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L'Eglise : L'Eglise en France

Triors : le père abbé avec tablier et torchon, à la plonge

Le site suisse Le Temps consacre un sympathique article à l'abbaye bénédictine de Triors. Extraits :

T"On va au monastère bénédictin de Notre-Dame de Triors, près de Valence, pour tenter de revenir à l’essentiel. Il dispose d’une vingtaine de chambres simples dans un bâtiment intégré au couvent. Et une nouvelle hôtellerie est en construction, avec plus de 30 chambres. […]

Ici, le silence n’est ni d’or ni d’argent. Il est de règle. Comme dans tout couvent bénédictin. C’est justement pour le trouver, ce silence, pour s’y plonger et s’y ressourcer que des hôtes laïcs quittent, l’espace de quelques jours, leur vie sociale ou professionnelle, ou familiale, mais en tout cas leur vie trépidante, pour tenter de revenir à l’essentiel. Quel essentiel? Forcément Dieu? et Dieu seul? Dieu miséricordieux? Tu autem Domine, miserere nobis.

Cette supplique à Dieu d’avoir pitié de nous, elle revient aussi plusieurs fois par jour et pas seulement à l’église. A table par exemple, pour marquer la fin du repas, silencieux comme il se doit. Elle est chantée. Triors chante toute la journée. En latin – Brassens aurait été content! – et en grégorien, exclusivement. Dès potron-minet quand sonnent les matines, comme dans tous les couvents réguliers. Ce premier office, immédiatement suivi des laudes, réunit les moines à 5 heures. Ils reviendront pour prime, tierce (et la messe), sexte, none, vêpres et, à 20h30, pour les complies. Au total, cinq à six heures de présence à l’église. Tous les jours de l’année. Et toutes les années de la vie, pour cette quarantaine de moines ayant prononcé des vœux perpétuels.

[…] La communauté n’existe que depuis 1984. Elle a construit une grande église, élégante et sobre, au calme, hors du village, à côté d’un château du XVIIe siècle que lui a légué une demoiselle en fin de haut lignage. Malgré ses murs décrépits, la bâtisse a encore ses allures de Versailles. Le cloître et des bâtiments adjacents relient les deux édifices. Le domaine comprend de la forêt à exploiter, une ferme avec du bétail, des vergers et des jardins. De quoi reposer l’esprit par la fatigue du corps et contribuer à nourrir la communauté, hôtes compris. […]

«Par son sens du sacré, cette sensibilité tridentine souligne que la forme appartient aussi au fond», explique Johan Gadd, 62 ans, 6 enfants et 10 petits-enfants, habitant le nord de la Drôme et hôte occasionnel de Triors. Pour ce conseiller de personnes en entreprise, «la forme aide à la révélation du sacré. Bien sûr qu’il y a risque de rigidité quand on ne soigne que la forme. C’est le fait de gens qui ont peur d’être libres. La foi est un acte de liberté pour lequel on a besoin de règles sur lesquelles on peut s’appuyer.» […]

A côté de ces sacrés à-coups que la vie monastique peut provoquer dans le cœur et l’esprit des visiteurs demeure l’exemplarité de certains humbles faits et gestes quotidiens. Ainsi la vaisselle après les repas. Elle réunit une quinzaine de moines et les hôtes de passage. Pendant les quelques jours que j’ai vécus à Triors, j’ai assisté un matin à une messe solennelle que le père abbé, qui a rang d’évêque, a présidée avec mitre et crosse. Je l’ai revu après le dîner, avec tablier et torchon, à la plonge derrière une pile de casseroles!"

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