Archives par étiquette : modernité

La modernité est-elle vraiment civilisable ?

Dans son numéro 1662 du 28 avril, L’Homme Nouveau a publié un long échange avec Mathieu Bock-Côté, intellectuel québécois, particulier apprécié de ce côté-ci de l’Atlantique pour sa capacité d’analyse et ses idées conservatrices. Les lecteurs canadiens n’ont pas manqué de réagir comme le prouve cette Tribune libre de Jean de Saint-Jouin. Extrait :

Une-1662"[…] S’il prétend être moderne un peu à regret et qu’il croit que la modernité doit être civilisée, MBC avoue pourtant qu’elle n’est pas sans vertu, (et qu’) elle représente un pari sur la liberté de l’homme. Il va même jusqu’à se définir comme un Libéral-Conservateur, curieuse catégorie qui, ironiquement, lui va tout de même à merveille. Sans m’étendre sur un concept qui pourrait faire l’objet d’un ouvrage complet, je décrirais cette épithète comme un étrange hybride intellectuel qui cherche à atténuer les conséquences ultimes du principe postulé. C’est un peu comme quelqu’un qui offrirait joyeusement la ciguë à Socrate tout en lui remettant, en même temps, un livre sur les dangers des poisons.

La modernité a posté l’homme dans le nombril de l’univers et cherche à mesurer l’ensemble de ce qui l’entoure à l’échelle de sa seule raison. Fruit du dictat de cette nouvelle religion sans Dieu, à force de perdre les notions de dépendance et de créature, l’être humain a fini par croire que tout dépend de ses efforts d’imagination et de volonté. L’homme se construit en cherchant à s’émanciper de toute contrainte sauf celles (entendons-nous, la plupart du temps arbitraires)

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Jean Paul Gourévitch : En Méditerranée, moderniser l’Islam et non islamiser la modernité

Docteur en sciences de l’information et de la communication, Jean Paul Gourévitch vient de publier : "La Méditerranée, conquête, puissance et déclin". Depuis 3 000 ans, la Méditerranée a fasciné les conquérants et ceux qui rêvaient de faire de ce lac intérieur un espace de prospérité ou le territoire d’une seule idéologie, d’un seul empire. Jean Paul Gourévitch nous emmène d’Ulysse au projet d’Union pour la Méditerranée, de la terre des trois religions du livre à l’hégémonie islamiste dans cette partie centrale du monde. Pour l’auteur, 1 500 ans après la prise d’Alexandrie, l’Islam est toujours conquérant. Et le choix crucial se résume en une équation : Moderniser l’islam ou islamiser la modernité. Les partisans du second terme sont nombreux mais Gourévitch l’affirme :"Le vent de l’Histoire souffle en faveur des premiers".

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Bruno Gollnisch : “Il n’est de véritable modernité qu’enracinée dans la tradition”

29496509_1841107129253159_2305099902562074624_nCette citation de Bruno Gollnisch a été projetée sur les murs de la Cité de la Culture, fraîchement inaugurée dans la capitale tunisienne, le 21 mars dernier. Bien entendu, certains se sont empressés de dénoncer cet acte ignoble :

"Le complexe culturel initié sous Ben Ali – qui abrite dans ses 49 000 m2 un cinéma, un musée d’art moderne, des salles d’opéra et de théâtre – accueille depuis son ouverture une exposition d’ampleur consacrée à la “modernité tunisienne”. C’est dans ce contexte que plusieurs citations autour de la modernité, comme cette dernière de Gollnisch, ont notamment été mises en lumière dans différentes pièces de l’exposition (…)"

Bruno Gollnisch s'est dit très honoré :

"Qu'il soit fortuit ou volontaire, l'hommage comble en tout cas d'enthousiasme Bruno Gollnisch qui envisage de se rendre à Tunis, pour flâner dans les allées du centre culturel, très prochainement. «Je suis très honoré, lâche l'intéressé. Ce geste s'explique par la tolérance dont a toujours fait preuve dans son immense majorité le peuple tunisien dont l'histoire est une recherche patiente de l'équilibre, quelque fois tumultueuse, entre tradition et modernité justement. Les Africains, comme les Asiatiques, ont compris beaucoup mieux que certains gauchistes européens qu'en défendant notre identité nous défendions également la leur."

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Bruno Gollnisch : “Il manque Jean-Marie Le Pen. Il n’est de bonne modernité qu’enracinée dans la tradition”

Même s’il n’intègre malheureusement pas le bureau exécutif, Bruno Gollnisch est élu à la 5ème place du nouveau Conseil national qui comptera 100 membres. Cela montre la popularité de l’homme et de la ligne traditionnelle qu’il incarne alors qu’il a failli à plusieurs reprises être exclu du FN.

Ouest-France a pu recueillir ses impressions lors du Congrès du FN :

“Compagnon de route de Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch est l’un des derniers survivants du Front national historique qui s’apprête à tourner une page, selon le souhait de sa présidente, Marine Le Pen. « Je suis toujours en contact avec lui. Nous nous voyons souvent. »

Quand on lui demande comment il vit ce congrès de la « refondation », il ne cache pas une certaine amertume. « Il y a des aspects positifs », explique-t-il. « C’est un moment de cohésion, mais elle n’est pas complète. Il manque Jean-Marie Le Pen. Il n’est de bonne modernité qu’enracinée dans la tradition », souligne ce spécialiste de civilisation japonaise (…) « Encombrant, Jean-Marie Le Pen ? Il me semble pourtant que ses mémoires font un tabac dans les librairies. C’est bien la preuve qu’il est resté populaire. »

À 68 ans, Bruno Gollnisch observe avec beaucoup de circonspection les évolutions en cours du parti qu’il a rejoint en 1983. Le changement de nom ? « Je suis réservé, parce que sous le nom de Front national, nous avons consenti d’énormes sacrifices. En général, les partis changent de nom pour faire oublier leurs

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Les chrétiens doivent se montrer bien plus fermes face à la modernité

Auteur du Pari bénédictin, Rod Dreher a été interrogé dans le numéro de janvier du mensuel La Nef. Extrait :

Couverture299"[…] Le pari bénédictin est une stratégie pour vivre sa foi chrétienne dans un monde qui y est de plus en plus hostile. Les chrétiens, d’après moi, doivent se montrer bien plus fermes face à la modernité que ce qu’ils ont fait jusqu’à présent. Longtemps, l’Eglise a tâché de s’accommoder à la vie moderne, reprenant notamment à son compte l’égalitarisme et l’individualisme. C’est un désastre, non seulement pour elle, mais encore pour l’Occident, qui revit spirituellement ce que Rome a connu lors de sa chute. J’invite les chrétiens désireux de survivre à devenir des versions laïques des moines bénédictins, qui se sont dressés au milieu des ruines de l’Empire romain. Nous ne sommes pas appelés à la vie monacale, mais la Règle de saint Benoît contient nombre de leçons et de pratiques adaptables à la vie laïque et utiles pour faire face aux défis, voire aux persécutions modernes. Comme me le disait le père Cassien Folsom, fondateur d’une communauté bénédictine à Nursie, la ville natale de saint Benoît, les chrétiens qui ne font pas, d’une manière ou d’une autre, le pari bénédictin, ne parviendront pas à remporter les épreuves à venir.

Parce que nos histoires et nos sociétés diffèrent, le pari bénédictin ne sera pas le même en France qu’aux Etats-Unis. Dans tous les cas, il s’agira de bâtir des communautés au sein desquelles les chrétiens pourront, ensemble, étudier

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Un dictionnaire du conservatisme pour détricoter la modernité

9782204123587-59fb496fddd78Christophe Boutin, Frédéric Rouvillois et Olivier Dard publient aux éditions du Cerf un dictionnaire du conservatisme, d’Abstraction à Zouaves pontificaux, de Jean-Paul II à Benoît XVI (mais pas François), du Tea Party à Sens Commun (mais ni FN ni LR), on y trouve des entrées aussi diverses que "la Manif Pour Tous", "Subsidiarité", "Transhumanisme", "Louis Veuillot" et "Jacques Perret"…

Ce dictionnaire auquel ont collaboré une centaine d'intervenants, dont certains bien connus de ce blog, évoque des hommes, des valeurs (Équilibre ou Honneur), des moments historiques (monarchie de Juillet ou Révolution), des institutions (Institut ou Sénat), des perspectives futures (développement durable ou transhumanisme) comme des mythes (Antigone ou Père). 

C'est Chantal Delsol qui a eu la charge de l'entrée "Famille". Extrait :

"Le commencement de la période moderne voit se déployer des récusations acerbes de l'institution familiale. Celle-ci repose nécessairement sur la hiérarchie et sur l'inégalité, pour des raisons bien compréhensibles de différence d'âge et d'expérience – c'est la loi du genre de toute transmission. Or la modernité s'affaire à mettre en cause toutes les inégalités. Chez les idéologues des révolutions modernes (de 1789 à 1917), la société parfaite se compose d'égaux, et les institutions génératrices d'inégalités sont considérées comme des étapes historiques, appelées à disparaître autant qu'elles sont apparues. De Sade à Engels, on s'applique à montrer le caractère transitoire d'une institution considérée comme obsolète. C'est bien pour mettre un terme aux errements de la famille que Sade en appelle à la prostitution généralisée et que Staline parvient à

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Martin Luther: Le chant du coq de la modernité

Castellano

LutherCinq cents ans après sa naissance, il est temps de revenir sur la Réforme initiée par Martin Luther. Celle-ci a, en effet, profondément marqué l’Histoire, à tel point que l’actuelle civilisation occidentale, et même une partie de l’Église catholique, en sont profondément imprégnées. Mais la réforme protestante fut-elle seulement une révolution religieuse qui aurait considéré impossible de revitaliser l’Église catholique de l’intérieur, celle-ci devenant de ce fait inadéquate voire incapable de répondre à ses finalités essentielles ? Dans cette approche profondément novatrice, le professeur Danilo Castellano démontre que non seulement le luthéranisme ne concerne pas seulement le domaine religieux, mais qu’il a été surtout déterminant au plan séculier parce que la réforme fut d’abord « une révolution gnostique virtuellement intégrale », matrice de notre modernité. C’est pourquoi c’est une question actuelle et non d’archives, une question de philosophie politique avant même d’être un problème religieux.

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Benoît XVI, « Docteur de l’Eglise » de la modernité

Big304418a75a131151f4Peter Seewald multiplie depuis 25 ans les longs entretiens avec Joseph Ratzinger/Benoît XVI, lequel vient de fêter ses 90 ans (photo). Il a accordé un entretien au site katholisch.de, traduit par Benoît-et-moi. Extrait :

"Son héritage est le renouvellement de la foi : il nous a montré toute la figure de Jésus – le Jésus historique et le Jésus de la foi. Ratzinger est un intellectuel de premier plan, un des grands penseurs de notre temps et je peux m’imaginer que, dans l’avenir, on parlera de lui comme du « Docteur de l’Eglise » de la modernité. Il convainc non seulement par son savoir, mais aussi par son authenticité et par l’exemple personnel de sa vie. Et au jour d’aujourd’hui, il faut souligner que Ratzinger est simplement le contraire d’un populiste. Ce qui comptait pour lui ce n’était pas ce que voulaient la mode ou les medias mais la volonté de Dieu. Alors qu’aujourd’hui, tout tourne autour du show et de l’émotion, et que les faits ne comptent pour rien, nous avons en Ratzinger un homme qui se reconnaissait avant tout une dette à l’égard de la vérité et du message de l’Evangile.

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L’avortement, c’est l’achèvement de la modernité

De Philippe Maxence dans L'Homme Nouveau :

Unknown-62"De manière inattendue, la question de l’avortement s’est invitée dans le débat politique. Arrivé à la deuxième place de cette primaire, Alain Juppé a accusé François Fillon de variations coupables sur ce sujet. Ce dernier s’en est défendu, rappelant, à juste titre, qu’il n’avait jamais remis en question la loi Veil. Il aurait pu également souligner qu’il avait considéré naguère Simone Veil comme la conscience morale de la République…

L’avortement reste donc la ligne de démarcation partageant le camp du bien – forcément ouvert et progressiste – du camp du mal – forcément réactionnaire, passéiste ou, pour employer les mots d’Alain Juppé : « extrêmement traditionaliste ». Lors de son meeting du deuxième tour de la primaire, le maire de Bordeaux a justement proclamé que l’avortement était un drame pour les femmes (sans aborder pourtant le cas de l’enfant à naître pour lequel c’est un drame mortel), mais était aussi un « droit fondamental ». On pourrait se demander pourquoi ce « drame-droit » est dans notre société devenu un tabou, au point qu’aucun homme politique n’est en mesure de s’y opposer ou de simplement oser proposer des alternatives.

L’avortement, c’est l’achèvement de la modernité

C’est que l’avortement est la quintessence du système de la démocratie moderne. Il est l’expression la plus poussée de la souveraineté de l’être humain, l’affirmation la plus absolue de son autonomie radicale, l’incarnation la plus totale de la liberté individuelle. L’avortement, c’est l’achèvement de la modernité, l’eau baptismale du système idéologico-institutionnel dans

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La Réforme protestante a constitué la véritable Révolution religieuse qui a caractérisé toute la modernité

Ce 31 octobre commence l’année consacrée au 500e anniversaire de la Réforme protestante. Le 31 octobre 1517, le moine Martin Luther afficha ses 95 thèses sur la porte de l’église du château de Wittemberg, en Allemagne. L'Homme nouveau a interrogé Miguel Ayuso, président de l’Union internationale des juristes catholiques, professeur de science politique et de droit constitutionnel à l’Université pontificale de Comillas (Madrid). Extraits :

Unknown-16Dans un très important article publié en France par la revue Catholica, vous vous attachez à expliquer, selon le titre de votre étude, « L’origine protestante de la politique et du droit moderne ». Est-ce une simple extension au domaine politique et juridique du livre de Max Weber sur les origines protestantes du capitalisme ou y a-t-il réellement une spécificité protestante au regard de la politique et du droit ?

[…] Pour entrer dans le vif du sujet, ce que l’on appelle la Réforme protestante a constitué la véritable Révolution religieuse, de telle sorte que furent bouleversés tant la théologie que son présupposé métaphysique et qui, à partir de là, a eu des incidences décisives en philosophie pratique. Mon travail en particulier et, de façon générale, le livre qu’il conclut traitent des conséquences des théories et des options de Luther sur le plan éthique, politique et juridique, c’est-à-dire celui de la philosophie de la praxis. Le poids qu’a représenté le luthérianisme sur celui-ci a été à ce point déterminant qu’il est possible d’affirmer qu’il a marqué une « inflexion » qui a caractérisé toute la modernité. À telle enseigne que l’on pourrait dire

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Objecteur de modernité

Philippe Maxence a lu La Cause du Peuple de Patrick Buisson et il écrit dans L'Homme Nouveau :

B"[…] la formule « d’objecteur de modernité », concoctée par Patrick Buisson, dans son livre La Cause du peuple (Perrin, 264 p., 21,90 €), convient parfaitement. Au refus radical, elle a en effet le mérite d’associer l’origine exacte de la crise profonde à laquelle est confronté le monde occidental de ce début du XXIe siècle. Je sais : le livre comme son auteur sont aujourd’hui clairement mis en cause.

Ceux qui ont dénoncé La Cause du peuple l’ont-ils lu ? Et, comme disait Jacques Bainville, ceux qui l’ont lu, l’ont-ils compris ? Les 460 pages de ce livre, lu crayon en main, demandent deux ou trois jours. Bien sûr, il y a des faits et du mordant dans leur exposé à l’encontre du président Sarkozy et du couple qu’il forme avec Carla Bruni. Pour être franc, cet aspect ne nous intéresse pas, si ce n’est qu’à titre d’exemple. Nous voyons alors à grande échelle les ravages de la modernité qui a vidé la politique de toute portée et de toute réalité, en élevant un culte à l’individu roi, réduit aujourd’hui à ses seuls affects.

Non, le plus étonnant dans ce livre est qu’il s’agit d’un livre d’idées, d’un exposé des causes profondes du délitement de la France et des moyens de retrouver le chemin du salut. Ce n’est pas à Maurras qu’il faut comparer Buisson, mais à un mélange de Bernanos et de

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La démocratie, cette vache sacrée de la modernité

Maxence Hecquard a publié en mai dernier un ouvrage imposant dans lequel il revisite les fondements et la genèse de la démocratie moderne, cette nouvelle religion séculière, ce dogme intouchable, cette "valeur de la République", selon l'expression consacrée. Dans Les Fondements philosophiques de la démocratie moderne, il montre la métaphysique de ce régime en évolution perpétuelle, né des Lumières, pensé notamment par Kant, Hegel et Darwin. Même les représentants de l'Eglise ont fini par adopter la terminologie propre à la démocratie, en en faisant presque un principe non négociable du bien commun. Alors que, le plus souvent, la démocratie moderne écrase le principe de subsidiarité sous un totalitarisme soft. Cet idéal est une utopie, mais une utopie plaisante, à la fois pour les dirigeants mais aussi pour les électeurs qui aiment se plier au jeu :

288.88888888889_450_188"Le vice du régime est contradiction essentielle : faire gouverner un peuple incapable de le faire. Pour que la démocratie fonctionne, il faut que quelque tribun mente au peuple en lui déclarant exécuter ses volontés quand il ne suit que la sienne."

Toute ressemblance avec l'actualité n'est pas fortuite. Et ce théâtre électoral se poursuit alors que l'échec de la démocratie est patent : 

"[D]eux siècles après la grande révolution, le monde n'est toujours pas en paix. Deux guerres mondiales ont eu lieu au XXe siècle en son nom […]. A l'orée du troisième millénaire force est de constater que la démocratie progresse toujours mieux par les avions bombardiers que par les urnes. Des coalitions occidentales (souvent emmenées

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