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Culture de mort : Avortement / Culture de mort : Euthanasie

L’analogie entre l’avortement et l’euthanasie dépasse une simple ressemblance

L’analogie entre l’avortement et l’euthanasie dépasse une simple ressemblance

Cet article du sociologue Philippe Nemo date de 1990. Il avait été publié dans La Trêve de Dieu. Il a donc 29 ans. Pourtant il s’applique exactement à l’affaire Vincent Lambert. Complot ? Même pas. Lente maturation d’un procédé subversif. Culture de la mort disait St Jean Paul II, culture du déchet dit le pape François.

« De l’avortement à l’euthanasie : la boucle est bouclée ; la vie humaine des innocents naguère sacrée dépend maintenant de l’aval, de la reconnaissance de ses proches et de la société. On prétend certes mettre des garde-fous : l’euthanasie sera réservée aux malades qui la réclameront et lorsque la science sera impuissante à envisager une guérison. Oui mais la victime, souvent jeune, d’un accident : qui décidera de la ‘débrancher’ : son conjoint, sa famille ? De même pour l’avortement, qui décide, exclusivement et sans appel de la mort du bébé ? La mère. Il y aura les mêmes débats byzantins sur la différence entre “coma profond” et “coma dépassé” que sur la nature du zygote, de l’embryon et du foetus. Chez les plus respectueux de la vie, on parlera de “personne résiduelle” comme on qualifie de “personne potentielle” le bébé non encore né. Dans tous les cas on connaît le chemin : Nacht und Nebel. A ceux qui crieraient au retour à la barbarie, celle du grand-père esquimau abandonné sur la banquise ou de l’aïeul papou qu’on fait grimper au cocotier, on répliquera qu’il est enfin temps de se débarrasser d’un ethnocentrisme obsolète et de respecter d’autres “cultures” ; et d’autres rajouteront que “nous devons apprendre d’eux”.

Enfin, il y aura bien un évêque saxon, ou normand, pour venir enseigner, à la télévision, qu’une vie trop lourde pour l’entourage familial doit savoir être généreuse et, déjà habitué à solliciter l’Évangile, il saura rappeler “qu’il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime”. “Dis, Pépé, tu nous aimes ?” demandera avec gourmandise la donzelle porte-parole de la famille, comme un candidat à l’héritage dans un mauvais drame bourgeois ; d’autant que, comme le titrait récemment un magazine, avec l’allongement de la durée de la vie, les quadragénaires auront, ou ont déjà, en charge leurs parents septuagénaires et leurs grands-parents nonagénaires… ça fait beaucoup de monde.

Il doit y en avoir des états de détresse assez tragique et sociale chez tous ces gens. Rajoutons que déjà les caisses de sécurité sociale retraite ne peuvent faire face à leurs obligations que par des ponctions sur les caisses familiales et avec les subventions de l’État. A courte échéance, le vieillard ou le grand malade sera un luxe insupportable pour la société. Quelles familles pourront supporter les frais d’une longue maladie, à l’issue de toute façon fatale, surtout chez une personne âgée, improductive, si la sécurité sociale ne la prend plus en charge ?

L’analogie entre l’avortement et l’euthanasie dépasse une simple ressemblance ; dans la nouvelle éthique ce sont des critères économique, ceux du goût et du confort qui se substituent à l’ancienne loi morale.

Il n’y aura pas beaucoup à chercher pour rédiger le texte de la loi ; celui de la loi Veil-Pelletier-Roudy fera l’affaire ; il suffira de remplacer “enfant” par “malade”. On devrait d’ailleurs faire une loi commune ; on parlerait de “sujet”, et tout le monde sera concerné. Quant aux lieux d’exécution, ils existent déjà et se nomment “centres d’orthogénie” ; il suffira d’élargir leur champ de compétence.

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