition pour réaliser ses objectifs tant que ceux-ci ne sont pas en contradiction de la législation islamique.

1-Appeler à appliquer les règles de la législation islamique au niveau individuel, collectif et national, en se référant au Saint Coran et à la Sunnah pour résoudre les différends.

2- La coordination entre les efforts des acteurs de l’action islamique enfin que chacun puisse profiter de l’expérience des autres.

3- Contribuer à renforcer le rôle des mosquées et intensifier leur construction ».

Et il y a aussi le Conseil  de la Jurisprudence Islamique, affilié à la Ligue Islamique Mondiale. Ce conseil « œuvre pour concrétiser les objectifs suivants :Apporter la preuve évidente de la supériorité de la Chari’a sur les autres législations, la mise en évidence de son caractère universel et démontrer qu’elle est capable d’apporter des solutions adéquates aux problèmes auxquels est confrontée la Nation Islamique dans tout endroit et à toute époque » Et « la propagation de la jurisprudence islamique ».

Et puis, Valeurs actuelles rappelait utilement que c’est cette même LIM qui, aux côtés de l’UOIF et de la Grande mosquée de Paris, avait porté plainte contre Charlie Hebdo en 2007 après la publication des caricatures de Mahomet et qui était partie civile en 2002 contre l’écrivain Michel Houellebecq accusé d’incitation à la haine religieuse.

Et puis, parmi les décisions prises lors du Congrès de Mina, à l’alinéa 6, il est rappelé : “ALLAH ne vous interdit pas d’être bons et justes envers ceux qui ne vous ont pas combattu pour votre religion et ne vous ont pas sorti de vos demeures » (NDLR : relisez bien une deuxième fois…). Et puis on y apprend que « l’Islam ne s’est propagé que grâce à la justice, la miséricorde, la bonne parole, le bon exemple, la libération des esprits et l’unité des cœurs ». Et rien de ceci ne nous apparaît franchement attrayant.

Et puis, le 5 juillet 2019, le ministère de l’intérieur a publié un arrêté portant interdiction de vente aux mineurs, de publicité et d’exposition d’une publication, l’ouvrage Apprendre le Tawhid aux enfants, qui comprend des propos susceptibles d’inciter à la discrimination ou à la haine envers les personnes ne pratiquant pas l’islam wahhabite promu par l’ouvrage, cet islam wahhabite qui est l’islam officiel de l’Arabie Saoudite, ce pays qui finance la LIM.

Et puis, au-delà de ces éléments partiels mais néanmoins significatifs, il y a une mise en perspective structurée fournie par le livre de Pierre Conesa Dr.Saoud et Mr.Djihad – La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite, édité en 2016 et préfacé par Hubert Védrine.

Ce livre se définit comme une analyse de sciences politiques et de relations internationales qui tente de démontrer que, dans ce régime théocratico-tribal, la diplomatie d’Etat destinée à sauver le règne des Saoud et la diplomatie religieuse vouée à propager le wahhabisme (très tôt appelé salafisme) sont dialectiquement liées. Et la diplomatie religieuse a abouti à faire que le wahhabisme, dénoncé comme une dérive sectaire par les différentes autorités religieuses dès sa formulation et au fur et à mesure de la constitution du régime saoudien, a pu devenir l’islam quasi dominant.

Cette diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite a d’ailleurs été systématiquement favorablement accueillie par les occidentaux parce qu’elle paraissait antinassérienne et antisoviétique.

L’auteur souligne en premier que l

islam est l’axe de la politique étrangère du royaume décidé par Faysal et que cette politique est planétaire. Dès 1956, le prince et futur roi Faysal déclare officiellement que l’islam [dans sa variable wahhabite exclusive évidemment] doit être au centre de la politique étrangère du Royaume. Ce principe est confirmé par l’article 23 de la loi fondamentale promulgué en 1992 qui maintient le principe de la da’awa, c’est-à-dire l’obligation de propager l’islam : « L’Etat protège la foi islamique et applique la Charia islamique. L’Etat impose le bien et combat le mal ; il accomplit les devoirs auxquels l’appelle l’islam ».

Selon le livre, la Wamy, World Assembly of Muslim Youth, créée à Djeddah en 1972, avec pour objectif d’éduquer la jeunesse selon les préceptes de l’islam authentiquea été soupçonnée comme d’autres ONG saoudiennes de favoriser le transit de fonds destinés au terrorisme sous couvert d’aide humanitaire. Et 28 pages du rapport parlementaire américain concernant l’attentat du 11 septembre 2001 ont été supprimées par l’administration Bush pour « raisons de sécurité nationale » : elles démontraient la participation directe du gouvernement saoudien dans le financement de l’opération.

L’auteur rapproche ensuite wahhabisme, salafisme et système des Frères musulmans : il constate d’abord

« la totale similitude entre salafisme et wahhabisme sur le plan des idées politiques : ce sont des totalitarismes à base religieuse. Le salafisme qui n’appelle pas explicitement à la guerre, on le nomme « salafisme quiétiste ». Penser qu’il existerait un salafisme « quiétiste » tolérable est à peu près aussi aveuglant que penser que le nazisme pouvait avoir une forme pacifiste et tolérante, ou qu’il pouvait exister un communisme démocratique ».

Wahhabisme et salafisme sont totalement identiques sur le plan idéologique : sectarisme, intolérance, antisémitisme, misogynie, refus de la démocratie, obscurantisme, haine de l’Autre.

Il rappelle enfin que l’Arabie saoudite a été une terre d’accueil pour les Frères musulmans :

« L’arrivée des Frères musulmans a apporté ses hommes à l’Arabie saoudite dépourvue de cadres (beaucoup d’enseignants Frères musulmans chassés par Nasser dans les années 1960 se réfugient en Arabie Saoudite). Le système de soft power saoudien est d’abord un système frériste. Soft power complet : politique publique, grandes organisations internationales, ONG, fondations privées, universités et bourses pour étudiants étrangers   456 universités, surproduction de diplômés des universités islamiques et à l’origine de l’OCI (organisation de la conférence islamique).

Il ressort ainsi des estimations de l’auteur que

« Riyad a dépensé autant d’argent pour son action religieuse extérieure que pour ses achats d’armement ces dernières décennies… Certains estiment à 200 Milliards de $(B$) en trente ans la totalité de l’assistance financière de l’Arabie saoudite pour créer des madrasas, mosquées et autres lieux en Europe et dans le monde arabe. L’ancien directeur de la CIA, James Wolsey, en 2005, estimait que les Saoudiens avaient dépensé près de 90 B$ depuis 1975 pour exporter l’idéologie islamique dans le monde. Estimation de 5 B$ pour la LIM par an plus des dons royaux directs ou autres contributions privées, on peut conclure que le pays dépense autant pour ses importations d’armement (moyenne annuelle lissée de 7 à 8 B$) que pour le soutien à l’islam dans le monde (moyenne annuelle sur une base décennale de 5 à 7 B$)

(Par comparaison, le budget annuel du Vatican s’élèverait à 250/300 M€ plus un autre budget pour des œuvres de charité dont le Denier de St Pierre qui rapporterait quelques dizaines de millions d’euros).

Un des premiers actes de cette politique étrangère a été le lancement de la LIM en 1962 : « nous, Etats membres, affirmons notre conviction qu’il ne saurait y avoir de paix dans le monde sans l’application des principes de l’islam ». La Ligue islamique mondiale, bras armé de la diplomatie religieuse du royaume, est donc l’élément central de ce soft powerdécrit par l’auteur.

Cela rappelle assez le rôle joué par le Congrès mondial des partisans de la paix (tiens ! tenu lui aussi à Paris) et à sa suite la naissance du Conseil mondial de la Paix, au profit de l’Union soviétique et de l’expansion du communisme. Le livre fournit d’ailleurs un sous-chapitre au titre évocateur : « L’ « industrie idéologique wahhabite » : soft power américain dans la structure, soviétique dans la méthode »(p.97). 

Le livre fournit quelques exemples d’actions (et on peut ainsi trouver dans la LIM l’une des origines d’unecoordination pour l’expansion musulmane. Par exemple, en août 1991, la LIM avait organisé une rencontre à Washington dont le thème était « Elaborer des stratégies pour introduire la charia au Canada et aux Etats-Unis ») :

En quelques décennies, la LIM aurait financé la construction de plus de 7000 mosquées ou lieux de culte associés à une bibliothèque. Le chiffre est confirmé d’ailleurs dans un article du Journal du musulman, mais date de 2013 : la ligue islamique mondiale a procédé à la construction de plus de 7000 mosquées dans 37 pays d’Asie et d’Afrique).

Dans les pays officiellement multiculturalistes (comme le Royaume-Uni), l’action de la LIM passe d’abord par les écoles (madrasas au Royaume-Uni) et le deuxième axe d’intervention est la revendication de tribunaux islamiques . Dans les pays laïcs comme la France, la Ligue finance mosquées, écoles et centres culturels (Lyon, Evry). Et maintenant, la FIF ?

La Ligue mène des actions de mécénat pour des universités par le financement et la création de chaires : Santa Barbara en Californie, faculté de droit de Harvard, Ecole des études orientales à l’université de Londres, Duke University en Caroline du Nord, Yale University pour un Center of Islamic Law and Civilization…

Dans le même registre, en 1969, le roi Baudouin en remerciement à l’Arabie saoudite de l’aide versée aux victimes de l’incendie du grand magasin L’Innovationaccepta l’installation du Centre islamique et culturel de Belgique sous le contrôle de la LIM à Bruxelles. Plus tard, le CICB devint le siège européen de la Ligue islamique mondiale…. En mai 1978, le roi Khaled obtient par le biais du Pacte scolaire des subventions permettant de rémunérer six cents enseignants religieux dans le primaire et le secondaire… Institut de formation d’imams inauguré en 1989 ; plusieurs librairies islamiques. Centre d’éducation et culturel de la Jeunesse créé en 1998, avec sa propre imprimerie. Le CICB a joué un rôle essentiel dans la diffusion du salafisme en Belgique tout au long des années 1980.

La propagation des idées passe beaucoup par la formation d’imams dans les universités saoudiennes puis leur « exportation ». Le salafisme est ainsi introduit en France par deux imams algériens de la mosquée du Boulevard national à Marseille, et ayant étudié à l’université islamique de Médine.

En conclusion, P.Conesa constate :

« La diplomatie religieuse saoudienne est quasi-planétaire. Soft power, mélange de système américain par la multiplicité des acteurs publics et privés agissant dans le même sens et de capacité propagandiste à la soviétique par son idéologie inoxydable et sa politique de formation de commissaires politiques du salafisme…..

Personne ne semble disposer aujourd’hui de la puissance diplomatique pour faire changer la diplomatie religieuse de Riyad. Les Américains ne le veulent pas, aucun des pays européens n’en a les moyens seul, sauf à risquer de se faire sanctionner économiquement par Riyad, à la satisfaction cynique des autres. Peut-être la diplomatie « européenne » devrait-elle se faire entendre sur ce sujet ‘intérêt collectif…. Existe-t-il une diplomatie européenne capable d’une position cohérente face à un tel danger ? » (NDLR : vous savez, cette Europe qui protège…)

Deux aspects restent à traiter :

Le premier, c’est une concurrence de leadership au sein du monde musulman à laquelle doit faire face  l’Arabie saoudite : montée en puissance de l’Iran chiite, avec des appuis au Yemen et peut-être au Qatar ; Frères musulmans qui ont été expulsés d’Arabie saoudite pour avoir soutenu Saddam Hussein contre l’arrivée des troupes occidentales lors de la guerre contre l’Irak menée par G.Bush père ; Daechenfin, et ses avatars, qui prétend aussi prendre la tête de l’oumma sur l’ensemble du monde arabo-musulman et représenter l’islam.

Le deuxième, c’est le dialogue interreligieux : ne serait-il pas raisonnable de se contenter d’un dialogue entre communautés humaines ? Qu’apporte le dialogue interreligieux avec l’islam, sauf à voir les autorités catholiques se complaire dans des discours humanistes, reprenant le vocabulaire musulman quand c’est possible et évacuant la foi catholique ? Après tout, l’Arabie Saoudite, sans doute le pays le plus intolérant de la planète se paye même le luxe d’avoir créé le King Abdullah Bin Abdulaziz International Center for Interreligious and Intercultural Dialogue(KAICID).

Prenons quelques exemples récents au-delà des déclarations du pape François lors de son récent voyage en pays musulmans déjà référencé plus haut.

Sur le site de la Conférence des évêques de France, au chapitre des relations islamo-chrétiennes, le voyage du Pape en Egypte les 28 et 29 avril 2017, sous le titre « Joie, fraternité, dialogue et espérance », donne matière au compte-rendu ci-après :

« Pendant deux jours, la capitale égyptienne a vécu un événement tout à fait exceptionnel puisqu’elle a vu se rencontrer un nombre très important de responsables religieux de différentes traditions…  Comme l’a souligné le Patriarche de Babylone des Chaldéens, S.B. Louis Raphaël I Sako, « le Pape François, par ses discours et ses gestes, a ouvert de nombreuses portes : à l’islam, aux autorités politiques, entre les chrétiens…  Les chrétiens étaient contents. Les musulmans étaient contents eux aussi, parce que le Pape a fait des pas et des gestes qu’ils n’imaginaient même pas, comme lorsqu’il a longuement embrassé le grand imam Ahmed al Tayyib, et l’a appelé frère ».

Et les musulmans, ils ont ouvert quoi ? On ne le saura pas. Et sauf que dans son Discours  aux participants à la conférence internationale pour la paix (déjà !) au Centre de conférences Al-Azhar au Caire, le Pape a cité 22 fois le mot Dieu (très convenable pour tout musulman) mais jamais ceux de Christ, Jésus ou résurrection.

Sur le même site est proposée une sorte de parabole moderne Le Pain de l’espérance, contée par un Français vivant au Maroc, au moment de la visite du Pape à Rabat, en mars 2019. Il y décrit l’ouverture d’espritde la famille Ahardane (musulmane), qui l’héberge souvent ainsi qu’un jeune garçon musulman et orphelin, Hammou Ahardane, qu’il appelle son filleul :

« L’ouvertured’esprit de la famille Ahardane se manifesta autour de Pâques 2018. A cette occasion, j’ai pris l’habitude, comme le veut la tradition en France, de cacher des œufs en chocolat à travers la maison et de lancer les enfants dans une quête de ces gourmandises. Or mon filleul finit par m’interroger : « Mais Pâques, ce n’est pas que des œufs en chocolat, n’est-ce pas ?— Non, répondis-je. Après les prières on sacrifie aussi un agneau comme vous le mouton de l’Aïd el Kébir.Et on le mange en famille ». Ce dimanche-là, la famille Ahardane me fit la surprise de sacrifier pour moi un mouton de belle taille dont nous nous régalâmes tous ensemble ».

Le dialogue interreligieux en mode gastronomique. Cela simplifie le contenu dogmatique…

Et ensuite, les participants au Congrès de Mina ont pu

« louer les voix justes et équitables parmi les non-musulmans qui se sont exprimé en affirmant que le terrorisme est une tendance criminelle qui n’a aucun lien avec une religion ou un pays et que l’Islam est innocentet que l’extrémisme est une tendance éphémère adoptée par certains adeptes de toutes les religions, tout en louant plus particulièrement la prise de position juste et équitable du Vaticanaprès les derniers attentats terroristes perpétrés en Europe » !

Soyons réalistes : Il n’est bien sûr pas certain que ce vœu d’un arrêt d’un dialogue interreligieux avec l’islam soit exaucé puisque la Conférence internationale de Paris doit être suivie d’une Rencontre au Collège des Bernardins le 25 septembre pour faire le point sur les relations islamo-chrétiennes dans le temps et dessiner des perspectives d’action et de coopération pour l’avenir.

Et maintenant ? On a appris sans surprise au soir du 17 septembre que :

« Condamnation de “l’islam politique”, respect de la liberté de conscience: à Paris, des responsables de différents cultes et de la Ligue islamique mondiale (LIM) ont prononcé mardi des déclarations d’intention pour lutter contre l’extrémisme et le fanatisme, qui demandent désormais à être suivies d'”actes” concrets.

Un “memorandum d’entente et d’amitié” entre les trois religions monothéistes a été signé entre le grand rabbinat de France, le Conseil d’Eglises chrétiennes en France (catholiques, protestants et orthodoxes) et la Ligue islamique mondiale, dans lequel ces trois parties se sont engagées à “promouvoir la liberté de conscience et la liberté religieuse”.

On a eu droit à Dr. Saoud. Tout le reste demeure.

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