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L'Eglise : Vie de l'Eglise

Traditionis custodes. Une question de partage.

De Cyril Farret d’Astiès pour Le Salon beige :

En parcourant ces articles (ici, et Traditionis custodes. Une question de partage.

Une petite musique lancinante revient depuis quelques temps à nos oreilles (que nous avons grand ouvertes) au sujet de l’application de Traditionis custodes. Une idée dictée, nous voulons le croire, par une certaine forme de charité qui consisterait à dire : faites un effort de partage et nous accepterons votre fantaisie liturgique. Car nous ne voulons pas croire qu’il s’agisse en réalité d’une basse manœuvre d’escamotage, usant de la trop fameuse tactique éculée dite « du saucisson », qui consiste, tranche après tranche, l’air de rien, à faire disparaître la charcuterie. 

De quoi s’agit-il ? D’imposer aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle d’assister une fois par mois à la nouvelle messe. C’est ce qui semble se mettre en place à Chicago, Grenoble, Chambéry et quelques diocèses de par le monde et qui pourrait bien donner des idées plus générales. Une fois encore et le plus posément possible, il nous faut bien expliquer à nos frères bienveillants qui pourraient s’étonner de notre refus, la raison essentielle de ce rejet catégorique.

Ce n’est pas de légitimité ou de validité qu’il s’agit, mais d’abord de cohérence. Car redisons au préalable que, contrairement à ce que l’on nous reproche in petto, nous n’avons pas de doute sur la validité de la messe nouvelle. Combien de fois dans notre vie avons-nous participé (puisque c’est le mot qui est le plus attendu) à la nouvelle messe. Nous y avons participé toute notre enfance et toute notre adolescence jusqu’à ce que nous découvrions la liturgie traditionnelle avec cette impression de trouver, enfin, un culte à la hauteur de Celui que l’on venait y honorer. Et depuis cette découverte, nous avons continué à participer à de bien nombreuses occasions à la nouvelle messe : mariages, communions, obsèques (quand elles sont encore célébrées), ordinations, mais aussi au cours de missions exotiques qui ne nous laissent pas le choix de la forme liturgique. Il est évident que l’immense majorité des catholiques attachés à la liturgie traditionnelle connaît bien mieux la nouvelle messe que les habitués de la nouvelle messe ne connaissent l’ancienne. Et cette évidence est en soi un indice qu’il ne s’agit pas de caprice.

Il est donc flagrant que l’idée de nous obliger à connaître la nouvelle messe pour nous conduire à l’adopter est bancale. C’est précisément parce que nous la connaissons que nous avons été subjugués et totalement retournés par l’ancienne et que nous avons décidé d’abandonner la nouvelle messe pour jouir de l’ancienne et rendre à Dieu un culte bien plus digne de lui.

Mais venons-en à un second aspect de cette question. Si l’on voulait bien comprendre l’extraordinaire richesse de la liturgie traditionnelle, non seulement dans le déroulement de chaque messe (dans l’admirable ordonnancement des rubriques, trésor de cohérence spirituelle, qui offre à notre contemplation les mystères les plus sacrés de notre religion, en plus de la rencontre très intime avec Notre-Seigneur), mais tout autant dans l’extraordinaire année liturgique dont la profondeur, la richesse, la pédagogie, la logique, la puissance d’évocation sont des sujets d’émerveillement qui année après année suscitent notre enthousiasme et fortifient notre foi, on ne nous proposerait pas un arrangement si incongru qui consiste à mutiler l’édifice admirable du calendrier et la grande cohérence des lectures qui scandent l’année.

Car nous ne pouvons, entre bien d’autres choses, concevoir de troquer un dimanche de la septuagésime contre un dimanche du temps ordinaire ou de troquer le dernier dimanche de l’année liturgique contre la fête du Christ Roi.

Il faudrait en expliquer les raisons profondes mais le temps nous manque. Disons brièvement que le calendrier traditionnel est la très exacte représentation de l’histoire de la Rédempion : préparation, Incarnation, vie cachée, mort et résurrection, Ascension, Pentecôte. Et nous sommes bien, depuis 2000 ans, dans ce temps après la Pentecôte, qui est celui de l’Église et des sacrements, et qui durera jusqu’au retour glorieux de Notre-Seigneur, ce que l’évangile du dernier dimanche de l’année liturgique manifeste admirablement. Rien d’ordinaire, donc, en tout cela. Rien d’ordinaire.

Renvoyons sur ce beau sujet du calendrier à quelques études d’Yves Daoudal.

Comment penser que l’on puisse jongler d’un calendrier à l’autre sans perdre toute cohérence, sans subir un affaiblissement évident de ce que l’Église a progressivement, mais depuis bien longtemps déjà, mis en place dans sa louange pour notre édification et notre sanctification par toutes ces prières reçues, ces mêmes gestes patinés, ces mêmes mélodies suaves, qui développent notre convoitise pour les réalités surnaturelles qui sont proposées à notre contemplation. La liturgie est un tout qui ne peut souffrir les bricolages et adaptations fantaisistes. Elle est un peu le reflet (certes bien pâle, parce que toujours trop humain) de la grande prière d’amour trinitaire dont la surabondance a abouti à la Création. Pour reprendre la définition de Pie XII ( Mediator Dei (20 novembre 1947) | PIE XII (vatican.va) ), elle est le culte public que notre Rédempteur rend au Père comme Chef de l’Église ; elle est le culte rendu par la société des fidèles à son chef et, par lui, au Père éternel. Elle est le culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire du Chef et de ses membres.

Combien nous voudrions vous convaincre chers amis, que ce que nous avons à cœur, c’est de vous faire découvrir ce trésor surnaturel, vous persuader d’accepter cet héritage et ce pour votre plus grand profit. Ah ! nous sommes certainement bien trop petits et débiles pour porter pareille richesse et nos esprits et nos voix bien trop futiles. Pardonnez-nous de ne pas être plus zélés, plus appliqués, plus résolus et plus fraternels pour vous faire connaître ces merveilles. Car enfin, tout cela ne nous appartient pas, c’est le bien commun de tous les baptisés ; mais il nous revient cependant, en ce moment troublé de l’Église (sainte mais non sans pécheurs), il nous appartient, fortuitement, de défendre cet héritage. Vous comprendriez alors mieux aujourd’hui pourquoi l’idée de morceler l’unité de la liturgie traditionnelle nous est insupportable. Pourquoi cette idée est même, à proprement parler, profondément anti-liturgique.

Mais j’y songe ! Puisqu’il est bien naturel et légitime de se donner entre baptisés des preuves d’amour et d’unité, organisons chaque année pour la solennité de la Fête-Dieu des processions gigantesques dans tous nos diocèses, dans chacune de nos paroisses, pour montrer au monde abêti combien Dieu est grand, combien nous l’aimons, combien il nous unit, combien il est miséricordieux, combien il règne dans nos vies et sur nos cités en dépit des apparences. N’est-il pas la source de notre unité, n’en est-il pas l’accomplissement par excellence ?

Alors c’est décidé, dès cette année pour manifester que nous sommes bien un dans la foi, nous nous retrouvons tous sur la chaussée !

Rendez-vous le dimanche 19 juin !

Et en attendant, grande union de prière.

Cyril Farret d’Astiès

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