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L'Eglise : Foi / L'Eglise : François

Suis-je un chrétien “par à-coups”, ou suis-je un chrétien toujours ?

Homélie du Pape François prononcé lors de la messe pour la journée mariale à l'occasion de l'année de la foi :

"Dans le Psaume, nous avons récité : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car
il a fait des merveilles » (Ps 97, 1). Aujourd’hui nous sommes devant une des merveilles du Seigneur : Marie !
Une créature humble et faible comme nous, choisie pour être Mère de Dieu, Mère
de son Créateur.

En regardant justement Marie, à la lumière des lectures que nous avons
écoutées, je voudrais réfléchir avec vous sur trois réalités : La première,
Dieu nous surprend ; la deuxième, Dieu nous demande la fidélité ;
la troisième, Dieu est notre force.

1. La première : Dieu nous surprend. L’épisode de Naaman, chef de
l’armée du roi d’Aram, est singulier : pour guérir de la lèpre, il s’adresse au
prophète de Dieu, Élisée, qui n’accomplit pas de rites magiques, ni ne lui
demande des choses extraordinaires, mais d’avoir seulement confiance en Dieu et
de se plonger dans l’eau du fleuve ; non pas cependant dans l’eau des grands
fleuves de Damas, mais du petit fleuve Jourdain. C’est une demande qui laisse
Naaman perplexe, et même surpris : quel Dieu peut être celui qui demande
quelque chose d’aussi simple ? Il veut faire marche arrière, mais ensuite il
fait le pas, il se plonge dans le Jourdain et il guérit immédiatement
(cf. 2 R 5, 1-14). Voici, Dieu nous surprend ; il est vraiment dans la
pauvreté, dans la faiblesse, dans l’humilité qui se manifeste et nous donne son
amour qui nous sauve, nous guérit et nous donne force. Il demande seulement que
nous suivions sa parole et que nous ayons confiance en Lui.

1C’est l’expérience de la Vierge Marie : devant l’annonce de l’Ange, elle
ne cache pas son étonnement. C’est la stupeur de voir que, pour se faire homme,
Dieu l’a vraiment choisie, elle, une simple jeune fille de Nazareth, qui ne vit
pas dans les palais du pouvoir et de la richesse, qui n’a pas accompli des
exploits, mais qui est ouverte à Dieu, sait se fier à Lui, même si elle ne
comprend pas tout : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi
selon ta parole » (Lc 1, 38). C’est sa réponse. Dieu nous surprend
toujours, il rompt nos schémas, bouleverse nos projets, et nous dit : fais-moi
confiance, n’aie pas peur, laisse-toi surprendre, sors de toi-même et suis-moi !

Aujourd’hui demandons-nous tous si nous avons peur de ce que Dieu
pourrait me demander ou de ce qu’il me demande. Est-ce que je me laisse
surprendre par Dieu, comme a fait Marie, ou est-ce que je m’enferme dans mes
sécurités, sécurités matérielles, sécurités intellectuelles, sécurités
idéologiques, sécurités de mes projets ? Est-ce que je laisse vraiment Dieu
entrer dans ma vie ? Comment est-ce que je lui réponds ?

2. Dans le passage de saint Paul que nous avons écouté, l’Apôtre
s’adresse à son disciple Timothée en lui disant de se souvenir de Jésus Christ,
si nous persévérons avec Lui, avec Lui aussi nous règnerons
(cf. 2 Tm 2,
8-13). Voici le deuxième point : se souvenir toujours du Christ, la mémoire de
Jésus Christ, et cela c’est persévérer dans la foi : Dieu nous surprend
avec son amour, mais il demande la fidélité dans le fait de le suivre.
Nous pouvons devenir « non-fidèles », mais lui ne le peut pas, il est « le
fidèle » et il nous demande la même fidélité. Pensons à toutes ces fois où nous
nous sommes enthousiasmés pour quelque chose, pour une initiative, pour un
engagement, mais ensuite, face aux premiers problèmes, nous avons jeté l’éponge.
Et malheureusement, cela arrive aussi dans les choix fondamentaux, comme celui
du mariage. La difficulté d’être constants, d’être fidèles aux décisions prises,
aux engagements pris. Il est souvent facile de dire « oui », mais ensuite, on
n’arrive pas à répéter ce « oui » chaque jour. On ne réussit pas à être fidèles.

Marie a dit son « oui » à Dieu, un « oui » qui a bouleversé son humble
existence de Nazareth, mais ce « oui » n’a pas été l’unique, au contraire il a
été seulement le premier de beaucoup de « oui » prononcés dans son cœur dans ses
moments joyeux, comme aussi dans les moments de douleur, beaucoup de « oui » qui
atteignent leur sommet dans celui dit au pied de la Croix. Aujourd’hui, il y a
ici beaucoup de mamans ; pensez jusqu’où est arrivée la fidélité de Marie à
Dieu : voir son Fils unique sur la Croix. La femme fidèle, debout, détruite à
l’intérieur, mais fidèle et forte.

Et je me demande : suis-je un chrétien “par à-coups”, ou suis-je un
chrétien toujours ? La culture du provisoire, du relatif pénètre aussi dans la
vie de la foi. Dieu nous demande de lui être fidèles, chaque jour, dans les
actions quotidiennes et il ajoute que, même si parfois nous ne lui sommes pas
fidèles, Lui est toujours fidèle et avec sa miséricorde il ne se lasse pas de
nous tendre la main pour nous relever, de nous encourager à reprendre la marche,
pour revenir à Lui et lui dire notre faiblesse pour qu’il nous donne sa force.
Et cela c’est le chemin définitif : toujours avec le Seigneur, même dans nos
faiblesses, même dans nos péchés. Ne jamais aller sur la route du provisoire.
Cela nous tue. La foi est fidélité définitive, comme celle de Marie.

3. Le dernier point : Dieu est notre force. Je pense aux dix lépreux de
l’Évangile guéris par Jésus : ils vont à sa rencontre, ils s’arrêtent à distance
et ils crient : « Jésus, maître, prends pitié de nous ! » (Lc 17, 13).
Ils sont malades, ils ont besoin d’être aimés, d’avoir de la force et ils
cherchent quelqu’un qui les guérisse. Et Jésus répond en les libérant tous de
leur maladie. C’est impressionnant, cependant, de voir qu’un seul revient sur
ses pas pour louer Dieu, haut et fort, et le remercier. Jésus lui-même le
remarque : dix ont crié pour obtenir la guérison et un seul est revenu pour
crier à haute voix son merci à Dieu et reconnaître que c’est Lui notre force.
Savoir remercier, savoir louer pour ce que le Seigneur fait pour nous.

Regardons Marie : après l’Annonciation, le premier geste qu’elle
accomplit est un geste de charité envers sa vieille parente Élisabeth ; et les
premières paroles qu’elle prononce sont : « Mon âme exalte le Seigneur »,
c’est-à-dire un chant de louange et d’action de grâce à Dieu, non seulement pour
ce qu’il a fait en elle, mais aussi pour son action dans toute l’histoire du
salut. Tout est donné par lui. Si nous pouvons comprendre que tout est don de
Dieu, quel bonheur dans notre cœur ! Tout est donné par lui. Il est notre
force ! Dire merci est si facile, et pourtant si difficile ! Combien de fois
nous disons-nous merci en famille ? C’est un des mots-clés de la vie en commun.
« Vous permettez », « excusez-moi », « merci » : si dans une famille on se dit
ces trois mots, la famille progresse. « Vous permettez », « excusez-moi »,
« merci ». Combien de fois disons-nous « merci » en famille ? Combien de fois
disons-nous merci à celui qui nous aide, nous est proche, nous accompagne dans
la vie ? Souvent nous tenons tout pour acquis ! Et cela arrive aussi avec Dieu.
C’est facile d’aller chez le Seigneur demander quelque chose, mais aller le
remercier : « Bah, je n’y pense pas ».

En continuant la célébration eucharistique invoquons l’intercession de
Marie, pour qu’elle nous aide à nous laisser surprendre par Dieu sans opposer de
résistance, à lui être fidèles chaque jour, à le louer et à le remercier, car
c’est lui notre force. Amen."

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