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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Tristesse d’un prêtre devant Traditionis custodes

Tristesse d’un prêtre devant Traditionis custodes

Un texte (doublé d’une vidéo) de l’abbé Viot sur les restrictions apportées à la célébration de la messe selon le rite romain traditionnel:

En ce début d’année, la tristesse est très certainement le sentiment le plus partagé par les Français,  et ils ne sont sans doute pas les seuls dans le monde.

Parce que je suis prêtre catholique, je crois à la primauté de la prière, et particulièrement à celle que nous faisons monter vers Dieu, dans l’Église, quand nous célébrons la sainte liturgie. Or même cette sainte pratique s’est transformée aujourd’hui en cause de tristesse supplémentaire, et là, je pense que les choses ne vont plus du tout !

J’ai reçu dans l’obéissance filiale le motu proprio Traditionis custodes, parce qu’il émane du Successeur de Pierre, qui l’explique par son souci de ne pas voir s’édifier une Église parallèle à partir de l’ancienne messe, telle que reproduite dans le missel de 1962. Si certains confrères, en France peuvent donner cette impression par leur refus de concélébrer, avec leur évêque, à la messe chrismale, attitude que je regrette, cela ne signifie pas pour autant qu’eux-mêmes, tout comme les catholiques attachés à l’ancienne liturgie, aient la moindre intention de se regrouper dans une autre Église. Pour tous ceux que je connais dans mon pays, il n’y a qu’une seule Église catholique dont le Pape s’appelle François, et il ne saurait y en avoir d’autre !

C’est pourquoi il ne me parait ni juste, ni charitable d’ajouter à la restriction des célébrations de la messe de Saint Jean XXIII, la privation de la célébration en forme ancienne des différents sacrements de l’Eglise. Et laisser entendre que cette pratique religieuse irait à l’encontre du Concile Vatican II, me parait surprenant, dans la mesure où l’on m’a toujours dit, et cela depuis fort longtemps, que ce Concile se situait dans la continuité des précédents. Qu’y aurait-il donc de contradictoire, après Vatican Il, de célébrer un baptême dans la forme dans laquelle il se trouvait après Vatican I, et qui datait déjà de plusieurs siècles ? De plus, et je me crois autorisé à formuler cette critique qui ne remet pas en cause la validité du sacrement donné selon la liturgie moderne, cette dernière a beaucoup trop gommé les exorcismes, entre autre, parce que ses auteurs que j’ai bien connus pour certains d’entre eux, ne croyaient pas au péché originel ! Dans l’intérêt même de l’orthodoxie catholique, la subsistance de ces deux liturgies me parait du plus haut intérêt. D’où ma tristesse devant un possible abandon, voire un interdit de cette ancienne liturgie.

Tristesse aussi pour les mourants. Comment, comme prêtre, pourrai-je refuser à une personne qui meurt de recevoir l’extrême onction comme elle l’a vue reçue par ses parents ou ses grands-parents ? Nos évêques sont nos pères en même temps que nos supérieurs. Je ne les imagine pas nous empêcher d’apporter à un mourant les consolations qu’il est en droit de nous demander.

Tristesse aussi que de ne pas pouvoir promettre la messe des défunts dans sa forme extraordinaire. Ceux qui connaissent bien cette liturgie qui a accompagné la mort pendant des siècle, et qui souvent pour les temps modernes constituait pour certains une des rares occasions d’assister à une messe, en les faisant réfléchir sur la doctrine chrétienne de la mort et les amener à se poser la question de la résurrection, ne pourront qu’être profondément blessés, si on leur ôte le dernier témoignage qu’ils veulent donner de leur vie ici-bas. Et j’ajoute que pour les chrétiens convaincus, il y a dans ce rituel tout ce qui renforce la foi en la résurrection. Tout dans cette forme ancienne concourt à toucher l’âme humaine dans les blessures les plus douloureuses de son deuil. L’espérance en la lumière éternelle chantée dès le début par le requiem aeternam, la prise en charge de l’horreur de la séparation par le chant du dies irae, si l’on s’est donné la peine de le comprendre ! Tout ne s’écroule-t’il pas, avec une impression de fin du monde, et quelquefois sur fond de colère diffuse , quand on apprend la mort de son petit frère ou de sa petite sœur…? On n’a pas envie à ce moment-là de se faire gifler à coup d’alleluia, ou d’entendre chanter sur tous les airs possibles que « Christ est ressuscité ! » Les choses viennent en leur temps, avec le libera me et le in paradisium !

Pardonnez moi de citer un exemple personnel, non pour émouvoir, mais pour essayer de persuader. Pour des raisons médicales, je vis cette expérience de la mort prochaine, et l’espérance d’être accompagné par cette ancienne prière de l’Eglise lors de mon dernier passage dans un sanctuaire catholique est pour moi d’un grand secours. Je ne souhaite pas être obligé d’en priver les autres chrétiens qui me le demanderaient ! Le pourrais-je d’ailleurs ? Je n’en sais rien !

Tristesse aussi, en pensant à de jeunes séminaristes des Instituts qui vivent au rythme de la messe ancienne, que de les obliger à se passer de l’ancienne liturgie d’ordination. Eux qui donnent leur vie à l’Eglise, nous leur refuserions cette forme liturgique configurant au Christ Tête, elle qui les a marqués depuis leur jeunesse, qui leur a permis d’entendre l’appel du Seigneur, qui a soutenu leurs études au Séminaire ! À leurs Autorités respectives de leur faire savoir que par la suite, ils devront peut-être célébrer autrement, exceptionnellement,  pour les nécessités du service selon les ordres de leur évêque. Ils l’accepteront mieux à partir d’un acte de charité fraternelle posé pour leur entrée dans le ministère qu’à partir d’un interdit dont la nécessité est loin d’être évidente !

Tristesse aussi devant le spectacle de la division entre catholiques ! En ce temps de prière pour l’unité des chrétiens, pratique ô combien précieuse qu’il est plus que jamais utile de maintenir , je déplore que certains fassent aussi peu de cas de l’unité catholique, au point d’oser diffamer Notre Saint Père, Ministre par excellence de l’Unité. Et j’en arrive, à ma grande honte, à me réjouir que les différents gouvernements politiques n’attachent plus beaucoup d’importance au catholicisme, car ils nous évitent le drame du 14 ème siècle, le grand schisme d’Occident (1378) qui vit deux Papes règner en même temps, puis trois, s’excommuniant les uns les autre , avec les pays qui reconnaissaient leur concurrent ! En évoquant cela j’espère ne pas donner de mauvaises idées à notre Président de la République qui ne serait sans doute pas fâché de mettre le palais d’Avignon à la disposition d’un anti-Pape, élu par une commission indépendante de cardinaux, ouverte aux femmes et aux laïcs et pourquoi pas présidée par Monsieur Jean Marc Sauvé?

Rendez-vous compte de l’aubaine pour le tourisme, et même pour le festival qui compterait une attraction supplémentaire ! Et ce genre d’aventure aurait de plus l’avantage de satisfaire de nombreuses ambitions ecclésiastiques par la multiplication de mitres et de barrettes ! Les rêves en violet et en rouge deviendraient réalité !

Tristesse aussi sur les suites du rapport de la CIASE J’aurai l’occasion d’y revenir, dans un autre cadre et dans les détails, comme d’autres catholiques l’ont fait. Je n’évoque maintenant cette question, que parce que ce que je subodorais arrive. Le rapport de la CIASE avec ses chiffres gonflés commence maintenant à montrer son vrai visage de prétexte pour modifier considérablement l’Eglise catholique.

Ainsi on n’hésite pas à jeter sur la place publique les abus qu’aurait commis un prêtre, mort en 1994, artiste reconnu en matière de vitraux, au point que ceux-ci décorent beaucoup de nos églises. Je ne connais pas ce dossier, mais j’ai vu ces vitraux que je trouve magnifiques ! Il seraient même, parait-il , protégés par les beaux arts. J’apprends que non seulement on continue à déballer ce dossier contre un mort, et qu’on veut remiser tous ses vitraux !

On me permettra alors d’être surpris ! La justice temporelle arrête toute poursuite devant la mort d’un présumé coupable. Comment l’Eglise, lieu de pardon et de miséricorde par excellence peut-elle être tombée aussi bas au point d’arriver à poursuivre des morts devant la justice de l’opinion publique ? Est-ce vraiment une pédagogie chrétienne pour les victimes et un témoignage pour le monde? Veut-on rétablir le triste Concile cadavérique qui se tint en 897, qui vit exhumer la dépouille du Pape Formose, pour être jugée ? Va-t’on, en conséquence, déterrer cet abbé inhumé depuis 28 ans pour faire comparaître ce qui restera de lui devant le tribunal canonique national préconisé par la CIASE, avec, semble-t-il des assentiments épiscopaux ? Il y a de quoi trembler quand on connaît les conséquences de ce qui se passa pour l’Eglise et la société à la suite de l’horreur de 897. Ce fut la perte de confiance en la Papauté , facilitant sa domination par les grandes familles romaines, ancêtres de nos bobos de gauche, qui placèrent leurs rejetons sur le trône de Pierre.

Effectivement, on donna un rôle important aux femmes (à l’époque Théodora et Marozie) comme le suggère la CIASE. Elles influencèrent l’élection de plusieurs Papes, dont elles avaient intimement apprécié les prouesses qui n’avaient pas grand chose à voir avec la théologie ! C’est ainsi que le Pape Jean XII put à 18 ans sacrer Othon 1er empereur ! Et ce genre de direction d’Eglise dura de 904 à 963.

Quant à faire disparaître les œuvres d’art d’un homme qui n’aurait pas vécu selon la morale catholique, je dis qu’on s’engage là sur un chemin dangereux. Si on le poursuit, il va y avoir de grands vides dans nos musées, sans parler de nos églises. Il faudra, et ce ne sera qu’un début, faire disparaître les œuvres du Caravavage, et blanchir la chapelle Sixtine à la chaux !

Et cela encourage les nostalgiques de l’Inquisition à continuer leur œuvre de purification. Ils ont dans leur viseur rien moins que notre Pape émérite, sur lequel on fait peser des soupçons de dissimulation consciente d’actes répréhensibles de prêtres, au temps où il était Archevêque de Munich (1977-1982), et le journal Le Point, décidément spécialisé en démolisseur d’évêques, n’hésite pas à illustrer cette nouvelle par une photo de Benoît XVI, très vieilli les mains jointes et crispées, regardant le ciel, d’une manière désespérée, comme pour implorer un pardon. Honte au responsable de cet article et de cette présentation digne du docteur Goebbels !

Une épuration érigée en système est toujours un assemblage sordide de règlements de comptes. Même justifiée au départ, elle ne peut que mal tourner, si elle perd la raison et se poursuit au delà du convenable pour extirper ce pourquoi on l’a mise en place ! Une épuration fut malheureusement nécessaire en 1944 en France, mais on eut la sagesse de la contrôler progressivement, sans pouvoir éviter de sanglantes erreurs, mais d’avoir le courage politique d’y mettre fin. L’épuration Sauvé peut être pire dans sa durée et ses excès que l’épuration politique à laquelle je viens de faire allusion, parce qu’elle est à fondement religieux, et qu’elle se veut un instrument de vertu. Son auteur n’admet aucune contradiction. Il a présidé à la rédaction d’un nouveau Deutéronome. C’est très exactement dans ces conditions que Robespierre, en toute bonne foi établit la Terreur, en se proclamant chef du parti du bien parce que celui de la vertu ! Voulons nous, au nom de cette même vertu, une Église de Terreur ?

Et cela au moment où notre pays s’effondre dans la médiocrité matérialiste du mondialisme des affaires, où le manque de liberté empêche de parler de légitimes vraies peurs grâce à la propagation des fausses.

Tristesse donc encore devant un tel abaissement de notre pays, dont une élite catholique est complice !

Car j’avoue ne pas comprendre, comment après la comédie que le président de la république nous a jouée, à nous catholiques, lors de sa venue aux Bernardins, et les lois de bioéthique qu’il a fait passer, nos autorités religieuses peuvent aujourd’hui dire qu’elles ne donneront pas de consignes de vote aux prochaines élections présidentielles. Il est vrai que nous ne les avons pas entendues lors de l’allongement du délai d’avortement à quatorze semaines. Effets du rapport Sauvé sans doute, l’Eglise a maintenant honte de parler sur le plan moral !

Et elles vont sans doute continuer à le faire après que le président Emmanuel Macron, à la tête de l’Union européenne et candidat non déclaré à la prochaine élection présidentielle ait fait part de son désir de voir inscrire dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE le droit pour les femmes à l’avortement. Beaucoup de catholiques attendent une réaction de leurs pasteurs ne serait-ce que pour dire avec fermeté que l’avortement ne saurait devenir un droit des femmes dans une Charte de droits européens. S’il devait en être ainsi, et pour simplement reprendre les propos du Pape François, cela reviendrait à reconnaître l’utilité des tueurs à gages que sont les avorteurs. Et comment peut-on ignorer que l’euthanasie et le suicide assisté sont proposés par ses partisans au président sortant pour la prochaine campagne électorale . Le président Macron ajouterait alors à l’apostasie de son baptême et l’encouragement à l’avortement, deux péchés graves que l’Eglise sanctionne par l’excommunication « latae sententiae! », une aggravation de la culture de mort. Notre Conférence des évêques de France aurait bien du mal à vouloir rester silencieuse, à moins qu’elle espère que les pierres crient ! Mais je ne sais si le peuple des fidèles comprendra , car, en même temps il est à craindre une grosse démobilisation en ce qui concerne le denier du culte par beaucoup de fidèles !

Quant à faire aux catholiques un devoir moral d’aller voter, cela pose question quand des élections ne se jouent pas d’une manière loyale, qu’il existe des moyens de propagande entre candidats qui rendent impossible un vrai débat, et que surtout le vote blanc est compté avec les votes nuls. Personne ne peut dire que l’on est mauvais chrétien et mauvais citoyen si on refuse de cautionner par sa participation ce qu’on considère comme une comédie dangereuse pour son pays ! Pour moi, selon la configuration que nous ne connaissons encore pas, mais que nous devinons, chacun doit se sentir libre de voter ou de s’abstenir. Il ne doit de sainte obéissance qu’à sa conscience ! Ce n’est qu’en admettant cela que l’Eglise vivra la juste neutralité à laquelle elle aspire ! Car en ce moment le peuple chrétien attend des paroles et des actes cohérents, signes de mobilisation et non d’abdication , surtout face à des puissances politiques de plus en plus anti-catholiques !

À la suite de mon propos, certains peuvent se demander s’il est encore possible d’espérer ? Je réponds oui, sans hésiter, si l’on sait manifester très rapidement du courage. Les hommes se croient maîtres de leur destin et de leurs manigances. Ils oublient facilement la toute-puissance de Dieu. C’est elle, qui , avec notre indispensable témoignage, le moment venu se manifestera et fera paraître sa justice. Elle fera triompher les défenseurs de la foi catholique et confondra les imposteurs.

 

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4 commentaires

  1. Ne serait-il pas plus simple de considérer le pape Benoit XVI comme pape ayant le ministère pétrinien au lieu de François qui a refusé le titre de Vicaire du Christ ? A partir de là, le problème me semble résolu. C’est peut-être caricatural mais, je pense, mérite d’être médité.

  2. Sans doute vais-je en agacer certains et je leur demande pardon par avance.
    Cet angle de vue, très étudié, équilibré et nuancé, suppose un a priori, celui de l’honnêteté intellectuelle de nos prélats, de nos cardinaux et du pape lui-même. Vaste sujet…
    Est-ce une ironie, je ne sais pas, quand le Père Viot nous dit :”l’on m’a toujours dit, et cela depuis fort longtemps, que ce Concile se situait dans la continuité des précédents”, ? Mes lectures, probablement orientées, m’ont clairement instruit du contraire ! Monseigneur Lefebvre, Jean Madiran ou Jean Vaquié ont souligné, arguments à l’appui, le caractère révolutionnaire du concile. Les orientations actuelles ne peuvent d’ailleurs que confirmer cette thèse.
    Si l’on doit estimer l’arbre non à ses feuilles mais à ses fruits, la faillite du catholicisme conciliaire en Europe saute aux yeux, tandis que la tradition ne cesse d’attirer des fidèles et, plus important, des familles et des jeunes. Cette évidence devrait au moins servir d’argument à une sainte colère plutôt qu’à une désolante tristesse.
    Bref, tant que l’on s’imposera le grand écart entre les gentilles personnes et les méchants effets, on n’en sortira pas ! Prions pour que le Bon Dieu nous donne, le plus vite possible, un autre pape, digne successeur de Pierre et pasteur des siens. La naïveté a ses limites.

  3. Si on veut une liturgie conforme à la tradition, il reste toujours la solution de passer à l’orthodoxie…

    • C’est l’Eglise catholique qui est orthodoxe.
      Si vous voulez parler de la liturgie orientale, rien n’empêche effectivement d’aller chez les catholiques orientaux.

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