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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Un évêque parle… (4)

Un évêque parle… (4)

A l’occasion de la sortie du livre “Pour l’amour de l’Eglise” qui consiste en une série d’entretiens avec Mgr Bernard Fellay réalisés avec Robert Landers de 2016 jusqu’au début de l’année 2019, le Salon Beige a obtenu l’autorisation des éditions Via Romana d’en publier quelques extraits.

Quel est le plus grand problème du monde contemporain ?

L’oubli de Dieu est le drame de notre époque. Dans l’Évangile, Notre Seigneur pose la question. Lorsque le Fils de l’homme reviendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? La question est vraiment actuelle. L’oubli de Dieu a des conséquences effroyables. Sans Dieu, il manque l’essentiel et la fin. L’homme ne trouve plus de réponses aux questions qu’il formule. Quand l’homme ne sait plus s’il existe un Dieu, il ne comprend plus le sens de la vie. Les débats sur l’euthanasie sont significatifs. Pour beaucoup de nos contemporains, la vie est absurde, si elle s’accompagne de souffrances. La vie mérite d’être supprimée, dès lors qu’elle dérange. La banalisation de l’avortement le montre tristement. En outre, ayant oublié Dieu, l’homme se recroqueville sur lui-même. N’étant plus orienté vers Dieu, son bien suprême, l’homme se prend pour sa fin et devient un monstre : un monstre de sensualité, un monstre de haine, un monstre de tyrannie… Dieu est amour. Lorsque l’homme s’éloigne de Dieu, il s’éloigne de l’amour et vit dans son égoïsme.

Et cet oubli de Dieu accompagne l’idolâtrie des biens de la terre, bien souvent. Il y a comme un remplacement…

Tout à fait. L’homme n’est pas sa propre fin. Il est un être créé. Sans doute, l’homme essaye d’échapper à son Créateur. Cependant, quoi qu’il fasse, il restera dépendant. S’il refuse d’être dépendant de Dieu, il deviendra esclave de l’argent, du pouvoir, du sexe…

C’est donc l’inversion de la notion de liberté ?

Oui, l’homme se croit libre, mais en fait il s’enchaîne.

Et comment définir la liberté ? La vraie liberté ?

La liberté est un don de Dieu qui permet à l’homme de choisir les moyens appropriés pour atteindre sa fin. Nous ne sommes pas libres par rapport à notre fin. Beaucoup pensent le contraire, mais c’est une erreur. L’homme n’a pas choisi d’avoir deux bras et cinq doigts à chaque main. De même, il n’a pas de liberté par rapport à la fin que lui a donnée son Créateur. En revanche, il a le pouvoir de choisir les moyens qui lui permettront de parvenir au bonheur. Il revient à l’homme de trouver la voie qui permettra à son humanité d’atteindre sa perfection et de s’épanouir pleinement. S’il fait un mauvais choix et use mal de sa liberté, l’homme doit en assumer les conséquences. J’aime utiliser cet exemple : lorsque je conduis une voiture, je peux prouver ma liberté en refusant de faire le virage et en allant tout droit dans l’arbre ; cependant, lorsque je suis rentré dans l’arbre, ma liberté n’est plus là… (rires). Faire un mauvais usage de sa liberté, c’est la détruire.

Et quel est pour vous le plus grand frein à l’union à Dieu ?

Le péché sépare radicalement de Dieu. En outre, la routine, la négligence et l’activisme entravent l’union à Dieu. À son époque, Léon XIII dénonçait ce qu’il appelait l’américanisme, c’est-à-dire la part trop peu importante accordée aux vertus passives dans la vie chrétienne eu égard à celle donnée aux vertus actives. Voyez : l’humilité et l’obéissance sont des vertus passives qui ne sont pas liées directement à l’action apostolique. Cependant, elles la préparent et l’accompagnent, en établissant le contact avec le bon Dieu. En revanche, la miséricorde est une vertu active qui nous pousse à aller vers les autres. Évidemment, les vertus passives et actives sont complémentaires. Nous ne devons pas privilégier les unes aux dépens des autres. Si nous négligeons les vertus passives, nous risquons de devenir ce que saint Paul appelle un airain qui sonne.

En des pages inspirées, Dom Columba Marmion fait de l’humilité une vertu capitale du religieux. Comment définiriez-vous, si je puis dire, l’humilité ?

Cette vertu nous met à notre juste place devant Dieu. L’humilité est indissociable de la vérité. Elle nous amène à reconnaître la grandeur et l’excellence de Dieu, en nous rappelant que nous avons tout reçu de Lui. L’humilité nous conduit à accepter sans murmure que quelqu’un nous dise : « Tu ne vaux rien, tu ne sais rien ». C’est très dur ! Celui qui est fâché et vexé d’être rabaissé n’est pas vraiment humble.

Et cela a des conséquences dans les relations avec les autres ?

Oui, immédiatement, car le contraire de l’humilité est l’orgueil. Souvent, nous avons l’amour de notre propre excellence, et nous cherchons à nous imposer, voire inconsciemment à dominer. Au contraire, une personne humble est ouverte à l’autre. Elle laisse parler, elle écoute, elle sait apprécier ce qui lui est dit. Elle trouve toujours quelque chose à apprendre ou recevoir des autres, parce qu’elle se considère petite devant Dieu. L’humilité transforme nos rapports avec le prochain.

Et quel pourrait être le moyen pour entrer pratiquement dans cette voie d’humilité ?

Je crois qu’il faut porter un regard vrai sur Dieu. Il faut considérer la grandeur de Dieu et ses attributs, puis observer en comparaison notre faiblesse, notre « nullité ». Nous sommes peu de chose devant le bon Dieu.

Au fond, quelle est votre définition du bonheur ?

Le vrai bonheur, je dirais, c’est posséder Dieu, être uni à lui, avoir l’âme en paix. Dès ici-bas, nous pouvons jouir de ce bonheur qui dépasse toute intelligence. L’âme en état de grâce le goûte déjà. Les tribulations, les difficultés et les peines qui sont le lot de la vie sur terre n’empêchent pas ce bonheur, car elles n’entravent pas l’union à Dieu. La clef du bonheur est là. Si quelqu’un vit vraiment avec Dieu, il trouve le bonheur…

Le pape Benoît XVI disait : « Beaucoup d’entre vous portent autour de leur cou une chaîne avec une croix. Moi aussi j’en porte une, comme tous les évêques d’ailleurs ; ce n’est pas un ornement ni un bijou, c’est le symbole précieux de notre foi, le signe visible et matériel du ralliement au Christ ». Comment réagissez-vous à cette réflexion ? Le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X porte-t-il des croix ?

Ah oui, tout à fait ! Non seulement il porte la sienne, mais il porte celle des autres. Saint Paul dit que l’évêque doit rendre compte à Dieu des âmes qui lui sont confiées. Il évoque la sollicitude de toutes les Églises. C’est une charge lourde et écrasante. Le salut de milliers d’âmes dépend de l’évêque. Elles sont suspendues à son action. L’évêque souffre, lorsqu’il voit des âmes s’égarer. En outre, certaines ingratitudes font très mal.

Que diriez-vous à ceux qui se sentent incapables, ou qui considèrent la sainteté comme une chose qui n’est pas faite pour eux ou qui leur est impossible ?

Ces personnes se trompent. Elles n’ont pas une idée juste de ce qu’est la sainteté. Je regrette d’ailleurs que certains livres d’hagiographie donnent trop d’importance aux miracles et aux choses extraordinaires, car de la sorte ils suggèrent que l’essentiel de la sainteté réside là. Mais non ! Le miracle ne fait pas le saint. Certes, la vertu héroïque est nécessaire pour qu’un saint soit canonisé. Cependant, le chemin de la sainteté ordinaire à laquelle tous les hommes sont appelés est plus simple : c’est l’état de grâce. Pour aller au Ciel, pour être un saint, il faut mourir en état de grâce. Il faut posséder la « grâce sanctifiante », la grâce qui fait les saints. Ce trésor est une participation réelle à la nature divine, comme dit si bien l’Épitre de saint Pierre – divinae consortes naturae – ou l’offertoire de la messe – ejus divinitatis esse consortes. C’est extraordinaire ! Nous marchons sur le chemin de la sainteté si, vivant avec Dieu et possédant sa grâce, nous mettons notre existence en harmonie avec elle. Pour le dire plus simplement, la sainteté consiste dans la charité. Cette vertu surnaturelle infusée par Dieu transforme toutes nos actions. Si nous faisons quelque chose pour l’amour de Dieu, au nom de cet amour, notre acte dépasse par son amplitude tous les événements humains. N’est-ce pas magnifique ?…

Vous parlez beaucoup de la bonté de Dieu, de l’amour de Dieu, du bon Dieu. Saint Jean de la Croix disait qu’au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. Pour vous, le soir, c’est maintenant, c’est demain, c’est après demain ?

Ce soir est chaque jour de ma vie. Il est entre les mains du bon Dieu. D’ailleurs, à la messe, tous les jours, le prêtre dit au Seigneur : « Disposez de nos jours dans votre paix »…

Monseigneur Lefebvre a beaucoup œuvré en Afrique. Pouvons-nous dire, d’une certaine façon, que vous continuez son ministère d’archevêque missionnaire ?

Nous avons hérité de cet esprit missionnaire. En Afrique noire, nous avons commencé au Gabon, avant de poursuivre au Kenya et au Nigéria. Nos implantations rayonnent sur les pays voisins. L’Asie est un continent plus difficile à pénétrer, hormis les Philippines qui sont catholiques. Cependant, nous avons de petits groupes un peu partout jusqu’en Indonésie, en Malaisie…

Vos chapelles ne sont-elles pas à certains moments des ghettos où les fidèles vivent repliés sur eux-mêmes, craignant les contacts avec l’extérieur ?

Sans doute, ce que vous décrivez peut se produire. Il arrive que des personnes blessées ou meurtries par les combats passés se replient sur elles-mêmes. Lorsque de telles situations se rencontrent, nous essayons de les corriger. Cependant, de manière générale, je crois que nous avons un réel esprit missionnaire qui est perceptible dans nos communautés.

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