Thème de campagne pour 2017 : Union européenne ou indentité nationale ?

Analyse de Bruno Larebière pour Atlantico :

" La campagne présidentielle de Marine Le Pen se jouera sur la tonalité qu’elle lui donnera : sur le thème central qu’elle choisira, sur sa capacité à l’imposer comme thème principal de la campagne présidentielle et sur sa recevabilité par les Français.

Au lendemain du Brexit, dans une conférence de presse tenue au siège du Front national, Marine Le Pen a affirmé que « l’Europe sera au cœur de la prochaine campagne présidentielle ». Vingt-quatre heures plus tard, Nicolas Sarkozy était au conseil national du CNIP, le Centre national des indépendants et paysans, où il a déclaré que la présidentielle se jouerait… sur l’identité. Son propos fut accompagné de formules comme il en a le secret, du type : « La France est le produit de la royauté et de l’Église », ou : « Tous, nous devons apprendre nos ancêtres les Gaulois. » Une campagne présidentielle, c’est un thème central, jamais deux. Alors, l’identité nationale ou l’Union européenne ?

Je pense, pour ma part, que choisir comme thème l’Union européenne est une erreur politique majeure. Marine Le Pen le justifie de deux façons : d’une part par le fait que « la politique n’est qu’opérette tant que la souveraineté n’existe pas réellement », ce qui exact ; d’autre part par le fait que « l’Union européenne […] est la pierre angulaire de toutes les crises que nous connaissons », dans une sorte de reductio ad bruxellum qui est devenue la grille d’analyse du FN. L’UE, c’est le Grand Satan, et sortir de l’UE serait le remède à tous les problèmes.

Or, cette affirmation, qui renvoie aux divergences d’appréciation sur la loi El Khomri, ne me semble pas du tout en phase avec les aspirations des Français. Deux sondages viennent l’établir : l’un, réalisé par TNS Sofres pour RTL, indique que seuls 33 % des Français sont favorables à un « Frexit » (45 % y étant opposés et les autres étant indécis) ; l’autre, réalisé par BVA pour Orange et la presse régionale, indique que les motivations de l’intention de vote pour Marine Le Pen sont l’immigration (à 92 % !), la crise des migrants (à 90 %) et le terrorisme (à 83 %).

Dans ce contexte, décider d’axer sa campagne présidentielle sur l’Union européenne me semble suicidaire. Marion Maréchal-Le Pen me paraît bien plus en phase avec l’électorat réel et potentiel du FN lorsqu’elle se définit comme « de droite, souverainiste, identitaire, attachée à l’identité de mon pays » (…) Ce ne sont pas les « différences de lignes et de stratégies politiques » qui peuvent être préjudiciables à Marine Le Pen, c’est Marine Le Pen, si elle persiste à vouloir placer l’Union européenne au cœur de sa campagne.."

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